L′ombre de l′extrême droite après le meurtre d′un fonctionnaire allemand // Les difficultés des réfugiés au Royaume-Uni | Vu d′Allemagne | DW | 19.06.2019
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Vu d'Allemagne

L'ombre de l'extrême droite après le meurtre d'un fonctionnaire allemand // Les difficultés des réfugiés au Royaume-Uni

L'Allemagne craint "un attentat politique d'extrême-droite" après l'arrestation d'un suspect, dans l'enquête sur meutre d'un fonctionnaire au début du mois de juin. Un fait-divers qui illustre les attaques de plus en plus fréquentes contres les élus dans le pays. Dans la seconde partie de ce magazine, reportage à Londres auprès de réfugiés. Ils confient leurs difficultés quotidiennes dans le pays.

Écouter l'audio 14:34

EDIT 25.06 : Nous évoquons la mort d'un "élu" dans l'émission, et cela était indiqué ainsi dans le texte de ce podcast jusqu'à aujourd'hui. La personne tuée dont il est question avait occupé des fontions politiques, mais n'était, au moment de sa mort, pas élu. Walter Lübcke occupait un post de "Regierungspräsident", fonctionnaire politique, parfois traduit comme "préfet" en français. Toutes nos excuses pour cette confusion.

"En l'état actuel de l'enquête, il y a suffisamment d'éléments pour parler d'un arrière-plan d'extrême droite". C'est avec ces mots que le porte-parole du parquet fédéral allemand, Markus Schmitt, s'exprime devant la presse ce lundi 17 juin. Deux jours auparavant, le samedi 15, un homme a été arrêté par la police : Stephan E. Il est soupçonné d'être l'auteur du meurtre de Walter Lübcke début juin. Ce fonctionnaire local, président de district dans le centre du pays avait été retrouvé mort sur sa terrasse, tué par balle à bout portant.

Après avoir arrêté un habitant de la région, confondu par son ADN, les enquêteurs penchent donc vers la piste de l'extrême droite. "Cela est corroboré en particulier par la vie passée de l'accusé et par les opinions et les points de vue qu'il a exprimés publiquement", explique Markus Schmitt. Le suspect a en effet déjà été condamné pour une tentative d'attaque à l'engin explosif d'un foyer pour migrants en 1993. Il avait aussi été condamné, il y a dix ans, pour avoir attaqué un rassemblement syndical avec 400 autres militants néonazis.

Walter Lübcke était menacé

Walter Lübcke, le fonctionnaire tué, était sous les radars de l'extrême-droite, pour ses positions pro-migrants. Il avait reçu des menaces.  Cela crée l'émoi en Allemagne. Si la thèse de l’assassinat politique se confirmait, ce serait le premier depuis les attentats de la Fraction armée rouge à partir des années 1970. En 1981, ce groupe d'extrême gauche avait tué un ministre régional de l'Economie, membre du parti libéral FDP. 

"Une balle dans la tête, la dimension politique et l'absence de prise de position claire, cet assassinat de politicien au pouvoir, c'est une nouvelle dimension. C'est un tournant absolu, si la piste est confirmée", réagit Matthias Quent, directeur de l'Institut pour la démocratie et la société civile à Jena, en Thuringe, dans l'Est du pays. "Cela ne s'est jamais produit dans le terrorisme de droite allemand depuis 1945 ! Il y a eu des tentatives d'assassinat, comme celle de la maire de la ville de Cologne, mais des exécutions ciblées de politiciens par des radicaux de droite seraient vraiment une rupture."

Walter Lübcke Regierungspräsident von Kassel (picture-alliance/dpa/U. Zucchi)

Walter Lübcke avait été menacé de mort à plusieurs reprises par des groupes d’extrême droite

Les élus pris pour cibles

Les diverses attaques, provocations, menaces, dont sont victimes les élus depuis quelques années, sont devenues un véritable problème en Allemagne. En 2016, dans une enquête nationale menée auprès de 1 000 maires, près d'un quart d'entre eux déclaraient avait déjà reçu des messages de haine ou des menaces en tous genres. 

Depuis, la maire de Cologne dans le Nord-Ouest a été attaquée au couteau pendant une campagne électorale, le maire de Freiburg, dans l'Ouest, a désactivé tous ses comptes sur les réseaux sociaux, suite à de trop nombreux messages haineux ... Les cas se comptent par dizaines.  "J’ai connu des maires très peu sereins en raison des événements. C'est valable pour les maires hommes et femmes qui ont connu des hostilités, des menaces, et dans certains cas même l'exclusion", racontaite encore, il y a quelques semaines, la ministre saxonne de l'Intégration Petra Köpping, interrogé par la radio allemande Deutschland Funk. 

Des néonazis devant sa maison

Brand in zukünftiger Asylbewerberunterkunft in Tröglitz ehemaliger Bürgermeister Markus Nierth Ministerpräsident Reiner Haseloff (picture-alliance/dpa/H. Schmidt)

Markus Nierth avait démissionné en 2015 après des menaces répétées

L'exclusion c'est justement ce qu'a connu Markus Nierth. En 2015, maire de la commune de Tröglitz et de ses 2800 habitants, il annonce que le bourg va accueillir une quarantaine de réfugiés. Mais ça ne plait pas à tout le monde. Il reçoit des menaces. Bientôt le NPD, le parti ultranationaliste d'extrême droite organise des manifestations, jusque devant son domicile privé. C'est là que le maire décide de démissionner, pour protéger sa famille et sa personne. Tous sont mis sous protection policière. Le foyer pour migrants du bourg sera incendié.

Un cas emblématique des violences d'extrême-droite, et Markus Nierth souligne aujourd’hui qu'il n'est pas le seul. "C'est ce qui est dramatique. Beaucoup sont menacés mais ne le disent pas", assure-t-il. "On est attaqué en tant qu'homme. Vous semblez d'abord prendre ceci à bras le corps et seulement ensuite vous remarquez les conséquences. Vous avez peur, votre comportement a changé", raconte l'ancien maire. "Avec le cas de Lübcke, on sait que ces menaces peuvent être suivies d'effets pervers et d'action des extrêmistes. Ça fait la différence, bien sûr, beaucoup restent silencieux".

Déménager pour fuir cette ambiance

Deutschland Brand Asylbewerberheim Tröglitz (picture-alliance/Digitalfoto Matthias)

Le foyer pour migrants de Tröglitz avait été incendié en 2015

Markus Nierth cite aussi les cas de bénévoles, engagés pour les réfugiés, menacés ou violentés. Malgré tout il n'a pas voulu abdiquer, et est resté à Tröglitz dans sa maison avec sa femme, professeure de danse. Mais elle comme lui, orateur funéraire, n'ont depuis plus la même vie. "Le plus grave c'est qu'on a un boycott économique encore aujourd'hui. Beaucoup de gens n'ont aussi tout simplement plus de contact avec nous parce que nous sommes, pour ainsi dire, en dehors de la communauté du village, parce que nous avons amené les médias ici, on nous le reproche." 

L'ancien maire de Tröglitz en veut aussi à certains élus et au parti CDU. Il s'est senti abandonné, trop peu soutenu. Aujourd'hui, après la mort d'un fonctionnaire et la main de l'extrême-droite qui semble être derrière, Markus Nierth est en colère. Il répète plusieurs fois qu'il est urgent d'agir contre ces nouvelles menaces adressées aux élus à tous ceux qui ne plaisent pas à l'extrême-droite. "Je connais beaucoup de familles qui ont depuis longtemps quitté les Länder de l'Est, qui ont abandonné leur gagne-pain et sont rentrées en larmes dans les anciens Länder, à l’Ouest, ou dans des villes où elles se sentent plus en sécurité. Je connais beaucoup d'Allemands de couleur qui sont nés en Allemagne, mais qui s'éloignent quand même parce qu'ils sont pris à partie".

Dialogue impossible ?

Markus Nierth évoque "une vague de haine" qui se serait intensifiée. "Si la population ne se réveille pas, surtout dans nos Länder de l'Allemagne de l'Est, elle va encore augmenter". Il estime que tout dialogue est impossible avec les extrémistes. "Un dialogue avec des destructeurs déterminés ne conduit à rien, au contraire on se retrouve exclu socialement. C'est comme avec un adolescent en pleine puberté qui dit "non" et ne veut rien entendre." Et de plaider pour plus de sévérité. "Si nous comprenons, ils se sentiront encore plus encouragés." 

Dès mardi, en Allemagne, le message semblait passer. Les régions de Saxe et de Thuringe, dans l'Est, ont annoncé leur volonté d'agir plus fermement contre concerts, rassemblements et autres messages de haine de l'extrême-droite diffusés sur Internet. Le ministre de l'Intérieur fédéral, Heiko Maas, responsable donc pour tout le pays, a parlé de "protéger la liberté". "Ça n'ira pas sans tout un tas de mesures économiques sociales pour plus d'égalité entre les régions", répondent certains. Le débat est en tous cas lancé, une nouvelle fois. Reste à voir s'il sera suivi d'actes. 

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La vie de réfugiés au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a reçu 26 547 demandes d’asile en 2017

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Dans la seconde partie du magazine, Vu d'Allemagne poursuit sa série sur les personnes réfugiées, à l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, le 20 juin. Cette semaine direction le Royaume-Uni, un pays considéré, au sein de l’Union européenne, comme l’un des pays les plus sûrs pour les réfugiés, mais aussi le plus difficile à atteindre. Difficile à atteindre, d'abord parce que c'est une île et en raison de sa politique d’accueil de plus en plus restrictive. L’immigration a d’ailleurs été l’un des enjeux majeurs des débats sur le Brexit.

Ecouter aussi → La mémoire des exilés palestiniens du Liban

Comment se passe la vie de ceux qui atteingnent tout de même le Royaume-Uni ? Est-ce simple de s'installer sur place ? Mélissa Chemam nous emmène dans la capitale britannique. 

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