Rwanda : après le génocide, le lent cheminement vers la réconciliation | Afrique | DW | 04.04.2019
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Afrique

Rwanda : après le génocide, le lent cheminement vers la réconciliation

Entre avril et juillet 1994, plus d'un million de Tutsis ont été tués. 25 ans après, le pouvoir essaie de réconcilier les deux ethnies, hutu et tutsi, mais beaucoup reste à faire.

Cérémonie du souvenir à Nyamata en 2014

Cérémonie du souvenir à Nyamata en 2014

Le Rwanda commémore, dimanche 7 avril, le 25e anniversaire du génocide commis contre les Tutsis en 1994.  Il est le seul génocide sur le continent africain reconnu par l'ONU à ce jour. Depuis 25 ans, la majorité des procès, ou toute autre initiative visant à rendre justice aux victimes, insistent à la fois sur la reconnaissance des crimes commis mais aussi sur le pardon.

A Rusizi dans l’ouest du Rwanda, à la colline de Mushaka, Nicolas, 45 ans, a fait de la prison pour avoir tué le père de Marianne, âgée de 43 ans, pendant le génocide. Une histoire de réconciliation qui commence après que le bourreau a passé plus de dix ans en prison.

"Avant le génocide, j’étais un bon chrétien, mais pendant les tueries nous sommes allés chez Jean Sumba et nous l’avons tué. Après, j’ai connu la prison, mais avec le programme de réconciliation initié par l’Eglise, j’ai demandé pardon à la famille de Marianne, avouant que c’était Satan qui m’y avait entrainé", raconte Nicolas.

La force du mot "pardon"

Marianne a perdu son père lorsqu'elle était encore une jeune femme. Mais elle connaît bien l’histoire autour de sa mort. Elle confirme que Nicolas, l’ancien voisin de leur famille, est le meurtrier.

"Si ce programme de réconciliation n’avait pas été introduit, Nicolas serait toujours en prison. Nous lui avons demandé de venir nous demander pardon et ce pardon, nous le lui avons accordé, car il est notre ami."

Ces récits de réconciliation, résultat des efforts du gouvernement pour encourager les bourreaux à témoigner ou à demander pardon, sont nombreux. Pourtant, certains pensent que pour unir le peuple rwandais, le pouvoir devrait traiter les deux ethnies de façon impartiale. C'est le cas de cette femme qui préfère garder l’anonymat : "J'ai entendu quelqu’un venir insulter des gens dans un lieu public en disant : vous les Hutus, vous n’avez plus de place ici ! Le temps a passé et vous n'avez plus droit à la parole. Mais les Hutus n'osent pas le dire aux Tutsis car ils ont peur."

L’unité et réconciliation des Rwandais atteintes ?

Depuis 2015, un rapport rédigé par la Commission nationale de l’unité et de la réconciliation affirme que 92% des Rwandais sont réconciliés. Un chiffre brandi par les autorités qui dissimule mal les difficultés qui persistent néanmoins au sein de la société. Ce que reconnait d'ailleurs Fidèle Ndayisaba, le secrétaire exécutif de cette commission. "Ce baromètre d’unité et de réconciliation présente encore des failles", admet-il. "Il y a certaines personnes qui manifestent encore des signes d’idéologie génocidaire. Un autre petit nombre de gens restent encore dans les méandres du divisionnisme ethnique", confie le secrétaire exécutif de la Commission nationale de l’unité et de la réconciliation.

Cela fait 25 ans que les Rwandais commémorent, année après année, ce génocide, en réprimant toute déclaration négationniste ou qui affirmerait que le Rwanda aurait connu un double génocide. Libérée récemment, l’opposante Victoire Ingabire a ainsi passé huit ans en prison pour avoir, selon les autorités, "minimisé le génocide de 1994."