Un fort taux d’abstention lors des législatives au Mali | Afrique | DW | 30.03.2020
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Afrique

Un fort taux d’abstention lors des législatives au Mali

Le scrutin s’est tenu malgré le coronavirus et l’enlèvement du chef de file de l’opposition Soumaïla Cissé par les groupes armés.

Image symbolisant des élections

Image symbolisant des élections

La campagne s'est déroulée dans un contexte délétère avec l'apparition du coronavirus et les violences djihadistes et intercommunautaires persistantes. 

Beaucoup d'électeurs se sont méfiés, en particulier du coronavirus qui a contaminé une vingtaine de personnes et fait samedi (28.03.20) sa première victime dans le pays. 

Soumaïla Cissé (au milieu) lors d'une conférence de presse (image d'archive, août 2018)

Soumaïla Cissé (au milieu) lors d'une conférence de presse (image d'archive, août 2018)

A ceci s'ajoute l'enlèvement du chef de file de l'opposition, Soumaïla Cissé, à quelques jours de l'élection alors qu'il faisait campagne dans son fief électoral de Niafounké, près de Tombouctou (nord). 

Selon un élu et une source sécuritaire, Soumaïla Cissé serait aux mains de djihadistes se revendiquant d'Amadou Koufa, chef de l'une des branches de la principale alliance djihadiste du Sahel, affiliée à Al-Qaïda,  Le président Ibrahim Boubacar Keïta a promis de "ne ménager aucun effort pour obtenir sa libération". 

"Le coronavirus et l'insécurité ont chassé les électeurs".

Le scrutin n'a pas pu se tenir dans les parties du territoire en proie à des violences quasi quotidiennes, qui ont débordé ces dernières années sur le Niger et le Burkina Faso voisins.

Sur 12.500 bureaux, 274 sont restés fermés, selon le ministère de la Sécurité.

Les Forces armées maliennes ont affirmé avoir été "accrochées dans une embuscade" à Mondoro, près de la frontière avec le Burkina, où elles avaient déjà été visées trois fois par les djihadistes depuis septembre, subissant de lourdes pertes.

L'armée malienne face aux groupes armés (image d'archive, 2013)

L'armée malienne face aux groupes armés (image d'archive, 2013)

Les militaires affirment avoir "neutralisé cinq terroristes" et récupéré trois motos et de l'armement, sans enregistrer de victime.

Ils ont également indiqué avoir  interpellé "19 personnes en possession de 10 urnes destinées à des opérations frauduleuses" à Tombouctou (nord).

A Mopti, au cœur du centre du Mali particulièrement meurtri ces dernières années, il n'y a "pas vraiment eu d'affluence", a dit le président d'un bureau.

A Tombouctou, les centres de vote étaient sécurisés par l'armée malienne, mais un président de bureau a été "enlevé par des hommes armés", selon une source proche du gouvernorat.

Le mandat de l'Assemblée issue des élections de 2013, qui avaient octroyé une majorité substantielle au président Keïta, devait s'achever en 2018. 

Les enjeux de son renouvellement sont importants, selon des experts, puisqu'il s'agit de faire enfin progresser l'application de l'accord de paix d'Alger.

Signature de l'accord de paix à Alger , février 2015

Signature de l'accord de paix à Alger , février 2015

Cet accord a été signé en 2015 entre les autorités et les groupes armés indépendantistes, notamment touareg, qui avaient pris les armes en 2012. Il ne concerne pas les groupes djihadistes. Mais sa mise en œuvre est considérée comme un facteur essentiel d'une sortie de crise à côté de l'action militaire.

Il prévoit plus de décentralisation via une réforme constitutionnelle. Certains opposants estiment que la réforme ne peut être adoptée par l'Assemblée actuelle car celle-ci est jugée par beaucoup "légale mais plus légitime", selon Bréma Ely Dicko, sociologue à l'université de Bamako.

Reportées à plusieurs reprises, ces élections législatives doivent permettre de renouveler les 147 sièges du Parlement. 

Avec AFP