Réchauffement des relations germano-turques | Vu d′Allemagne | DW | 19.09.2018
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Vu d'Allemagne

Réchauffement des relations germano-turques

Le président Recep Tayyip Erdogan sera en Allemagne vendredi et samedi prochain. Une première visite depuis quatre ans qui illustre le rapprochement récent entre l’Allemagne et la Turquie, après plusieurs années de tensions, parfois violentes. Dans ce numéro aussi, rencontre avec le dessinateur et fondateur du journal turc Uykusuz, Ersin Karabulut, à Ankara

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Recep Tayyip Erdogan sera en visite en Allemagne les vendredi 28 et samedi 29 octobre prochain. Une première visite en quatre ans, et surtout une première visite qui illustre les changements en cours après des mois de tensions diplomatiques entre l’Allemagne et la Turquie.

Ces mauvaises relations remontent même à 2016, lors du coup d'Etat manqué à Ankara. Le gouvernement turc n’avait pas apprécié le manque de soutien de Berlin. Quelques mois plus tard, plusieurs citoyens allemands étaient même arrêtés et emprisonnés en Turquie. Sept le sont toujours aujourd’hui, malgré la libération de plusieurs ressortissants allemands. Des épisodes qui n’ont cessé de peser sur les relations entre les deux pays. L'an dernier le président turc avait même parlé de politique nazie en cours en Allemagne, donnant le ton des relations entre les deux Etats.

Volonté de coopérer à nouveau

Mais depuis quelques semaines les mots "normalisation" ou "réchauffement" sont évoqués des deux côtés. Le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas était même en visite en Turquie il y a quinze jours. "Nous avons vécu des choses, que nous préférerions ne pas avoir vécu, mais nous ne voulons pas retourner dans cette période", déclarait alors son homologue turc Mevlüt Cavusoglu. "Nous voulons renforcer à nouveau notre relation avec la Turquie", répondait Heiko Maas.

Les question économiques

Alors pourquoi ce changement ? Il y a d'abord des raisons économiques. 7.500 entreprises allemandes sont présentes en Turquie. Ankara est en pleine crise économique et ses relations avec les Etats-Unis se sont tendues ces derniers mois. Les deux pays ont donc un intérêt réciproque à l’amélioration de la situation. 

"Evidemment la Turquie subit une crise économique, et l'Allemagne est le plus gros partenaire commercial de la Turquie. Mais ce n'est pas seulement économique", explique Hüseyin Bağcı, professeur de relations internationale à l'université d'Ankara et spécialiste des relations germano-turques. "Il y a des problèmes en Europe, l'islamophie, la radicalisation des populismes dans le monde, la guerre en Syrie, et il ne faut pas oublier que la Turquie est membre de l'OTAN. Il fallait donc que cette polarisation des relations entre l'Allemagne et la Turquie cesse pour prendre un nouveau départ", développe-t-il.

Pour le professeur, le fait que la Turquie et la Russie entretiennent de bons liens depuis plusieurs mois joue également sur la stratégie allemande. "Angela Merkel sait ce qui se passe en Turquie, mais pour des intérêts géopolitiques, géostratégiques et géoéconomiques elle veut aussi poursuivre le dialogue avec la Turquie", explique-t-il.

La question syrienne

Türkei Grenze - Syrische Flüchtlinge (Getty Images/AFP/B. Kilic)

Plus de 3,5 millions de réfugiés syriens seraient en Turquie.

Allemagne et Turquie savent également qu'elles ont toutes les deux un intérêt à s'entendre pour tenter de mettre fin au conflit en Syrie. L'Allemagne est le pays qui a le plus de réfugiés syriens en Europe, la Turquie le pays qui en a le plus dans le monde. Il y a donc des intérêts humanitaires, mais surtout pour les gouvernements, cela pèse dans leur politique migratoire intérieure. L’Allemagne tout comme la Turquie veulent éviter un nouvel afflux de réfugiés sur leur sol. "Et il y a là encore des intérêts économiques aussi, car la région doit être reconstruite, et la Turquie étant voisine de la Syrie, les entreprises allemandes pourraient peut-être travailler en Turquie", ajoute Hüseyin Bağcı. 

La question de prisonniers

Mais cette normalisation des relations n'est pas encore complètement gagnée. Déjà parce que le régime autoritaire mis en place au fil des ans, et davantage encore après le coup d'Etat manqué de 2016 en Turquie, dénoncé par l'Allemagne, ne change pas sur le fond. "Il n'y a pas la volonté de changer la politique intérieur en Turquie. La trajectoire sévère se poursuit, sous la coupe du président dans tous les domaines", raconte Kristian Brakel, le directeur du bureau de la fondation allemande proche du parti des Verts Heinrich Böll Stiftung à Ankara. "Les critiques du pouvoir continuent à être emprisonnés, les violences policières ont aussi augmenté. Ce sont des choses où rien n'a changé".

D'ailleurs sept Allemands sont encore emprisonnés en Turquie et l'Allemagne a posé leur libération comme conditions à la normalisation des rapports. Le professeur Hüseyin Bağcı pense que cela ne se fera pas rapidement, mais Kristian Brakel voit lui les choses autrement. "Le gouvernement fédéral posé a comme conditions, pour une complète normalisation et surtout pour une levée complète des blocages, comme ceux de la banque européenne d'investissement par exemple, que tous les citoyens emprisonnés pour des raisons politiques, soient remis en liberté", rappelle-t-il.

Pour lui la Turquie joue donc la montre, espérant que le gouvernement allemand fasse de nouveaux pas en avant, après la libération de plusieurs prisonniers "symboliques". "Le gouvernement turc se dit que c'était les cas les plus éminents, dont on parlait beaucoup dans la presse, qui posaient donc problème au gouvernement allemand". Kristian Brakel pense à une libération prochaine des derniers ressortissants allemand emprisonnés. "Mais je crains ainsi qu'on oublie les ressortissants turcs encore en prison".

Alors rapprochement temporaire ou à long terme avec des pas en avant de chaque côté ? Avant même la symbolique visite d'Erdogan la semaine prochaine on remarque des échanges nombreux entre conseillers, ministres ou même du coté économique depuis plusieurs semaines. Comme si le mouvement de rapprochement était vraiment lancé. On saura certainement si c'est appelé à se poursuivre d'ici quelques jours.

Angela Merkel trifft Recep Tayyip Ertdogan in Ankara (AP)

Angela Merkel et Recep Tayyip Erdogan se connaissent depuis longtemps. Ici une rencontre en 2003 alors qu'Angela Merkel était présidente du parti CDU et Recep Tayyip Erdogan premier ministre.

Uykusuz, le magazine satirique turc

Dans ce numéro aussi, rencontre avec Ersin Karabulut. Le fondateur, il y a 11 ans, du magazine satirique Uykusuz en Turquie sera dans la capitale allemande pour animer un atelier avec des jeunes âgés de 16 à 24 ans la semaine prochaine. Avant de faire ses valises, il s'est confié à la DW. L'occasion de parler de son journal, de la presse en Turquie, de ses conditions de travail qui en disent beaucoup sur la démocratie sur place. Un reportage de Solène Permanne.

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