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Le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo
Teodoro Obiang contrôle totalement l'armée et le système politique dans son paysImage : Ludovic Marin/AP Images/picture alliance

Le règne sans partage de Teodoro Obiang

Marco Wolter | Avec agences
19 novembre 2022

En Guinée équatoriale, le triple scrutin de ce dimanche devrait conforter le président, au pouvoir depuis 43 ans, un record de longévité dans le monde.

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Week-end électoral en Guinée équatoriale : ce dimanche 18 novembre, on vote pour la présidentielle, les élections législatives et sénatoriales dans ce petit pays coincé entre le Cameroun et le Gabon.

L’issue de ces scrutins ne fait guère de doute, dans l’un des pays les plus totalitaires du monde : le président Teodoro Obiang devrait repartir pour un sixième mandat de sept ans. Ses deux seuls adversaires, à savoir un opposant autorisé à concourir et un allié du parti au pouvoir, ne sont que là pour la forme.

On surnomme ainsi le pays la "Corée du Nord d‘Afrique". Et pour cause : la Guinée équatoriale est dirigée depuis 43 ans par Teodoro Obiang, qui lui-même était arrivé au pouvoir en renversant son oncle en 1979.  

Le président détient ainsi d’un chef d’Etat encore en vie, si l’on ne compte pas les monarchies.  

L'entrée du Sénat à Malabo
Le Sénat à Malabo est entièrement contrôlé par le PDGEImage : Samuel Obiang/AFP/Getty Images

L’opposition n’est qu’une opposition de façade. Longtemps parti unique, le Parti démocrate de Guinée équatoriale, n’a de “démocrate” que le nom. Le PDGE dirige une coalition de 14 partis satellites, et détient 99 des 100 sièges à l’Assemblée ainsi que la totalité du Sénat.  

Et pour ne rien laisser au hasard, comme avant chaque élection, le régime a mené une campagne d’arrestation d’opposants ces dernières semaines, en les accusant de complot. Amnesty International a récemment dénoncé des détentions arbitraires, des tortures et disparitions forcées. 

Jet-set et corruption  

Les scrutins de dimanche semblent donc n’être qu’une formalité. Teodoro Obiang a remporté toutes ses élections passées avec plus de 90% des voix.  

Jusqu’à peu, on le pensait toutefois être prêt à passer la main à son fils, le numéro 2 du régime, surnommé Teodorin. "Il règne une agitation au sein du clan", assure Ana Lucia San, une chercheuse en politique, dans une interview à la DW. Le président a 80 ans, et "on ne sait pas à quoi va ressembler l’avenir après lui".  

Mais Teodorin est connu pour son train de vie luxueux et son goût pour les belles voitures. Un style de jet-setteur qui contraste avec celui de son père, très austère.  

Teodoro Nguema Obiang Mangue, le fils du président
Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé Teodorin, est actuellement vice-président de Guinée équatorialeImage : Michele Spatari/AFP/Getty Images

Les récentes affaires judiciaires à l’étranger de l'héritier naturel auraient poussé le clan à temporiser cette succession, d’autant que le pays est devenu plus dépendant des financements extérieurs, notamment à cause de la chute de ses revenus tirés des hydrocarbures.

Appropriation d’un Etat

Teodorin est ainsi condamné dans l’affaire des biens mal acquis en France, il est sous sanctions au Royaume-Uni et a été accusé de corruption aux Etats-Unis.   

Plus largement, la Guinée équatoriale est considérée comme l’un des pays les plus corrompus au monde, classé 172e sur 180 par Transparency International.  

Près de 80% des 1,4 millions d’habitants vivraient sous le seuil de pauvreté. Une gageure quand on est le troisième producteur de pétrole d’Afrique après le Nigeria et l’Angola.   

Mais seules quelques familles se partagent le butin. Comme le résume le défenseur des droits humains équato-guinéen Tutu Alicante, le pays est "un exemple parfait d’appropriation d’un Etat : une famille a infiltré toutes les institutions étatiques, la justice ne fonctionne pas, il n’y a pas de législateur et pas de société civile".