Dix ans après le massacre de Conakry, toujours pas de procès | Afrique | DW | 24.09.2019
  1. Inhalt
  2. Navigation
  3. Weitere Inhalte
  4. Metanavigation
  5. Suche
  6. Choose from 30 Languages
Publicité

Afrique

Dix ans après le massacre de Conakry, toujours pas de procès

L’enquête sur ce massacre qui a fait selon l'ONU plus de 150 morts a été close en juin. Mais dix ans après, le procès se fait toujours attendre. Les familles des victimes accusent le gouvernement d'Alpha Condé.

Écouter l'audio 04:03

"Toutes les personnes soupçonnées ou inculpées sont protégées par Monsieur Alpha Condé." (Ibrahima Diallo)

Les Guinéens commémorent le 28 septembre prochain les dix ans du massacre survenu dans le plus grand stade de Conakry.

En effet,  la Cour suprême de la Guinée a rejeté le pourvoir partiel introduit par les parties civiles contre la requalification en "crimes ordinaires" du massacre du 28 septembre 2009. Et aussi le non-lieu en faveur d’officiers militaires impliqués.

Plus d’obstacle à la tenue du procès

Théoriquement, les obstacles juridiques sont ainsi levés en vue de la tenue de ce procès. Mais aucune date n’est fixée.

Amadou Damaro Camara, député et président du groupe parlementaire RPG Arc-en-ciel, au pouvoir, explique ce retard par le manque de moyens financiers.

Écouter l'audio 04:11

Damaro Camara: "L’État est en train de prendre toutes les dispositions pour la tenue du procès."

"L’Etat est en train de prendre toutes les dispositions à travers la création de certains comités de suivi, de pilotage. Mais, pour l’ampleur du dossier, avec les moyens limités d’un Etat comme le nôtre, le temps mis pour rendre une justice acceptable par tout le monde se justifie. "

Le gouvernement guinéen a effectivement invoqué à plusieurs reprises des contraintes, financières pour justifier le retard

de ce procès. 

Le 14 août dernier, il a annoncé le déblocage à cet effet de 20 milliards de francs guinéens (soit près de 2 millions d'euros).

Mais Ibrahima Diallo, le porte-parole de la Plateforme nationale des citoyens unis pour le développement (PCUD), invoque pour sa part une volonté politique d'étouffer certaines responsabilités.

"Toutes les personnes soupçonnées ou inculpées sont aujourd’hui protégées par Alpha Condé. Par exemple, le gouverneur de la ville de Conakry, Mathurin Bangoura. Vous avez Tiegboro Camara, qui est cité dans le dossier. Il est le secrétaire général à la présidence chargé des services spéciaux, de la lutte la contre la drogue, le crime organisé et l’office des répressions des délits économiques et financiers. Vous avez aussi Claude Pivi qui est ministre à la Présidence (ministre en charge de la sécurité présidentielle, ndlr)."

Pour Ibrahima Diallo, il s'agit donc d'un manque de volonté politique du président Alpha Condé.

"Je vous rappelle que lorsque le président de la République a été victime d’un coup d’Etat en 2011, ça n’a pas pris une année pour l’organisation du procès. Et l’Etat n’a pas demandé un franc à un partenaire de la Guinée."

Les craintes de Condé

D'après Cheick Sako, l’ancien ministre d'Etat et ministre de la Justice de la Guinée qui a démissionné de ses fonctions le 20 mai dernier, "le démarrage du procès est freiné par des contingences politiques".

L’avocat aujourd’hui exilé en France confirme cependant que l’Union européenne et les Etats-Unis ont financé les trois quarts du budget prévu pour l’organisation de ce procès.

En plus de Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de la junte militaire en Guinée, le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, alias Toumba Diakité, est également sur la liste des inculpés. 

Ce dernier est présenté comme le cerveau du massacre du 28 septembre 2009.  Il avait été arrêté en décembre 2016 au Sénégal, puis extradé en Guinée. Depuis,  il est incarcéré à la prison centrale de Conakry.

 

Audios et vidéos sur le sujet