Trois ans d′accueil des réfugiés à Bonn en Allemagne | Vu d′Allemagne | DW | 21.03.2018
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Vu d'Allemagne

Trois ans d'accueil des réfugiés à Bonn en Allemagne

Alors que les deux principaux centres d'accueil de réfugiés de la ville de Bonn vont fermer fin mars, la DW revient sur l'accueil de milliers de réfugiés depuis 2014. Près de 6000 personnes sont arrivées dans l'ancienne capitale depuis le début de "la crise des réfugiés".

Écouter l'audio 12:30

"Deutschland ist ein starkes Land. Wir haben so vieles geschafft, wir schaffen das." Soit en français : "L'Allemagne est un pays fort, nous avons réussi beaucoup de choses : Nous y arriverons !" Les mots sont d'Angela Merkel, la chancelière allemande, à la fin du mois d'août 2015. À l'époque, elle encourage ses compatriotes à accueillir les milliers de réfugiés qui arrivent en masse dans le pays. Jusqu'à 10 000 personnes par jour. Près d'un million deux cent milles migrants en 2015 et 2016. 

6000 réfugiés à Bonn

À Bonn, ville de 300 000 habitants dans l'ouest du pays, ancienne capitale, 6000 personnes sont arrivées depuis 2014. À la fin mars 2018, les deux plus gros centres d'accueil, Paulusheim, une ancienne maison de retraite, et une ancienne clinique, vont fermer. Déménagement prévu pour des dizaines de personnes ailleurs dans la ville, notamment dans des conteneurs aménagés en appartements. L'occasion pour la DW de revenir sur l'accueil des réfugiés jusqu'ici. 

Il y a 3 ans environ, la ville voit débarquer des premiers réfugiés. "C’était … un peu une euphorie, les gens était contents", raconte aujourd'hui Lena von Seggern, coordinatrice pour l’aide aux réfugiés dans la ville de Bonn depuis juin 2016 pour le compte de la diaconie, qui dépend de l’Eglise évangélique. "C'était dans l'air, on savait que les gens devaient arriver, on ne savait juste pas quand", raconte une autre bénévole de l'époque, Imke Schauhoof. Avec d'autres, elle ouvrira un "Café-contact", pour aider aux rencontres entre habitants et réfugiés, dès novembre 2015. 

Les cultes appelés en renfort 

Si chacun était conscient de l'arrivée imminente des réfugiés, la ville est rapidement surchargée. Elle fait appel aux paroisses, très organisées en Allemagne. "Elles sont dépendantes des bénévoles en général et ont donc des structures bénévoles déjà constituées qui pouvaient aider rapidement", explique Lena Von Seggern. "Il n’y avait encore que peu de structures, peu de travailleurs sociaux, peu de personnes pour aider les réfugiés, les capacités étaient limitées. Les bénévoles devaient donc se lancer, et c’est ce qu’ils ont fait."

Flughafen Köln Bonn Drehkreuz für Flüchtlinge (picture-alliance/dpa/M. Hitij)

En 2015, des tentes provisoires sont installées au bord de l'aéroport de Cologne, pour les arrivées massives de migrants.

Des bâtiments inutilisés sont rouverts. Des bâtiments religieux également. Les sportifs de la ville laisseront aussi des gymnases à disposition plusieurs mois. Aux bénévoles des différents cultes se joignent des retraités de la fonction publique, des professeurs, des étudiants, des concierges d’immeubles. Tous donnent de leur temps pour aider ces réfugiés syriens, irakiens ou encore afghans à remplir des formulaires, à apprendre l’allemand ...

Retraité, dans une salle ouverte chaque samedi pour qu’habitants et réfugiés se rencontrent, Claus Stahl se présente comme l'un de ces bénévoles de la première heure. "Je suis moi-même un réfugié de la fin de la seconde guerre mondiale. Je suis venu d’Allemagne de l’Est en Allemagne de l’Ouest", raconte-t-il. "Même si on ne peut pas comparer, parce que nous n’avions pas les soucis liés à la langue, aux différents formations, à une culture différente, on avait aussi ce manque de notre terre natale, de nos habitudes. Et c’est pour ça qu’on sait ce que c’est, sentimentalement, d’être un réfugié". Trois ans après ces premières heures de bénévolat, on le croise encore à échanger avec un jeune syrien, ou à montrer à des nouveaux venus les différents portraits des dirigeants allemands successifs dans un musée de la ville.  

Peu d'opposition

Pegida Demo in Dresden (Reuters/H. Hanschke)

Les oppositions, ici avec le mouvement Pegida à Dresde, ont été plus ou moins fortes selon les régions d'Allemagne.

Face à ces discours, quelques membres d’extrême-droite tentent d’organiser des manifestations contre les réfugiés. Mais sans succès. Leurs opposants sont plus nombreux quand ils descendent dans la rue. L’ambiance reste accueillante. Même les agressions attribuées à des hommes originaires d’Afrique la nuit de Nouvel an 2015 à Cologne, à quelques kilomètres, n’y changeront rien. "On a bien eu quelques bénévoles perturbés, mais très franchement, la majorité sont restés. Ils connaissaient déjà les réfugiés et savaient que ceux qui étaient là n'étaient pas responsables", explique Lena Von Seggern. 

Hypothèse du contact

Des liens "forts" tissés en quelques mois seulement, grâce notamment à tous ces cafés-contacts qui ouvrent dans chaque quartier. Chacun peut, réfugiés ou habitants, s'y rendre chaque semaine pour échanger, boire un verre, ou partager un gâteau. "Ce sont des lieux très importants", raconte Lena Von Seggern, qui a longtemps étudié les mécanismes d'intégration à l'université. "En science sociale on parle de l'hypothèse du contact. Souvent les gens pensent qu’en vivant côte à côte, cela va suffire. Mais non, et on le voit à Bonn dans le quartier Tannenbusch. Là vivent des gens avec des origines migratoires, d’autres non, mais sans contact. Et c’est un quartier où l’AFD, l’extrême droite, enregistre de gros scores aux élections", raconte-t-elle pour démontrer l'importance de ces lieux de rencontre. 

Au fil des mois, les cafés restent ouverts. Certains réfugiés partent, d’autres arrivent. Weehil, originaire du Yémen, y vient pour la première fois en 2016. Aujourd’hui, assis sur une chaise, très ému quand il raconte son parcours, il estime que c’est cet endroit qui le fait aller de l’avant. "Ici je reçois des sentiments des bénévoles, d’autres réfugiés. C’est comme une famille, vraiment ! Je dis souvent : que Dieu soit remercié que j’aie rencontré ces gens."

Des classes ouvertes 

Pour les plus jeunes, l’intégration passe aussi par l’école. 1300 élèves sont aidés dès 2016, dans près de 70 classes spécialement ouvertes. Les demandes d’asile acceptées, certains quittent aussi les centres d’accueil d’urgence pour s’installer dans des logements plus pérennes. Là encore la société civile se mobilise pour les y aider. 

"À Bonn, le marché de l’immobilier est très serré, il y a peu de logements disponibles. En plus les propriétaires ne sont pas rassurés de louer à des réfugiés, ils n’ont aucune garantie sur le long terme. Mais on a finalement rencontré des gens très biens et trouvé des logements", raconte Sigrun Mengel, qui, avec des habitants, a monté une association pour aider aux premiers déménagements.

 Ehrenamtlicher Mitarbeiter und Flüchtlinge bei Marie-Kahle Preisverleihung am 17.02.2018 in Bonn (DW/H. Flotat-Talon )

Récemment, plusieurs associations, dont celle de déménagement, on reçu des prix pour leur engagement. La plus vieille bénévole récompensée est âgée de 92 ans.

Des appels aux dons de meubles sont lancés, les membres de l'association organisent des tournées pour les récupérer, pour louer et conduire des camions ...  "Ce n'était pas simple, mais on a réussi grâce à beaucoup d’engagement. Et très vite les premiers réfugiés aidés nous ont aidé pour les suivants". 

Au total l’association a, jusqu'à aujourd'hui, participé a plus de 100 déménagements, pour près de 200 personnes. Et dans la ville, ce sont 1000 personnes réfugiées qui auraient leur propre logement, soit un quart des personnes ayant le statut de réfugiés ou celui de réfugié dit "subsidiaire". Selon les derniers chiffres disponibles, fin 2017, ce sont un peu plus de 1500 personnes qui attendaient encore une décision des pouvoirs publics quant à leur demande d'asile. Autant ont d’ailleurs quitté la ville ou été expulsés depuis un peu plus de 3 ans. 

La difficile recherche d'emploi

Les chiffres des accueils sont en baisse depuis plus de 12 mois dans toute la ville. Une situation qui a permis de sortir de l’urgence et peut-être aussi de maintenir la paisibilité dans la ville. "Désormais il faut aussi que les bénévoles comprennent que les migrants ont parfois moins besoin de leur aide", confie Lena Von Seggern dans son bureau. "Certains sont indépendants aujourd'hui et on aurait tendance à trop vouloir les protéger, trop les aider"

Beaucoup cherchent maintenant du travail, notamment parce que le statut de réfugié le permet. "Mais ce n'est pas simple", raconte Weehil. "Je suis ingénieur en génie civil, mais je fais une formation en carroserie quand même, pour augmenter mes chances". À coté de lui un architecte syrien confie lui aussi ses difficultés. "Ce sont des gens formés, mais le niveau de langue et les réticences des entreprises sont encore de gros freins", estime Claus Stahl. 

Comme d’autres villes en Allemagne, Bonn sait qu’il reste beaucoup de travail pour intégrer, sur le long terme, les réfugiés. Personne ne sait d’ailleurs si tous ceux qui sont là resteront ou devront repartir un jour. En revanche, tous savent que le calme et la bienveillance des 400 bénévoles et des habitants dans la ville sont aussi fragiles. 2200 agressions contres des réfugiés ont été recensées en 2017 dans toute l’Allemagne. Alors en attendant, beaucoup préfèrent ici mettre en avant les belles histoires. "Pour un permis, un certificat de langue réussi, une naissance, on fait la fête ensemble", raconte Claus Stahl. "Souvent ils ne boivent pas d'alcool les réfugiés, mais j'ai même appris à m'en passer pour faire la fête", conclut-il avec un sourire. 

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