Sept ans de guerre en Syrie et toujours pas d′issue | Vu d′Allemagne | DW | 13.03.2018
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Vu d'Allemagne

Sept ans de guerre en Syrie et toujours pas d'issue

350.000 morts et des millions de déplacés, la guerre en Syrie dure depuis sept ans. L'historienne Leyla Dakhli explique la responsabilité de la communauté internationale et les difficultés de vérifier les sources d'informations dans ce conflit aux multiples facettes. // Retour sur les 80 ans de l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie et ses échos aujourd'hui.

Écouter l'audio 13:08

En mars 2011, dans la foulée des printemps arabes, les Syriens étaient eux aussi dans la rue pour réclamer plus de liberté à leur dirigeant Bachar al-Assad. Les manifestations sous la bannière "pour une Syrie sans tyrannie" ont été violemment réprimées. Aussitôt, le régime a dénoncé une "rébellion armée de groupes salafistes". La contestation s'est ensuite étendue, jusqu'à basculer en rébellion armée.  

Sept ans plus tard, la guerre en Syrie est "une tragédie humaine aux dimensions colossales", comme l'a déclaré le Haut commissaire des Nations unies pour les Réfugiés Filipo Grandi. Plus de 350.000 personnes ont été tuées depuis le 15 mars 2011, dont près d'un tiers de civils. Dans ce pays qui comptait environ 23 millions d'habitants avant le conflit, la moitié ont été contraints de fuir en raison de combats.  

Leyla Dakhli, historienne et spécialiste du monde arabe contemporain, détaille au micro d'Aimie Eliot une situation devenue de plus en plus complexe au fil de années. 

"La révolte a été réprimée de manière tellement féroce et acharnée et de plus en plus systématique par le régime qu’elle a été remplacée par une lutte armée, qui a pris de plus en plus la forme d’une guerre", explique Leyla Dakhli. 

Implication de nombreux acteurs internationaux

La guerre en Syrie implique un certain nombre d’acteurs internationaux ou régionaux dans le conflit. Parmi eux, la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais qui soutiennent le régime de Bachar al-Assad. Ce dernier a, selon Leyla Dakhli, "travaillé ses soutiens de manière extrêmement précise et extrêmement tactique"

Des enfants syriens jouent devant les ruines de leur école à al-Saflaniyeh, près d'Alep

Des enfants syriens jouent devant les ruines de leur école à al-Saflaniyeh, près d'Alep

Face à cette guerre qui n'en finit pas, la communauté internationale brille par son impuissance. Pour l'historienne, "il y a eu un jeu de dupes à partir du moment où les Occidentaux ont laissé le terrain aux Russes, à partir de 2015". La lutte contre le groupe Etat islamique a servi de prétexte pour des bombardements contre la rébellion.  

Des sources vérifiables sur le terrain

A propos de la difficulté de vérifier les sources qui proviennent de Syrie, Leyla Dakhli estime que "la propagande du régime a propagé une série de clés de lecture sur le conflit qui, petit à petit, se sont imposés". Elle souligne que les sources sont vérifiables grâce à un réseau de correspondants sur le terrain, "des gens qui ont des liens anciens avec la région et qui peuvent recouper les informations".  

"On peut très bien affirmer que Bachar al-Assad est un criminel de guerre, ce n’est pas un abus de langage", conclut Leyla Dakhli.

A l'aube de la huitième année de guerre, l'Unicef a alerté sur le sort des enfants dans le conflit syrien. Selon l'organisation onusienne, le nombre d'enfants tués dans la guerre a doublé en 2017 par rapport à l'année précédente. Près de 20.000 enfants ont perdu la vie dans le conflit depuis 2011. 

80 ans de l'Anschluss en Autriche

L'Autriche a commémoré le 12 mars l'annexion du pays par l'Allemagne nazie. Un événement également connu sous le nom d'Anschluss et qui remonte à 80 ans mais qui a, aujourd'hui, un écho très présent. 

Depuis les dernières élections d'octobre 2017, l'Autriche compte en effet plusieurs ministres du parti d'extrême-droite FPÖ au sein de son gouvernement. 

Le président autrichien Alexander van der Bellen appelle ses concitoyens à la vigilance

Le président autrichien Alexander van der Bellen appelle ses concitoyens à la vigilance

D'où le rappel historique du président Alexander Van der Bellen lors de la commémoration de l'Anschluss à l'ancien Palais impérial Hofburg de Vienne. "La Wehrmacht, l'armée allemande, est arrivée en une nuit. Mais ce n'est pas en une nuit que sont arrivées les violations de la démocratie, de la liberté et des droits fondamentaux, ainsi que la militarisation et la violence. Elles s'étaient lentement fait leur nid en Autriche."

Le 12 mars 1938 à l'aube, 200.000 soldats allemands entrent en Autriche, pays natal d'Adolf Hitler. Mais loin d'être considérés comme des envahisseurs, ils sont acclamés par les foules d'Autrichiens qu'ils rencontrent sur leur passage.

Le rêve autrichien d'Adolf Hitler

En 1938,  l'Autriche est à genoux. Le pays n'a pas été épargné par la crise économique et comme dans les pays voisins, le fascisme s'est imposé. Avec une particularité autrichienne, tout de même: la religion catholique comme moteur idéologique. 

Longtemps considérés comme l'ennemi numéro un, les nazis autrichiens ont tenté de prendre le pouvoir en 1934 par un coup d'Etat manqué, au cours duquel le chancelier Engelbert Dolfuss est assassiné. Son successeur, Kurt von Schuschnigg, va préparer l'annexion du pays en se laissant dicter peu à peu la marche à suivre par Adolf Hitler. 

En juillet 1936, l'Autriche signe avec l'Allemagne un accord dans lequel elle se définit comme un État allemand, renonce à sa politique étrangère et amnistie les nazis autrichiens condamnés. Un mois avant l'Anschluss, en février 1938, Hitler veut imposer à l'Autriche un ministre de l'Intérieur nazi, Arthur Seyß-Inquart.

Il lance un ultimatum au chancelier jusqu'au 15 mars. Kurt von Schuschnigg tente une ultime parade: un référendum, prévu pour le 13 mars. La question demande au peuple s'il veut une "Autriche libre et allemande, indépendante et sociale, chrétienne et unie".

Le référendum du 13 mars n'aura jamais lieu. Hitler exige et obtient la démission de Schuschnigg. Et le 12 mars, les troupes allemandes entrent en Autriche sous les cris de joie de la foule. 

L'entrée d'Adolf Hitler en Autriche saluée par la foule et filmée par la propagande nazie

L'entrée d'Adolf Hitler en Autriche saluée par la foule et filmée par la propagande nazie

Jusqu'à sa condamnation à Nuremberg en 1946, Arthur Seyß-Inquart répètera qu'il n'a pas été celui qui a fait entrer les troupes allemandes en Autriche. Le 13 mars, il est pourtant aux premières loges pour accueillir Adolf Hitler à Vienne. 

"Au peuple allemand et au monde entier, j'annonce que le Führer et chancelier du Reich Adolf Hitler entre en ce moment-même dans l'ancien Palais  impérial, protecteur de la couronne de l'Empire."

Pour Hitler, l'annexion de l'Autriche est le moment de gloire tant attendu. L'artiste raté qui a vécu un temps dans des foyers de sans-abri de la capitale autrichienne avant la Première guerre mondiale est de retour, qui plus est par la grande porte.

"Je peux ainsi annoncer à cette heure au peuple allemand la plus grande réalisation de ma vie. En tant que Führer et chancelier de la nation et de l'Empire allemands:  j'inscris l'entrée de mon pays natal dans le Reich allemand!"

Environ 300.000 personnes acclament Hitler à Vienne, soigneusement filmées par la propagande nazie. Mais ce que les caméras ne montrent pas, c'est la terreur menée dans le même temps par les milices nazies envers les opposants et les juifs. Le premier convoi pour le camp de concentration de Dachau partira dès le 1er avril 1938. 

Devoir de mémoire

80 ans plus tard, le gouvernement autrichien a annoncé son intention d'édifier à Vienne un monument portant les noms des 66.000 victimes autrichiennes du national-socialisme. Et le président Van der Bellen a souligné l'importance de tirer les leçons de l'Histoire pour ne pas répéter les mêmes erreurs.

"La leçon que les démocraties sont vulnérables à la démagogie et au populisme, que la discrimination est la première étape de la déshumanisation, la leçon que le racisme et l'antisémitisme ne disparaissent pas mais continuent d'exister aujourd'hui, à petite et grande échelle. La leçon, enfin, qu'il est important d'élever la voix au bon moment, clairement et sans équivoque, pour dénoncer toute idéologie qui enfreint la dignité humaine et nous devons tous, vous et moi, affuter nos sens et rester vigilants pour reconnaître les signes annonciateurs."