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RDC : un procès pour sanctionner l'impunité dans le Kasaï

12 mars 2021

Cette semaine, le tribunal militaire de Kananga a débuté les audiences dans le procès de l'ancien chef milicien Laurent Nsumbu Katende.

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Image : Sosthène Kambidi

Entre 2016 et 2017, le Kasaï a enregistré une augmentation significative des cas de violence dans cette partie centrale de la RDC. Selon l’ONG Trial international, ces violences ont entraîné la mort de plus de 3.000 personnes et plus de 80 fosses communes liées à ces massacres ont déjà été découvertes. Des milliers de cas de tortures et de viols ont également été signalés.

Nous avons parlé à Daniel Perissi, responsable du programme Grands lacs de Trial international, qui fait partie des structures appuyant cette action judiciaire inédite.

Audience devant le tribunal militaire de Kananga
Audience devant le tribunal militaire de KanangaImage : Sosthène Kambidi

DW : Pouvez-vous nous livrer le bilan de la première journée du procès qui a débuté jeudi (11.03) au Kasaï central et qui concerne l’ancien chef milicien Laurent Nsambu Katende ?

Daniel Perissi : après l’identification des parties au procès, la première journée d’audience a vu la comparution des victimes qui ont relaté devant le tribunal des crimes commis par la milice sous le commandement du prévenu Laurent Nsumbu. Ils ont fait un récit poignant à propos des meurtres et mutilations commis par les miliciens en présence du prévenu et d’autres victimes parmi les plus de 200 victimes qui se sont constituées partie civile. Ces derniers vont avoir la possibilité de faire entendre leurs témoignages dans les prochains jours.

DW Trial a déjà précédemment travaillé sur ce type de thématique à l’est de la RDC. Pourquoi avoir "choisi" le Kasaï cette fois-ci ?

Daniel Perissi : c’est en effet surla  base des leçons apprises lors des procès sur les crimes de masse dans l’Est du pays que nous avons décidé d’intervenir dans la région du Kasaï en 2020.  Le choix s’exprime par la volonté de contribuer à briser l’impunité régnante pour les crimes commis lors du conflit dit "Kamwina Nsapu", entre 2016 et 2018. Malheureusement, aujourd’hui, cette impunité est totale et aucun procès n’a pour l’instant sanctionné les auteurs de ces crimes. Il n’y a eu que le procès pour les deux experts des Nations Unies et leur accompagnateur congolais qui est en cours depuis des années mais loin d’arriver à son terme.

Lire aussi : Kasaï : les ONG veulent une enquête indépendante

DW en RDC, très peu croient en la justice et nombreux sont ceux qui appellent à la réforme de l’appareil judiciaire. Quelle est votre grille de lecture à ce sujet ?

Daniel Perissi : par exemple, la magistrature militaire ainsi que la magistrature civile connaissent un problème très grave de sous-effectifs, il n’y a qu’une poignée d’enquêteurs et de procureurs qui doivent essayer de faire la lumière sur les crimes liés aux conflits tout en traitant des affaires plus récentes. Cette situation contribue clairement à la désillusion et au manque de confiance de la population vis-à vis du système judiciaire. Mais en même temps, l'accès à la justice et la lutte contre l’impunité sont des ingrédients essentiels pour briser les cycles de violence et éviter la répétition des massacres dans le pays.

DW Quelles sont vos attentes par rapport à ce procès au Kasaï central ?

Daniel Perissi : notre attente est que ce procès puisse constituer un précédent judiciaire important pour toute la région du Kasaï  pour démontrer qu’il est possible pour les victimes de crimes graves d’obtenir justice et réparation devant les tribunaux congolais et que les auteurs de ces crimes soient poursuivis et sanctionnés selon la loi.

DW-Redaktion Afrika-Französisch
Wendy Bashi Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle@WenBash