Une vie au service des Nations unies : Kofi Annan est mort | International | DW | 18.08.2018
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International

Une vie au service des Nations unies : Kofi Annan est mort

Né au Ghana, secrétaire général de l'ONU pendant dix ans, médiateur pour la paix, Kofi Annan est mort ce samedi 18 août à l'âge de 80 ans.

Il confiait avoir eu la même impression que lors de son tout premier jour d'école. Mais ce jour-là Kofi Annan faisait son premier jour en tant que secrétaire général des Nations unies. Souriant, le petit homme avec la barbiche grise se tenait derrière son bureau au siège de l'ONU à New York. Nous sommes en 1997.

La route vers le sommet de l'organisation mondiale commence des années plus tôt, à Kumasi, la deuxième plus grande ville du Ghana. Kofi Annan y naît en 1938, dans une éminente famille. Son père sera même temporairement gouverneur provincial pendant la colonisation britannique. Un environnement qui permettra à Kofi Annan de recevoir une excellente éducation, d'abord au Ghana, puis plus tard aux États-Unis et en Suisse.

Une riche carriére aux Nations unies

À l'âge de 24 ans, il entre aux Nations unies, avec un poste d'agent administratif à l'Organisation mondiale de la santé. Il gravira les échelons de l'organisation par la suite, passant de chef de mission au Caire, au poste de chef adjoint de l'administration à la Commission des réfugiés à Genève puis sous-secrétaire aux opérations de maintien de la paix. Un poste qu'il obtient en 1993, sur nomination de Boutros Boutros Ghali, alors secrétaire général de l'organisation. 

C'est à cette époque que le Ghanéen doit faire face à ses premières importantes difficultés. Lors du génocide au Rwanda, les milices hutues radicales tuent plus de 800 000 Tutsis et Hutus modérés. Des mois auparavant, Romeo Dallaire, le commandant de la force de maintien de la paix de l'ONU au Rwanda, avait mis en garde contre les débordements et demandé du renfort pour ses troupes. Mais son patron, Kofi Annan, n'avait rien voulu entendre, probablement aussi parce que l'Europe et les États-Unis n'avaient pas la volonté d'un engagement plus fort au Rwanda.

Kofi Annan UN Generalsekretär in Ruanda (picture-alliance/dpa/A. Joe)

Kofi Annan en visite au Rwanda, en 1998, au mémorial du génocide.

À l'époque les critiques seront très dures. Dix ans plus tard, en 2004 lors des commémorations du dixième anniversaire du génocide, Kofi Annan reconnaîtra un échec. "La communauté internationale a échoué au Rwanda et cela doit nous remplir de chagrin et de honte."

Le massacre de 8 000 musulmans dans la ville bosniaque de Srebrenica en 1995 a aussi pesé lourdement sur ses épaules. Les casques bleus hollandais auraient pu empêcher ce plus grand crime de guerre en Europe après la Seconde Guerre mondiale, comme Kofi Annan le reconnaitra également rétrospectivement.

Infatigable médiateur de paix

Mais les critiques n'empêcheront pas la poursuite de son ascension de carrière. Avec l'aide des États-Unis, qui avaient mis leur veto à un second mandat de son, Kofi Annan est élu secrétaire général en décembre 1997. Il est alors le premier représentant de l'Afrique subsaharienne à occuper ce poste. Dans son premier discours il insiste : il ne veut pas seulement être le plus haut responsable administratif de l'organisation, mais veut faire de la politique mondiale. La lutte contre la pauvreté, le changement climatique ou le sida faisait tout autant partie de l'ordre du jour de Kofi Annan que les problèmes purement politiques.

Kofi Annan und Angela Merkel (picture-alliance/dpa/F. Heyder)

Il était "un homme d’État exceptionnel au service de la communauté mondiale", a déclaré Angela Merkel en réaction à la mort de Kofi Annan.

Le chef de l'ONU interviendra lors du conflit à Chypre, il critiquera les attaques des milices soudanaises au Darfour et cherchera un accord dans le différend nucléaire avec l'Iran. Kofi Annan décriera la signature des objectifs du millénaire pour le développement - qui regroupent alors tout une série d'objectifs à atteindre dans le milieu de la santé, de l'éducation ou de l'environnement - en 2000 comme l'un des points forts de son mandat.

En 2001, comme une reconnaissance de ses efforts, Kofi Annan reçoit, conjointement avec l'ONU, le prix Nobel de la paix. Un prix remis pour les "efforts en faveur d'un monde mieux organisé et plus pacifique". Kofi Annan est "un représentant exceptionnel des Nations unies et probablement le secrétaire général le plus efficace de l'histoire de l'organisation", déclare à l'époque, à la DW, Gunnar Berge, le président du comité du prix Nobel.

Dans son discours de remerciements, Kofi Annan fera lui preuve de cette qualité que beaucoup mettaient en avant en parlant de lui à l'époque : la modestie. "Ce prix n'est pas seulement le mien. Il revient à moitié à mes collègues du monde entier qui ont consacré leur vie à la paix et ont souvent risqué ou perdu la vie pour la paix."

Réformes ratées

Mais pendant que le monde rend hommage à Kofi Annan, il perd de plus en plus de soutiens parmi les pays membres de Nations unies. Il tentera, en vain, une réforme profonde l'organisation. "L'ONU ne peut s'acquitter de ses responsabilités que si elle est en harmonie avec les réalités du présent", dit-il devant l'Assemblée générale. Mais en raison de la résistance des États-Unis et des autres membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, il ne réussiera pas à accorder un siège de membre permanent aux états d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud.

Kofi Annan und George W. Bush (AFP/Getty Images)

Kofi Annan fera beaucoup pour "réchauffer" les relations entre l'ONU et les Etats-unis, mais n'hésitera pas à s'opposer à la politique américaine, en critiquant par exemple les décisions de George Bush.

Kofi Annan devra aussi faire avec la pression due à son différend avec les Etats-Unis. Un différend né dès 2003, quand il accuse le président américain George Bush d'avoir violé la Charte des Nations Unies avec son attaque en Irak, qui n'a pas reçu l'aval du conseil de sécurité. Il parlera même de guerre "illégale" en 2004.

C'est cette année-là aussi que Kofi Annan doit faire face au scandale qui éclate dans la programme "Pétrole contre nourriture" de l'ONU. Des fonds issus des ventes du pétrole irakien, qui auraient dû servir pour acheter de quoi nourrir la population, ont été détournés. Un des fils de Kofi Annan, Kojo, avait même reçu des paiements d'une société suisse chargée de superviser les envois de marchandises pour le compte de l'ONU. Une commission d'enquête finira pas juger Kofi Annan responsable mais pas coupable en 2005. Elle notera que Kofi Annan n'avait "ni sa famille, ni son organisation, assez sous contrôle".

Médiateur spécial pendant la guerre en Syrie

Après la fin de son deuxième mandat en tant que Secrétaire général des Nations unies en 2007, Kofi Annan se retire de la scène mondiale. Il occupe alors des postes dans diverses organisations de développement et écrit ses mémoires. Mais cela ne l'empêchera pas de revenir régulièrement sur le devant la scène. Il jouera par exemple un rôle de médiateur entre le gouvernement et l'opposition au Kenya après les élections de fin 2007. En février 2013, il est aussi nommé médiateur spécial lors de la guerre en Syrie. Un poste qu'il occupera pendant six mois.

Südafrika Mandelas 100. Geburtstag - Ehemaliger UN Generalsekretär Kofi Annan (Getty Images/AFP/G. Khan)

Lors des célébration des cent ans de la naissance de Neslson Mandala, en juin 2018.

À travers sa fondation, l'ancien secrétaire général de l'ONU, ne manquera pas non plus d'intervenir ou de commenter la vie publique. Récemment, commentant les manifestations de jeunes américain contre le lobby américain des armes à feu, il avait tweeté: "Si les dirigeants ne parviennent pas à remplir leur rôle, les gens peuvent prendre les devants et forcer ces dirigeants à suivre". Il s'est également montré en public, par exemple lors des célébrations du centenaire de Nelson Mandela.

Récemment, Kofi Annan vivait à Genève, en Suisse, avec sa deuxième femme, Nane. Il est décédé après "une courte maladie" à l'âge de 80 ans. C'est ce qu'ont annoncé sa famille et sa fondation sur Twitter ce samedi. 

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