Restitution du patrimoine culturel africain, ça se passe en coulisses // Des jeunes portent plainte contre la politique climatique | Vu d′Allemagne | DW | 20.11.2019
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Vu d'Allemagne

Restitution du patrimoine culturel africain, ça se passe en coulisses // Des jeunes portent plainte contre la politique climatique

Le 23 novembre 2018, Bénédicte Savoy et Felwine Sarr remettaient au président français un "rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain". Un an plus tard, où en est la "nouvelle éthique relationnelle" que les deux chercheurs appelaient de leurs vœux ? // Une plainte déposée par des jeunes contre cinq pays du G20, dont l'Allemagne, devant le Comité des droits de l'enfant de l'ONU.

Écouter l'audio 16:25

En juillet dernier, le Bénin a demandé au gouvernement français de retarder la restitution de 26 objets issus de l'époque coloniale. Des trésors royaux dérobés par les troupes coloniales françaises en 1892, lors du pillage des palais des rois d'Abomey. 

Le président français Emmanuel Macron avait annoncé leur restitution dans la foulée du rapport Savoy/Sarr en novembre 2018. Mais Porto Novo a jugé préférable d'attendre que soit construit un nouveau musée, plus moderne, dans l'ancienne capitale royale. En attendant, les objets restent au musée du Quai Branly, à Paris...

Felwine Sarr et Bénédicte Savoy ont remis leur rapport en novembre 2018 au président français

Felwine Sarr et Bénédicte Savoy ont remis leur rapport en novembre 2018 au président français

Mis à part cette annonce, la question des restitutions n'a pas été vraiment d'actualité au cours de l'année 2019 en France... Jusqu'à dimanche dernier, 17 novembre. En marge du Forum Paix et Sécurité de Dakar, au Sénégal, le Premier ministre français Édouard Philippe a remis symboliquement au président Macky Sall le sabre d'Omar Saïdou Tall, fondateur de l'empire Toucouleur. 

Cet objet fait partie des collections du Musée de l'Armée à Paris et il est exposé depuis un an au Musée des Civilisations noires de Dakar. La convention signée prévoit un dépôt pour cinq ans, en vue d'une restitution complète - il faut d'abord que la France rédige une loi dans ce sens.

Les restitutions avancent en coulisses

Les choses semblent donc avancer, timidement, depuis la remise du "rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain" il y a un an. On fait le point avec la co-autrice du rapport, l'historienne de l'art Bénédicte Savoy, que nous avons rencontrée il y a quelques semaines lors de son passage à Cologne. 

"En France on a l'impression qu'il ne s'est rien passé, mais il se passe des choses en coulisses", explique Bénédicte Savoy. Elle revient sur le cas du Bénin qui a été, selon elle, "pris de court" par l'annonce de la restitution après des années de refus systématique des autorités françaises. 

L'historienne explique aussi qu'il faut que les objets retrouvent leurs vrais propriétaires pour que naissent des idées sur la manière de les conserver.

À propos du calendrier proposé dans le rapport de 2018, Bénédicte Savoy rappelle que c'était une proposition. Et même si la toute première étape suggérée, de remettre aux pays africains les inventaires de tous les objets conservés dans les musées français, n'a pas été réalisée, le rapport a, selon elle, déjà montré son effet. 

"Les Européens ont pris conscience que les oeuvres conservées dans leurs musées ne sont pas arrivées en hélicoptère avec des fleurs et du parfum mais pour la plupart dans une extrême violence", explique Bénédicte Savoy, tout en se félicitant que de l'autre côté, les jeunes des pays africains aient en main un document "qui leur dit noir sur blanc ce qui est possible".

"Ce rapport est dans le monde, il a fait bouger beaucoup de lignes et va continuer de le faire", promet Bénédicte Savoy.

Bénédicte Savoy a réalisé avec l'économiste sénégalais Felwine Sarr le rapport sur la restitution des objets du patrimoine culturel africain. On estime que 90% des objets pillés pendant la colonisation de l'Afrique se trouvent encore dans les collections européennes, muséales ou privées.

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Une plainte devant le Comité des droits de l'enfant contre la pollution

Des enfants et jeunes du monde entier se mobilisent pour le climat

Des enfants et jeunes du monde entier se mobilisent pour le climat

Le 23 septembre dernier, les jeunes se sont mobilisés en masse lors de la Marche mondiale pour le climat. Mais comme les manifestations n'ont pas l'effet escompté, les jeunes recourent à d'autres moyens de pression.

Seize enfants et adolescents de douze pays ont ainsi porté plainte devant le Comité des droits de l'enfant de l'ONU contre l'Allemagne, l'Argentine, le Brésil, la France et la Turquie. Le motif invoqué: ces pays font partie des plus gros pollueurs de la planète et sont donc en grande partie responsables du changement climatique. 

Les cinq pays incriminés ont ratifié l'Accord de Paris sur le Climat. Mais les mesures qu'ils ont prises depuis lors pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré celsius sont largement en-deça des recommandations scientifiques.

L'accord de Paris signé en 2015 avait suscité des espoirs aujourd'hui déçus pour la lutte contre le réchauffement climatique

L'accord de Paris signé en 2015 avait suscité des espoirs aujourd'hui déçus pour la lutte contre le réchauffement climatique

Ils enfreignent donc, selon les plaignants, la convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant, en particulier le droit à la vie, inscrit dans l'article 6, et le droit à la santé (article 24), de ce texte adopté en 1989. 

Parmi les plaignants, on trouve évidemment Greta Thunberg, figure de proue du mouvement pour le climat. Mais il y a aussi Alexandria Villasenor, une jeune américaine de 14 ans. Le 23 septembre, elle expliquait lors d'une conférence de presse de l'Unicef les raisons de son engagement.

"Nous sommes ici en tant que citoyens de la planète, en tant que victimes de la pollution qui a été déversée sur nos terres, dans l'air et dans les mers pendant des générations. Nos droits d'enfants sont violés. Aujourd'hui, nous ripostons."

Les autres jeunes signataires viennent d'Allemagne, de France, de Tunisie, d'Inde ou encore du Nigeria, d'Afrique du Sud et du Brésil. La plainte est soutenue par deux organisations, dont Earth Justice. 

L'ONG environnementale, basée aux États-Unis, a déjà gagné plusieurs procès avec une campagne intitulée "La Terre a besoin d'un bon avocat".

"Nous voulions surtout mettre en lumière les répercussions du changement climatique sur les jeunes dans le monde et montrer comment ils sont touchés par les émissions de ces grands pollueurs", explique Ramin Pejan, l'avocat principal d'Earth Justice.

Seize enfants et adolescents portent plainte contre des pays du G20

Seize enfants et adolescents portent plainte contre des pays du G20

Le choix des cinq pays, parmi ceux du G20, a une raison simple : l'Allemagne, l'Argentine, le Brésil, la France et la Turquie ont ratifié le troisième protocole additionnel de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant. Ce protocole prévoit un mécanisme de plainte individuelle: les enfants qui estiment que leurs droits sont violés peuvent adresser une "communication" à une commission d'experts composée de 18 membres. 

C'est la première fois qu'une telle plainte est adressée au Comité des droits de l'Enfant, habitué à traiter des cas de violations de droits individuel comme le droit d'asile des réfugiés mineurs.

"Je pense qu'on s'engage sur un terrain complètement nouveau en matière de droit international", explique le porte-parole de l'Unicef Allemagne, Rudi Tarneden.

"C'est un recours collectif intenté simultanément contre plusieurs États. Seule la commission d'experts de l'ONU peut juger si cela peut être accepté du point de vue du droit international." 

La première étape est donc l'admission de la plainte. Et il va falloir s'armer de patience. Selon le site web du Comité, 80 recours sont actuellement en attente d'un avis des experts indépendants. Leur avis sera ensuite remis aux cinq pays concernés pour un droit de réponse. 

La recommandation finale délivrée par le Comité des droits des enfants n'est certes pas contraignante, mais elle aura une valeur symbolique. Ramin Pejan s'attend à "des effets à l'échelle mondiale", et pas seulement dans les pays visés par la plainte.

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