Lutte des classes façon thaï | International | DW | 23.04.2010
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International

Lutte des classes façon thaï

Les fronts se durcissent, en Thailande: la population rurale prend conscience de son poids politique et réclame à l'élite économique et politique, urbaine, de lui accorder sa part des richesses du pays.

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Un pays où les inégalités sont criantes...

Les opposants, en "Chemises rouges", maintiennent leur barricade dans Bangkok, la capitale. Ils réclament le départ de l'actuel premier ministre, Abhisit, et veulent un retour de l'ancien chef du gouvernement, Thaksin. Hier, des heurts ont éclaté, quand un petit groupe autonome s'en est pris aux forces de l'ordre et aux manifestants. Ces affrontements ont fait plusieurs morts et des dizaines de blessés. Cette crise politique dure depuis des années, en Thailande, et est l'expression d'un malaise profond d'une société en pleine mutation.

Thailand Stadtansicht von Bangkok

...jusque dans Bangkok, capitale moderne.

Prise de conscience des plus démunis

Pour simplifier, les deux franges en lice sont, d'un côté, l'élite en place, citadine, occidentalisée, qui en plus d'avoir les rênes du pouvoir politique, détient aussi les clefs de l'économie, et de l'autre, le gros de la population, rurale, qui vit dans le dénuement et qui en a assez des inégalités sociales et prend peu à peu conscience de son poids politique. Arnaud Leveau, directeur-adjoint de l'Institut de Recherches sur l'Asie du Sud-Est contemporaine, à Bangkok.

"Dans les provinces, quand on parle avec les gens, ils nous disent: 'Ça fait 300 ans qu'on est opprimé. Moi mes parents se sont tus toute leur vie, qu'est-ce qu'ils ont eu en échange? Rien! Je n'ai pas envie de mourir comme mes parents, parce que si la Thailande aujourd'hui est un pays riche, c'est grâce à notre travail et nous voulons être reconnus en tant que tels.' Même s'il y a une forte répression demain, même si on leur fait peur, ce mouvement ne s'arrêtera pas."

BdT Proteste gegen Regierung in Bangkok Thailand

Quand les pauvres montent sur les barricades

Pas de retour en arrière possible

Ce ras-le-bol, ce réveil politique des masses rurales thailandaises, serait le fruit, d'après Arnaud Leveau, des politiques réformatrices engagées par l'ancien premier ministre, Thaksin Shinawatra, renversé en 2006, et qui avait bien compris l'importance électorale de cette frange délaissée de la population.

"Il y a eu des subventions très fortes en direction des campagnes, avec des bourses pour les étudiants, un système de protection sociale minimale qui n'existait pas auparavant, avec les 30 bahts par consultation, avec la gratuité de l'électricité et de l'eau. Et ils se sont soudainement sentis importants: 'jusqu'à présent le gouvernement ne faisait rien pour nous, mais nous ne pensions pas qu'il le pouvait, à part de faire un peu de charité, nous distribuer quelques couvertures de temps en temps'."

Ces deux mondes, l'élite urbaine, et la population rurale, se font donc face en ce moment, la seconde réclamant une réforme profonde de la société et un partage des pouvoirs.

Thailand König Bhumibol Adulyadej

Le roi Bhumibol en 2007

Le roi, figure constante et incontestée

Il est à noter que, malgré les divergences, aucun camp ne remet officiellement en cause la monarchie, ni la légitimité du roi Bhumibol, absent du champ politique car hospitalisé depuis le mois de septembre.

En Thailande, il existe en effet une des lois les plus sévères au monde qui condamne le crime de lèse-majesté. Mais, toujours d'après Arnaud Leveau, ce qui explique ce soutien massif des Thailandais à leur souverain, en dépit des tourments que leur pays traverse, c'est justement qu'il incarne une sorte de figure immuable et rassurante - il est sur le trône depuis une quarantaine d'années - une stabilité à laquelle tous les acteurs du pays semblent se raccrocher pour surmonter les aléas de la politique. Pas de réforme de l'institution royale, en tout cas, jusqu'au décès du roi.

Dans trois mois, sont prévues les prochaines élections. Les "Chemises rouges" de l'opposition viennent de faire savoir que leur participation au scrutin était "négociable". Par ailleurs, l'opposition suggère de laisser 30 jours au gouvernement pour qu'il donne sa démission.

Auteur: Sandrine Blanchard
Edition: Philippe Pognan

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