Covid-19 : l′Afrique sort-elle trop tôt du confinement ? | ACTUALITÉS | DW | 16.06.2020
  1. Inhalt
  2. Navigation
  3. Weitere Inhalte
  4. Metanavigation
  5. Suche
  6. Choose from 30 Languages
Publicité

Data

Covid-19 : l'Afrique sort-elle trop tôt du confinement ?

Confinée un mois plus tard que l'Europe, l'Afrique lève ses mesures en même temps alors que la pandémie n'a pas atteint son pic de contamination.

Vendeur de légumes dans un marché de Kampala, la capitale de l'Ouganda (Archives, 07.04.2020)

Vendeur de légumes dans un marché de Kampala, la capitale de l'Ouganda (Archives, 07.04.2020)

Depuis le début de la crise sanitaire en janvier, le confinement est apparu comme une mesure d'urgence faute de mieux. En raison de la pénurie de masques ou de lits de soins d'urgence, confiner les populations s'est imposé comme la seule mesure face à la pandémie.

Vraiment la seule ? Pas tout à fait.

En Afrique, sept pays ont choisi de ne pas imposer un confinement national, qu'il soit obligatoire ou recommandé. Parmi eux, six pays francophones : Bénin, Burundi, Cameroun, Djibouti, République centrafricaine et Togo, auxquels s'ajoute la Tanzanie.

Le Niger, pour sa part, s'est contenté de conseiller ce confinement et encore, durant six jours à peine, du 7 au 13 mai, cette mesure ne concernant que les Nigériens qui rentraient de voyage.

Les données (ci-dessous) sur les réponses apportées par les Etats pour faire face à la pandémie ont été compilées par la Blavatnik school of government de l'université d'Oxford, en Angleterre.

Elles permettent de suivre jour après jour les mesures de confinement mises en place à travers le monde et la levée de ces mesures.

En Europe, la mise en place du confinement a débuté le 23 février (Italie) et s'est étirée jusqu'au 23 mars (Grèce). L'Allemagne pour sa part a eu une attitude progressive, débutant le 9 mars par un confinement conseillé puis imposé deux semaines plus tard.

Un confinement plus tardif

L'Afrique a été touchée plus tard, le premier cas positif ayant été enregistré le 14 février en Egypte. Le premier cas en Afrique subsaharienne a été pour sa part détecté au Nigeria, le 28 février.

Les Etats africains ont donc commencé à mettre en place des mesures de confinement avec environ un mois de retard sur l'Europe. Le premier pays à débuter est la Libye, le 16 mars, et le dernier la Somalie, le 11 avril.

Globalement, la grande vague de confinements s'est opérée sur dix jours, entre le 21 et le 31 mars. Durant cette période, 21 pays africains ont choisi un confinement, le plus souvent imposé aux populations. Mais les choses ne se sont pas toujours bien déroulées, des émeutes ont éclaté en Afrique du Sud, au Sénégal ou en République démocratique du Congo (RDC).

Le 9 juin dernier, trois personnes sont mortes à Kinshasa, la capitale de la RDC, quand des centaines de manifestants ont demandé la réouverture du grand marché central fermé depuis fin mars. La RDC, qui n'a imposé un confinement que tardivement, le 6 avril, pourrait d'ailleurs déjà lever cette mesure cette semaine à Kinshasa.

"Il ne faudrait pas appliquer les solutions des autres à nos problèmes. Je pense que nous sommes aussi intelligents pour trouver les solutions adaptées à notre contexte africain. Il faudrait accompagner le confinement d'un certain nombre de mesures pour en atténuer les effets, aussi bien sur les populations que les entreprises", explique Benjamin Djoudalbaye, chef de la division politique, diplomatie sanitaire et communication du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de l'Union africaine.

L'importance du secteur informel rend en effet difficile le confinement pour ceux qui doivent sortir chaque jour pour gagner leur vie. Cela explique pourquoi certains Etats ont choisi de ne pas prendre le risque social du confinement.

Même avec près de 10.000 malades, le Cameroun a mis en place des "mesures restrictives sans imposer aux gens de rester chez eux. Les raisons sont économiques. Les Camerounais vivent au jour le jour et le gouvernement ne peut assurer l'aide directe aux plus vulnérables en cas de confinement ferme", explique notre correspondant à Douala, Henri Fotso.

Confinement et déconfinement en Afrique

Confinement et déconfinement en Afrique

Accélération de la courbe pandémique

Si le continent a débuté plus tard que l'Europe, il déconfine donc en même temps : depuis le 19 avril, cinq Etats supplémentaires ont levé toutes les mesures – le premier a été le Ghana – et un certain nombre, dont l'Afrique du Sud, le Nigeria, la Côte d'Ivoire et l'Egypte, se contentent de conseiller à leur population de rester à la maison.

Pourtant, la pandémie n'est pas sous contrôle. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié le 11 juin un rapport dans lequel elle s'inquiète de l'accélération de la maladie.

"Il a fallu 98 jours pour atteindre la barre des 100.000 cas et 18 seulement pour franchir celle des 200.000. Il est clair que la pandémie s'accélère", a averti Matshidiso Moeti, directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique.

Dès lors se pose la question de savoir si le continent ne ressort pas trop vite du confinement.

"Je ne dirais pas que l'Afrique déconfine trop tôt", répond Benjamin Djoudalbaye. "Mais au contraire que l'Afrique s'est confinée trop tôt. Avec les effets sur les activités socio-économiques de nos Etats, il faudrait déconfiner tout en respectant les mesures sociales et de santé publique".
 
Celui-ci n'écarte toutefois pas l'hypothèse d'un retour en arrière en cas d'aggravation de la situation sanitaire. "Les Etats ont pris le soin d'informer leurs populations qu'ils pourraient avoir recours à un nouveau confinement si la pandémie progresse. Donc c'est une éventualité", explique-t-il.

Chiffres officiels de la pandémie de Covid-19 en Afrique

Chiffres officiels de la pandémie de Covid-19 en Afrique

Le nombre relativement réduit de malades atteints par le SARS-COV-2 en Afrique peut inciter à des mesures de confinement assouplies. Mais le directeur du CDC, John Nkengasong, a admis qu'en raison du manque de tests, les statistiques ne sont pas parfaites.

Y a-t-il aujourd'hui une sous-estimation du nombre de malades de la Covid-19 en Afrique ?

"Cette sous-estimation est valable pour le monde entier. En Afrique, la situation est en évolution et nous ne prétendons pas que nous avons atteint le pic de la pandémie", explique Mary Stephen, experte en santé publique à l'OMS. "Mais croyez-moi, aucun Etat ne peut dissimuler durablement les chiffres. Si le nombre de cas est important, nous le saurons, c'est juste une question de temps".

Pas de ruée dans les hôpitaux

La mort d'un millier de personnes en avril à Kano, dans le nord du Nigeria, est cependant troublante. Ce taux de mortalité, presque quatre fois supérieur à celui normalement enregistré, a incité le gouvernement à envoyer sur place une équipe médicale pour enquêter.

Celle-ci a conclu qu'entre 50 et 60% des décès pourraient avoir été provoqués par la Covid-19, soit environ 600 personnes.

Pourtant, les autorités nigérianes n'ont pas intégré ces cas dans les statistiques officielles. Le nombre officiel de décès dus au coronavirus est resté à… 49 pour l'Etat de Kano, les autorités n'ayant pris en compte que les personnes dont le test de dépistage était positif.

Or, les tests sont rares au Nigeria. Avec une population de 200 millions d'habitants, le pays a réalisé à peine un peu plus de 96.000 tests, soit 48 tests pour 100.000 habitants.

En République démocratique du Congo, alors qu'à la date du 17 juin le bilan officiel ne fait état que d'un peu moins de 100 cas dans la ville de Lubumbashi, dans le sud-est du pays, les habitants s'inquiètent d'une augmentation de la mortalité qui ne correspond pas aux statistiques.

Selon des témoins sur place, les morgues sont saturées et les services des cimetières tellement sollicités qu'on y observerait des "embouteillages quotidiens".

Malgré ces faits inquiétants, si on adopte une perspective continentale, l'Afrique reste épargnée par la pandémie. Avec 251.866 cas positifs et 6.769 morts (au 16 juin, selon le CDC), le continent recense seulement 3% du nombre de malades dans le monde.

La relative jeunesse de la population africaine et l'expérience acquise dans la gestion d'autres épidémies comme Ebola, le choléra ou la rougeole ont été citées parmi les raisons qui expliquent que la pandémie n'explose pas.

Car il est un fait incontestable : les pays africains, au-delà de la situation particulière de chacun d'eux, ne connaissent pas de ruée dans les hôpitaux comme cela a été le cas en Chine, en Italie, en France ou aux Etats-Unis.