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Un ex-enfant soldat raconte sa vie au sein de la LRA

Jean-Fernand Koena
25 février 2026

Seize ans après être parvenu à quitter la LRA et à rentrer chez lui, Rufin Tuto revient sur sa vie d'enfant soldat au sein de cette rébellion.

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Des combattants de l'Armée de résistance du Seigneur au Soudan.
Les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur sont accusés de multiples exactions.Image : AFP/Getty Images

Rufin Tuto avait 14 ans quand il a été enrôlé de force, en 2010, dans son village de Mboki, dans l'est de la République centrafricaine, par les rebelles de l'Armée de résistance du seigneur, la LRA. Rufin tuto a ensuite combattu en République démocratique du Congo et au Soudan, avant d'intégrer la protection rapprochée de Joseph Kony, le chef de la LRA, recherché depuis plus de vingt ans par la Cour pénale internationale. Son désir, désormais, est de retrouver ses parents, dont il est sans nouvelle.

Une vie d'enfant soldat au sein de la LRA 

« Nous étions au champ avec mon père, ma mère, mon oncle maternel et la femme de mon grand frère quand les hommes de la LRA, venus du Congo, nous ont kidnappés ». Rufin Tuto se souvient de ce jour de mai 2010, quand les hommes de Joseph Kony l'ont réduit en esclavage, lui, ainsi qu'une partie de sa famille. Ses proches seront exploités comme main d'œuvre militaire et lui, comme enfant soldat.

« Quand ils nous ont kidnappés, on était tous des civils. Mais une fois à leur base, au Congo, Ils nous ont entraînés et nous avons combattu au Congo, puis au Soudan » se souvient-il.

Au fil du temps, le chef rebelle Joseph Kony, acculé sur le plan militaire, vit isolé et navigue entre le Soudan du Sud et le Soudan. 

Soudan Ri-Kwangba 2006 | Joseph Kony, chef de l'Armée de résistance du Seigneur
Le chef rebelle Joseph Kony vit désormais entre le Soudan du Sud et le Soudan.Image : Stuart Price/epa/dpa/picture alliance

Rufin Tuto confirme que Joseph Kony, recherché par la Cour pénale Internationale, est bien vivant et qu'il se cache au Soudan. Il était un de ceux qui assuraient sa protection.

« Le chef, j'ai vécu au Soudan avec lui et à chaque fois, ma mission était de veiller sur lui et de prendre de ses nouvelles. Au Soudan, j'étais l'un de ses aides de camp et de ses proches » raconte Rufin Tuto à la DW.

Aujourd'hui, il veut revoir ses parents qui avaient pu s'échapper, le jour où il a été enlevé.« Mon plus grand souci est de retrouver mes parents, j'ai hâte de les voir et c'est ce qui m'importe pour le moment » assure-t-il.

L'impact psychologique

Rufin Tuto a été accueilli avec beaucoup de fraternité et mis sous la protection de la police dans la ville de Birao, au nord de la République centrafricaine. Les psychologues qui s'occupent de lui estiment qu'il a besoin de soins, afin de réduire son niveau de vulnérabilité. Un avis confirmé par un autre psychologue, Crépin Brice Ngbomaye.

Les explications de Jean Fernand Koena

Il explique que : « dans pareille situation, la personne présente nécessairement des symptômes qui sont liés au stress post-traumatique, dans la mesure où, déjà, quand il opérait comme enfant-soldat, il a commis des exactions qui, aujourd'hui, peuvent le hanter. Si vous êtes en face de lui, vous pouvez sans doute ressentir une hyper vigilance liée à ce qu'il a vécu quand il était encore enfant-soldat. Il pourrait aussi présenter les symptômes de l'évitement. Il est donc nécessaire qu'un professionnel de santé mentale puisse être en contact avec lui. »

The Enough Project, une ONG basée à Washington, estime que Joseph Kony aurait fait enlever 67 000 enfants, dont 30 000 auraient été utilisés comme soldats. Il était à la tête d'une rébellion qui souhaitait renverser le chef d'État ougandais Yuweri Museveni, pour installer un régime théocratique, fondé sur les Dix commandements.

La Cour pénale international a émis un mandat d'arrêt contre lui, en juillet 2005. Il est soupçonné de 36 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.