Etre transgenre, c′est vivre en danger | Afrique | DW | 20.07.2021
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Afrique

Etre transgenre, c'est vivre en danger

Au Cameroun, Shakiro et Patricia ont été libérées sous caution. Mais ces deux personnes transgenres se sentent menacées.

Shakiro a choisi la DW pour son premier témoignage après sa libération sous caution

Shakiro a choisi la DW pour son premier témoignage après sa libération sous caution

Shakiro et Patricia sont deux transgenres du Cameroun. Cela signifie que, nées dans des corps d'hommes, ces personnes se sentent femmes, à l'intérieur d'elles-mêmes. Qu'elles ont l'impression que le sexe qui leur a été assigné à la naissance n'est pas le bon.

Loïc Njeukam et Roland Mouthe sont devenus célèbres sous leurs pseudonymes de Shakiro et Patricia. Leur histoire est emblématique des persécutions endurées par les personnes LGBT au Cameroun.

En mai, Shakiro et Patricia ont été arrêtées à cause de leur orientation sexuelle. Elles ont été libérées sous caution il y a quelques jours, notamment grâce à l'intervention de l'avocate Me Alice Nkom, mais elles continuent d'avoir peur.

>>> A lire aussi : Fuites de données sur l'orientation sexuelle de réfugiés

Notre correspondante à Douala leur a rendu visite.

Il portait une robe et une perruque

Dans le quartier Ndogbong à Douala, dans la résidence  Njeukam, c'est la joie depuis vendredi dernier (13.07.21) Loïc Njeukam, plus connu sous le pseudonyme "Shakiro", venait de sortir de prison. Joséphine Njeukam, sa mère se rappelle des circonstances de son arrestation.

"La nuit du 8 février, il avait porté une longue robe avec un matelot, la perruque sur la tête. Il se rendait dans un restaurant à bonapriso manger avec ses amis. 

À 23h j'ai reçu un appel de mon fils qui m'informe qu'il est à la brigade de Nkololoun. Il venait d'être arrêté pour  défaut de carte nationale (CNI). Le lendemain quand je suis allée avec sa CNI, on m'a dit que le problème est grave, il va être transféré à la prison de New Bell pour tentative d'homosexualité."

Gay Pride Parade en Namibie (archive de 2016)

Sur tout le continent, les LGBT luttent chaque jour pour vivre libres

"On est traité comme des sous-hommes"
 

Le souvenir de la récente arrestation est encore très présent dans la famille. Shakiro raconte l'horreur vécue par son compagnon Patricia et lui, pendant les cinq derniers mois.

"Un bandit ou un criminel est mieux traité que qu'une personne qui va en prison pour pratique d'homosexualité. On a été traité comme des sous-hommes.

Le jour où Patricia et moi sommes entrés en prison, on nous a enchaînées avec des cadenas et battues le soir même. J'ai trop souffert ! J'ai passé deux jours avec les chaînes et j'ai dû payer 15 000 FCFA pour qu'on me les retire."

Écouter l'audio 12:29

La lutte pour les droits des personnes LGBT+ au Ghana

La constitution doit protéger tous les citoyens
 

Hamlet Nkwain, le président de " Working for our wellbeing", une ONG qui lutte pour les droits des LGBT, estime que cette arrestation n'était pas fondée. 

"La constitution protège tous les citoyens. Avant de parler de l'orientation sexuelle, il y a une loi qui protège le citoyen. On demande juste au gouvernement de veiller à ce que ceux qui appliquent les lois regardent tous ces paramètres."

Impossible de sortir entre amis 

Marginalisée et stigmatisée, Shakiro ne désire qu'une chose, vivre librement son orientation sexuelle, loin d'un environnement haineux.

"Je souhaite partir de ce pays parce que ma vie est menacée ici. Depuis ma sortie de prison, j'ai des amis qui veulent qu'on sorte mais je ne peux pas. En le faisant, les gens vont penser que j'essaye de faire le bras de fer avec la loi, vu que je me plais dans le corps d'une femme, forcément je vais sortir maquillée, habillée en femme et certaines personnes peuvent me faire du mal. J'ai peur de la population, la justice populaire. Si je sors, je sais ce qui m'attend."

Si cette  libération  a été saluée par la communauté LGBT, les deux transgenres ne sont pas encore tirées d'affaires. La procédure judiciaire suit toujours son cours.