En Allemagne, une affaire de népotisme éclabousse l’AfD
18 février 2026
En 2023, lorsque Robert Habeck a été mis sous pression pour ses décisions de personnel, l’AfD a flairé une opportunité. Les dirigeants du parti ont dénoncé un "népotisme" et une "criminalité de clan", critiquant avec virulence l’ancien ministre fédéral de l’Économie pour les liens familiaux présents dans son ministère.
Stephan Brandner, vice-président de l’AfD, n’a pas hésité à parler de "réseau mafieux". Si la politique de personnel de Habeck pouvait laisser un "mauvais goût", elle n’enfreignait toutefois aucune loi ni règlement.
Pour l’AfD, ce scandale représentait une aubaine. Le parti, qui se présente comme anti-establishment et voix du peuple, pouvait dénoncer ce type de pratiques, car le favoritisme, qu’il soit légal ou non, est rarement bien vu par les électeurs.
Le favoritisme familial, une accusation qui secoue l’AfD
Ironie de l’histoire, c’est aujourd’hui l’AfD qui est sous le feu des critiques pour avoir employé des membres de la famille dans ses rangs. Dans le Land de Saxe-Anhalt, plusieurs députés régionaux et fédéraux auraient embauché des proches comme collaborateurs dans les bureaux de leurs collègues. Plusieurs médias, dont le magazine ZDF Frontal, rapportent que certains percevaient des salaires conséquents, financés par les deniers publics.
Au cœur de cette polémique se trouve Ulrich Siegmund, candidat principal de l’AfD pour les élections régionales de Saxe-Anhalt en septembre 2026. Sa formation domine les sondages et Ulrich Siegmund ambitionne de devenir Premier ministre, ce qui ferait de lui le premier dirigeant AfD ouvertement d’extrême droite à accéder à cette fonction en Allemagne. Il a été révélé que son père travaillait dans le bureau d’un député fédéral, percevant près de 100 000 € par an.
Ulrich Siegmund ne conteste pas ces informations, justifiant la pratique par la difficulté de trouver un personnel de confiance. L’embauche de membres de la famille de collègues de parti n’est apparemment pas illégale ; les députés ne peuvent recruter leurs propres proches, mais ceux de leurs amis politiques, oui.
Dans le Land de Basse-Saxe, des pratiques similaires ont également été dénoncées. Une députée européenne de l’AfD a accusé le parti de collusion et d’enrichissement personnel. Selon les médias, l’épouse du président du parti, Ansgar Schledde, travaille dans le bureau d’un député fédéral AfD.
Les critiques viennent de l’intérieur
Le politologue Alexander Hensel, de l’université de Göttingen, estime que le favoritisme en lui-même n’est pas le plus grave problème de l’AfD. Ce qui inquiète vraiment, c’est que ces accusations viennent du courant le plus radical du parti, risquant de provoquer des conflits internes.
Björn Höcke, président influent de l’AfD en Thuringe, figure parmi les critiques les plus virulents. Sur le réseau social X, il a déclaré : "Nous ne pouvons échouer qu’à nous-mêmes. Mais cet échec devient possible". Selon Hensel, Höcke et ses alliés cherchent à présenter le scandale de Saxe-Anhalt comme une conséquence d’une trop grande adaptation au système, afin de renforcer le profil de l’AfD en tant que parti radical de mouvement.
Le Land de Thuringe dirigé par Höcke est considéré par les services de sécurité allemands comme « solidement d’extrême droite ». Höcke lui-même est perçu comme un idéologue radical, prônant une société homogène et ethno-nationaliste, et s’opposant fortement à l’immigration. Il est régulièrement accusé d’avoir des affinités idéologiques avec le nazisme et a déjà été condamné à deux reprises pour avoir utilisé un slogan de la SA, la milice paramilitaire d’Adolf Hitler.
Des scandales qui pèsent sur tout le parti
Les affaires s’accumulent et pèsent sur l’ensemble de l’AfD :
- En Saxe-Anhalt et en Basse-Saxe, les embauches de proches suscitent un débat sur le favoritisme.
- La présidente du Bundestag, Julia Klöckner, a interdit l’accès au parlement à sept employés de l’AfD pour des raisons de sécurité. Certains ont été condamnés pour incitation à la haine, résistance à la police ou violation de la législation sur les armes.
- La direction du parti est en conflit depuis plusieurs mois sur la relation avec le nationaliste autrichien Martin Sellner, jugé trop extrême par certains membres.
- Un député régional bavarois a été condamné en février 2026 pour blanchiment d’argent et extorsion.
- Une ancienne députée fédérale AfD est actuellement jugée pour implication présumée dans une organisation terroriste.
S’ajoutent à cela les tensions sur la politique étrangère : Tino Chrupalla, co-président, est proche de la Russie et critique l’aide militaire à l’Ukraine, tandis qu’Alice Weidel, l’autre co-présidente, cherche à renforcer les liens avec les États-Unis et Donald Trump.
Une direction fragilisée
La direction de l’AfD est de plus en plus accusée de manquer de leadership. Selon Hensel, ses marges de manœuvre sont limitées : critiquer ouvertement les collègues de Saxe-Anhalt serait risqué en année électorale. Chrupalla a adopté un ton modéré : les contrats sont légaux, mais "ça laisse un goût amer". Il emploie lui-même l’épouse d’un député dans son bureau.
Officiellement, le parti nie toute pratique systématique de favoritisme. Plusieurs sections affirment que les recrutements se font sur la base de compétences et dans le respect des règles. Le politologue Alexander Hensel estime toutefois que le scandale pourrait nuire gravement à l’AfD, fragilisant son image d’alternative aux partis établis : la critique populiste que le parti adresse aux autres se retourne désormais contre lui.
Auteur : Pfeifer Hans