1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

Présidentielle au Congo : un scrutin sans grand enjeu ?

Philipp Sandner | Carole Assignon | Avec agences
13 mars 2026

En République du Congo, les électeurs sont appelés aux urnes, dimanche prochain, le 15 mars, pour une élection présidentielle qui, pour certains, semble jouée d'avance.

https://p.dw.com/p/5AIbx
Republik Kongo Brazzaville 2026 | Des militants de Sassou Nguesso en campagne électorale
Pour l'élection présidentielle du 15 mars, Denis Sassou Nguesso sera face à six adversairesImage : Roch Bouka/REUTERS

En l'absence des deux principaux partis de l'opposition : l'Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads) et l'Union des démocrates et humanistes-Yuki (UDH-Yuki), qui boycotteront le scrutin, le grand favori est  le président sortant, Denis Sassou Nguesso

A 82 ans, il cumule quarante années de pouvoir en République du Congo, un pays qu'il a dirigé de 1979 à 1992, avant de revenir par les armes en 1997, après quatre mois de guerre civile. Il sera par la suite réélu sans discontinuité et dirige depuis sans partage son pays. Pour cette élection, il met en avant son bilan économique, notamment la modernisation des infrastructures, le développement du secteur gazier ou de l'agriculture. 

Un bilan mitigé

Si la République du Congo est un pays riche en pétrole et en gaz, qui assurent l'essentiel des revenus de l'Etat et tirent sa croissance, estimée à 2,9 % en 2025, presque la moitié de la population vit toutefois sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. 

Pour Darrin McDonald, politologue à l'Université Leeds Beckett au Royaume-Uni, le bilan de Denis Sassou Nguesso est assez maigre sur le plan économique. 

Il explique que "le Congo fait partie de ces pays qui accumulent des dettes colossales auprès de créanciers étrangers dans un cycle incessant, puis concluent des accords de restructuration pour alléger leur fardeau, avant de l'alourdir à nouveau quelques années plus tard."

Résultat : un chômage des jeunes d'environ 40 %, dans un pays où près de la moitié de la population a moins de 18 ans.

 Brazzaville 2026 | des voitures et des gens circulent dans la rue
Selon la Banque mondiale presque la moitié de la population congolaise vit sous le seuil de pauvretéImage : Glody Murhabazi/AFP/Getty Images

Sur le plan politique, Denis Sassou Nguesso, dont le pays est resté stable, est devenu une figure incontournable dans une région en proie aux conflits. Il a joué à plusieurs reprises le rôle de médiateur, notamment après le coup d'État au Gabon voisin, ou dans le conflit entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.

Le fait que la République du Congo connaisse moins d'insécurité que ses voisins joue en faveur de Denis Sassou Nguesso. Cela lui permet de se positionner comme un homme fort dans la région. Cet atout trouve également un écho favorable auprès de ses soutiens internationaux, tels que les États-Unis et la Chine, car la stabilité est un facteur crucial dans une région en proie aux coups d'État.

" Le candidat et président Denis Sassou Nguesso incarne aujourd'hui l'expérience (parmi les autres candidats) dans la gestion de notre pays. Je pense que compte tenu de son expérience, personne ne peut le défier (à la présidence)" assure Fridolin un des partisans de Denis Sassou Nguesso qui habite à Brazzaville. Pour lui, il est l'homme qu'il faut pour le pays.

Mais les défenseurs des droits humains font part de graves allégations concernant sa gestion du pouvoir. Amnesty International a recensé des centaines d'arrestations arbitraires ces dernières années. 

Dans l'Indice mondial de la liberté 2024, le pays obtient un score de 17 sur 100 pour les droits politiques et les libertés civiles. Dans l'Indice de perception de la corruption de Transparency International, la République du Congo se classe 153e sur 182.

Deux figures-clés de l'opposition, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sont emprisonnées, respectivement depuis 2018 et 2019. Les experts des Nations Unies avaient alors conclu que leur détention était motivée par des raisons politiques.

 Pointe-Noire 2026 | Präsident Denis Sassou Nguesso en campagne électorale
La victoire de Denis Sassou Nguesso face à ses six adversaires semble assuréeImage : Glody Murhabazi/AFP/Getty Images

La question du taux de participation

Pour l'élection présidentielle de dimanche, la victoire de Denis Sassou Nguesso face à ses six adversaires qui, pour la plupart, sont assez peu connus et sous-financés, est considérée comme acquise. 

Les enjeux sont donc ailleurs, explique Etanislas Ngodi, politologue et professeur à l'Université de Brazzaville : " En ce qui concerne les enjeux clés, la première question est celle du taux de participation à cette élection. Sera-t-il faible ou élevé ? Déjà, en suivant la campagne électorale, on constate un manque d'enthousiasme."

Par ailleurs selon l'universitaire "toute l'administration fait campagne (pour le candidat sortant), affirmant que son candidat doit remporter l'élection dès le premier tour." Il rappelle aussi qu'en face, "nous avons des candidats, dont certains sont considérés comme des outsiders, qui ont participé à des élections depuis 2002, mais qui ont obtenu des résultats peu glorieux, parfois inférieurs à 1 %."

Dans ce contexte, une question demeure : que se passera-t-il si Denis Sassou Nguesso, vieillissant, devient un jour incapable d'exercer ses fonctions ? S'il a lui-même assuré qu'il ne restera "pas une éternité au pouvoir", à 82 ans, il refuse toujours de se prononcer au sujet d'un éventuel successeur.

DW Französisch Carole Assignon
Carole Assignon Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welledw_afrique