Ce que pensent les Sénégalais de la nouvelle monnaie, l′Eco | Afrique | DW | 23.12.2019
  1. Inhalt
  2. Navigation
  3. Weitere Inhalte
  4. Metanavigation
  5. Suche
  6. Choose from 30 Languages
Publicité

Afrique

Ce que pensent les Sénégalais de la nouvelle monnaie, l'Eco

Huit pays d'Afrique de l'Ouest et la France ont décidé samedi de reformer le franc CFA, qui va s'appeler l'Eco en juillet 2020. Cette réforme satisfait certains sénégalais. D’autres exigent plutôt la bonne gouvernance.

La nouvelle de la réforme du franc cfa a été bien accueillie à Dakar, la capitale du Sénégal. Telle qu’annoncée par le président ivoirien Alassane Ouattara, elle va permettre aux africains de prendre leur destin en main et de s’ouvrir officiellement à d’autres pays autre que la France.

"Il y a beaucoup de pays qui fuient le franc CFA. C’est la raison pour laquelle, ils ne veulent pas investir en Afrique. Donc avec ce changement du franc CFA en ECO, je crois qu’il y aura plus d’emplois pour la jeunesse", se réjouissent ces étudiants, interrogés par notre correspondant, Robert Adé.

"Je pense que c’est rassurant avec ces efforts, même s’il n’y a pas d’effets comme souhaité par les sénégalais, il y aura un peu de changement. Il y aura une amélioration", ajoute, rassuré, un autre étudiant.

Pas de rupture automatique avec le franc CFA

Selon Mor Gassama, économiste et enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la rupture avec le système du franc CFA ne sera pas automatique avec le changement de nom. Il estime qu’il s’agit plutôt d’une décision politique.

L'économiste Mor Gassama

L'économiste Mor Gassama

"Ce ne sont que des mots pour l’instant parce que le problème de l’Afrique, tout le monde le sait, ce n’est pas uniquement un problème de monnaie. C’est d’abord et avant tout un problème de gestion de deniers publics", explique le chercheur.

À l’en croire, "si un chef d’État ne respecte pas ses engagements, si les meilleures ressources que nous détenons, on les dilapide ou on ne les utilise pas en fonction de nos priorités, quel que soit le nom de la monnaie, ça ne servira pas à grande chose. La décision est plutôt plus politique qu’économique. C’est clair ! Surtout le moment choisi."

Mor Gassama ajoute que l’avènement de l’ECO est une victoire à célébrer avec beaucoup de modestie. Car, il existe encore de nombreuses zones d’ombre par rapport à la mise en circulation de cette nouvelle monnaie, conclut l’enseignant-chercheur.

Ce qui va changer

Le nom

En 1945, à sa création, le franc CFA signifiait "franc des colonies françaises d'Afrique". Au début des années 1960 et la période des indépendances, cette monnaie devient "franc de la Communauté financière africaine", utilisé par les huit pays d'Afrique de l'Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo).

Les chefs d'état de la CEDEAO à Abuja le 21 décembre 2019

Les chefs d'état de la CEDEAO à Abuja le 21 décembre 2019

À partir de 2020, le franc CFA va donc devenir l'"Eco", la monnaie unique des 15 pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Fin du dépôt des réserves

Selon la présidence française "la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) ne sera plus obligée de déposer la moitié de ses réserves de change auprès du Trésor français".

Présence française

Autre changement annonce, la France va se retirer des instances de gouvernance de l'Union monétaire ouest africaine (UMOA) où elle était détenait un droit de veto.

Bruno Le Maire, le ministre français de l'économie et des Finances

Bruno Le Maire, le ministre français de l'économie et des Finances

"La France ne nommera plus aucun représentant au Conseil d'administration et au Comité de politique monétaire de la BCEAO, ni à la Commission bancaire de l'UMOA", a tenté de rassurer l'Elysée.

 Parité fixe avec l’euro

Le président ivoirien a également déclaré que la parité fixe du franc CFA avec l'euro sera appliqué á la future monnaie, l’Eco (1 euro = 655,96 francs CFA).  L’objectif, est d'éviter les risques d'inflation (présente dans d'autres pays d'Afrique) a justifié Alassane Ouattara. 

Pourtant, plusieurs économistes ont fustigé l'arrimage à l'euro qui est une monnaie forte. Car elle poserait des problèmes pour les économies de la région qui sont moins compétitives. Celles-ci ont besoin de donner la priorité à la croissance économique et à l'emploi plutôt que de lutter contre l'inflation.

L'Euro, la monnaie unique européenne

L'Euro, la monnaie unique européenne

C’est pourquoi,  ces économistes sceptiques plaident pour la fin de la parité fixe avec l'euro au profit de l'indexation sur un panier des principales devises mondiales, le dollar, l'euro et le yuan chinois.

Garantie de la France

La France      va conserver toutefois son rôle de garant financier pour les huit pays de l'UEMOA.  

"Si la BCEAO fait face à un manque de disponibilités pour couvrir ses engagements en devises, elle pourra se procurer les euros nécessaires auprès de la France. Cette garantie prendra la forme d'une "ligne de crédit ", a soutenu l'Elysée.

Réponse du président ivoirien Alassane Ouattara: "avec le maintien de cette garantie, en attendant l'Eco, nous voulons éviter la spéculation et la fuite des capitaux".

Incertitudes

Lors du sommet de la CEDEAO qui s'est tenu ce samedi à Abuja, la ministre des Finances du Nigeria, Zainab Shamsuna Ahmed, (l’un des poids lourd économique de la région) a déclaré que la mise en œuvre de l'Eco en 2020 n'était "pas certaine". Elle a jugé qu'il restait "encore du travail à faire pour répondre aux critères de convergence".

Muhammadou Buhari, le président du Nigeria est hostile pour l'heure à l'Eco

Muhammadou Buhari, le président du Nigeria est hostile pour l'heure à l'Eco

À l’issue de la rencontre,  les dirigeants ont décidé que les pays de l'UEMOA, Union économique et monétaire ouest-africaine (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) qui respectent dans l'ensemble les critères de convergence (contrairement aux autres pays de la CEDEAO), pourraient constituer l'avant-garde de l'Eco.