DW : Alice Nkom, l’Assemblée nationale du Sénégal a adopté la loi durcissant l'homosexualité. Alors quelle réaction avez-vous sur cette loi qui a été adoptée à l'unanimité ?
C'est une nouvelle qui m'a profondément atterrée de la part du Sénégal. Un Sénégal géré par des jeunes qui sont dans la modernité, dont on attend des choses qui permettent au Sénégal de rester ce pays phare des libertés, ce pays phare qui reçoit des touristes du monde entier et qui en vit.
Est-ce que c'est ça le Sénégal ? Beaucoup de gens qui vont au Sénégal, le pays de Senghor, l'écrivain, l'académicien et que c'est ce pays qui, des décennies après la mort de Senghor, fait de grands bonds dans l'obscurité du passé et se classe parmi les pays qui vont punir une partie de leurs enfants pour ce qu'ils sont, et qui va privilégier les autres pour ce qu'ils sont aussi, avec la même origine, le même Dieu créateur.
La Teranga, c'est ça ? Cette loi vient de décider de la mort et de l'enterrement de la Teranga sénégalaise. Vous voulez me dire que si j'ai des enfants qui sont homosexuels, je ne dois pas les envoyer étudier au Sénégal parce que vous allez me les tuer, parce que vous allez les mettre en prison alors qu'ils n'ont fait de mal à personne.
Je pense que le Sénégal a ratifié la Convention internationale sur la Déclaration universelle des droits de l'homme qui met en valeur des valeurs de liberté, d'égalité, de droits pour tous, pas seulement pour les Sénégalais hétérosexuels. Un crime, c'est un acte qu'on pose et qui doit causer un préjudice à autrui. Ce n'est pas le cas de l'homosexualité. C'est un acte d'amour, l'homosexualité, l'expression de l'amour, l'expression de la vie pour tout le monde. Personne ne naît sur la base d'un bon de commande de sa maman à Dieu. Un homosexuel n'a pas choisi sa sexualité. Je croyais que le Sénégal était un de ceux qui le savaient quand il a produit des gens comme Léopold Sédar Senghor.
DW : C'est dire que cette loi n'a pas son sens, n'a pas sa raison d'être ?
C'est dire que cette loi viole les déclarations universelles qui ont été signées par le Sénégal, viole donc la valeur égalité pour tous les hommes. Ils l'ont signé. Tous les hommes naissent libres et égaux en droit et en dignité. Le droit, c'est le droit d'aimer qui on aime quand on est majeur, et de vivre cet amour en toute liberté dans un endroit qui est sécurisé par le principe de l'inviolabilité, c'est à dire le domicile. C'est ça le Sénégal qui a des universités où nous tous on envoyait nos enfants étudier ? On doit réfléchir par deux fois parce qu'il y a à la tête du Sénégal, des extrémistes, des intolérants.
DW : Le texte aussi sanctionne la promotion d'homosexualité. Quels risques cela peut-il poser pour les ONG, journalistes et défenseurs de la promotion ?
Qu'est-ce que ça veut dire la promotion de l'homosexualité ? Ça veut dire que moi, je suis avocate, je dois défendre les clients en fonction de ce que le Sénégal punit et que moi je ne punis pas ? On va me dire que je fais la promotion, c'est ça ? Ce n’est pas ça le droit pénal.
DW : Est ce qu'il y a un risque aujourd'hui pour les ONG ?
Bien sûr, bien sûr. Il suffira qu'on les arrête parce qu’ils défendent les droits de l'homme, notamment les droits des homosexuels qui sont l'homme. Vous allez faire quoi ? Les droits de l'homme, ce sont les droits des femmes et des hommes. Et des jeunes au pouvoir, vous m'en direz tant, moi, je vote encore un jeune au pouvoir et voir ce qu'ils deviennent quand le pouvoir les a rendus fous, quand ils doivent payer les dettes des fondamentalistes qui ont financé leurs campagnes ? Zéro.
DW : Est-ce à dire qu’il y a beaucoup de risque aujourd'hui pour les personnes LGBT au Sénégal ?
J'espère que ça va impacter le tourisme qui est une source de revenus. Parce que vos touristes blancs, étrangers, noirs, jaunes, il y en aura des homosexuels dedans, vous allez faire quoi avec ? Prendre leur argent et les mettre en prison ?
DW : Certains responsables politiques disent qu'il s'agit de défendre les valeurs culturelles et religieuses. Que répondez-vous ?
Il se trouve dans quel dictionnaire ? Qu'on me les donne. L’Afrique qui, à chaque village, chacun à ses traditions. Il est qui pour dire ça ? Qui défend les traditions africaines ? Avec cette honte là qu'ils mettent sur les gens, si tous les homosexuels désertent le Sénégal, partent et les touristes avec, vous savez ce que le Sénégal va devenir, un squelettique bonhomme.