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SantéMonde

Ebola en RDC : "L'épidémie actuelle est très inquiétante"

20 mai 2026

Retard d’alerte, risques et riposte internationale : le médecin allemand Thomas Pärisch analyse la situation et les défis face à cette nouvelle flambée du virus dans l'est congolais.

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RDC, Beni 2018 | Désinfection d’un cercueil dans un centre de traitement Ebola
La nouvelle épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC), où une souche rare est suspectée d'avoir déjà causé plus de 130 morts, a déclenché une quête internationale de vaccins et traitements pouvant être rapidement testés et déployés pour tenter d'endiguer cette crise sanitaireImage : John Wessels/AFP

Que faire face au virus Ebola ? Pourquoi la déclaration de l’épidémie par les autorités congolaises a-t-elle tardé ? Quels traitements existent pour cette souche Bundibugyo ? Et quelle sera la portée de la riposte internationale, dans un contexte marqué par la réduction du financement américain ? 

Autant de questions au cœur de notre interview de la semaine.
Pour y répondre, nous recevons le Dr. Thomas Pärisch. Il est spécialiste en médecine générale et en santé internationale, directeur général du cabinet de conseils Pandemic Shield qui a pour mission d'aider les établissements de santé à se préparer aux épidémies et aux pandémies, ainsi qu'à lutter contre les flambées épidémiques. Il est interrogé par Christina Gerhäusser.

DW : Docteur Thomas Pärisch, bonjour ! Vous connaissez très bien la souche Bundibugyo du virus Ebola, au cœur de l’épidémie en cours en Afrique centrale. Vous étiez en mission en RDC en 2012, lors de l’apparition de l’épidémie liée à cette même variante. Que savez-vous de la gravité de l’épidémie actuelle ?

Docteur Thomas Pärisch : Moi, je trouve que le développement de l’épidémie actuelle est très inquiétant, d’autant plus que deux provinces en RDC, l’Ituri et le Nord-Kivu, sont déjà touchées. Il y a aussi eu plusieurs cas qui se sont dirigés vers l’Ouganda, et la mobilité de la population dans cette région est assez élevée. Cela s’explique en partie par le fait que l’épidémie a été détectée tardivement.

Ecoutez l'interview avec le Docteur Pärisch

DW : Comment expliquez-vous le fait qu’il n’existe pas de vaccin contre cette variante, alors que pour la variante Zaïre, il existe déjà un vaccin ?

Docteur Thomas Pärisch : La réponse est simple, car il existe de nombreuses études précliniques, c’est-à-dire menées sur des animaux, notamment sur des singes, qui ont été réalisées sur différentes variantes, comme pour d’autres souches, y compris Bundibugyo. Cependant, le vaccin contre la souche Bundibugyo en est encore au stade préclinique et n’a jamais été testé chez l’être humain. En revanche, pour la souche Ebola-Zaïre, la grande flambée en Afrique de l’Ouest a véritablement offert l’opportunité de mener des études à grande échelle. C’est ainsi qu’a été développé le vaccin actuel, Ervebo, contre la souche Zaïre.

DW : Vous étiez également en Afrique de l’Ouest, notamment en Sierra Leone, pour observer la situation. Diriez-vous donc que c’est une bonne nouvelle que cet autre vaccin soit testé ? Et combien de temps cela dure-t-il ?

Docteur Thomas Pärisch : Je trouve que c’est tout à fait une bonne nouvelle, car, sachant qu’il existe déjà des études sur des animaux, le vaccin Ervebo semble offrir au moins une immunité partielle contre la souche Bundibugyo également. Cependant, la durée de cette protection reste incertaine. Elle dépend des conditions sur le terrain, qui sont particulièrement complexes en raison d’un contexte sécuritaire très instable.

DW : D’après les informations disponibles, environ trois semaines se seraient écoulées entre les premières infections et le moment où la présence du virus Ebola a été officiellement annoncée dans la province de l’Ituri. Qu’est-ce qui n’a pas bien fonctionné ?

Docteur Thomas Pärisch : Les défis concernaient surtout les résultats de laboratoire, car, normalement, le diagnostic PCR est réalisé sur place à l’aide de ce qu’on appelle des amorces. Or, ces amorces ont été développées pour la souche Ebola-Zaïre ; par conséquent, la souche Ebola-Bundibugyo n’a pas été détectée.

DW : Quelle est exactement la différence entre l’épidémie qui s’est produite à Isiro en 2012, où vous étiez présent, et l’épidémie actuelle, dont l’épicentre se situe dans une zone minière caractérisée par d’importants mouvements de population entre la RDC, l’Ouganda, mais aussi le Soudan du Sud ?

Docteur Thomas Pärisch :  À Isiro, où j’étais en 2012, la situation était tout à fait différente. Premièrement, le contexte était très sûr : il y avait une bonne sécurité et aucun problème lié aux groupes rebelles. De plus, il y avait des experts sur place, comme c’est également le cas aujourd’hui. Cependant, à l’époque, les acteurs principaux impliqués dans la réponse aux épidémies disposaient de moyens financiers beaucoup plus importants. Aujourd’hui, ils font face à une réduction des ressources pour agir. Enfin, la situation est également compliquée par un contexte sécuritaire très instable sur le terrain.

DW : Lorsque vous étiez sorti de l’épidémie de 2012, auriez-vous pensé que le virus réapparaîtrait quatorze ans plus tard ?

Non, parce qu’à l’époque, je pensais que la souche Bundibugyo était une souche assez rare.

DW : C’est donc dimanche 17 mai qu’un médecin de nationalité américaine, Peter Stafford, a été testé positif au virus Ebola, et sera soigné ici, en Allemagne. Pourquoi l’Allemagne a-t-elle été choisie comme lieu de traitement ?

Docteur Thomas Pärisch : Il y a plusieurs raisons. L’Allemagne dispose notamment d’un réseau bien établi d’unités d’isolement de très haut niveau, avec des normes d’hygiène extrêmement élevées. Par ailleurs, la distance géographique joue aussi un rôle : le trajet en avion entre l’Afrique, notamment le Congo, et l’Allemagne est plus court que vers les États-Unis. Or, lors d’un vol, les possibilités de réaliser des gestes médicaux sont très limitées. Il est donc préférable d’avoir une durée de vol aussi courte que possible.

DW : Quelle devrait être la réaction de la communauté internationale face à cette urgence de santé publique de portée internationale ?

Docteur Thomas Pärisch : Je pense qu’il serait très important d’augmenter l’appui financier ainsi que le soutien en ressources humaines. Je fais notamment référence aux experts et aux principaux acteurs capables d’intervenir sur le terrain, en travaillant étroitement avec le ministère de la Santé congolais, c’est-à-dire l’OMS, ainsi que des organisations non gouvernementales comme Médecins Sans Frontières et ALIMA.