L′Espagne face au défi de l′accueil des réfugiés | International | DW | 19.07.2018
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International

L'Espagne face au défi de l'accueil des réfugiés

Lorsque l'Aquarius a accosté à Valence, le mois dernier, les 630 migrants à bord ont été accueillis par plus de 2400 bénévoles et personnels de santé. Élan de solidarité exceptionnel, mais qu'arrive-t-il aux migrants ?

Le 4 juillet, 14 réfugiés africains attendent un bus devant la paroisse de San Carlos Borromeo à Madrid. Leur accompagnatrice, une bénévole de la paroisse, doit les amener au bureau local de la Croix-Rouge pour vérifier s'il y a des lits disponibles.

Aliou, du Sénégal, est arrivé à la paroisse la nuit précédente. Grand de taille et parlant français avec une voix douce, presque un murmure, il confie que pour lui, arriver en Espagne a été comme une montagne russe pleine d'émotions, entre la "joie extraordinaire" d'être sauvé en pleine mer et la frustration de vagabonder à travers Madrid toute la journée sans avoir rien à faire. "Nous voulons juste apprendre la langue et travailler là où on a besoin de nous", déclare-t-il à la DW.

Spanien Rettungsboot Aquarius Hafen in Valencia | Ankunft Flüchtlinge (picture-alliance/AP Photo/A. Saiz)

Sur l'Aquarius, lors de l'arrivée à Valence le 17 juin dernier.

"Je suis arrivé avec trois autres personnes à la gare du sud le matin, après avoir voyagé toute la nuit, nous ne savions pas où aller", se souvient-il, ajoutant que les locaux les ont dirigés vers la paroisse. Aliou et ses amis n'étaient pas les premiers.

Dans la soirée du 27 juin, avec l'arrivée de l'Aquarius encore frais dans les mémoires, un groupe de douze migrants a frappé à la porte de SOS Racismo Madrid, une organisation locale de défense des droits de l'Homme. Selon un communiqué publié sur le site internet de l'ONG, quelqu'un leur avait acheté un billet à Malaga et leur avait remis un bout de papier avec l'adresse de l'organisation. Mais SOS Racismo n'avait pas d'hébergements à proposer.

Livrés à leur propre sort

Carlos Carvajal a été témoin d'une scène similaire le 31 mai, quand 14 personnes sont arrivées à la porte de Cardijn, l'association qu'il gère dans la ville du sud de Cadix.

Ils avaient été identifiés et libérés par la police de San Fernando, une ville située au sud de Cadix. Ils ont ensuite parcouru dix kilomètres à pied pour se rendre à Cadix, entreprenant une marche dangereuse et illégale sur l'autoroute.

Spanien Rettungsboot Aquarius Hafen in Valencia | Ankunft Flüchtlinge (Reuters/H. Kalis)

Des bénévoles et personnels de santé attendent l'Aquarius à Valence en juin dernier.

"Ils étaient dans une situation d'abandon total de la part de l'administration, qui n'avait pas préparé de protocole d'urgence. Nous étions complètement pleins, mais nous les avons protégés du mieux que nous pouvions, que pouvons-nous faire?", raconte Carvajal.

S'il pense que l'Espagne "a évolué ces dernières années", elle a aussi encore beaucoup de travail à faire. "Nous avons besoin d'un protocole d'urgence pour aider les gens dans des situations comme celle-ci", estime Carvajal.

Près de 5000 personnes ont atteint l'Espagne de façon irrégulière par la mer le mois dernier. La situation est embarrassante, mais pas inattendue. "Nous avions raison de nous attendre à une augmentation du nombre de personnes empruntant cette route cette année. Il y a peut-être moins de personnes qui tentent d'atteindre l'Europe, mais nous payons la Turquie et la Libye pour les éloigner de nous", explique Carvajal.

Spanien Rettungsboot Aquarius unterwegs nach Valencia | singende Flüchtlinge (Reuters/Karpov/SOS Mediterranee)

Sur l'Aquarius, le 16 juin dernier.

Un contraste difficile pour les autres migrants

Le traitement accordé aux migrants arrivés sur l'Aquarius est une bonne nouvelle pour les personnes travaillant sur la côte de Cadix, mais elles déplorent que les ressources ne s'appliquent pas à ceux qui sont loin des projecteurs médiatiques.

Selon Elena Tajuelo, la présidente de l'ONG Acoge Andalucia, une organisation qui travaille sur l'intégration et l'assistance des migrants dans le sud de l'Espagne, le gouvernement a montré sa "bonne volonté et sa solidarité" dans la gestion de l'Aquarius.

Suite au refus de l'Italie d'accueillir une centaine de migrants, le gouvernement espagnol a autorisé l'accès du bateau à Valence. Mais, souligne-t-elle, cette année, 18.000 personnes ont déjà atteint les côtes de l'Espagne. 

"Les conditions ici dans le sud laissent beaucoup à désirer", explique-t-elle. "Nous ne pouvons plus régler cette question, nous ne devons pas la gérer en tant que problème ou urgence, cela fait partie de la structure de notre société."

Ana Rosado, militant et chercheuse de l'association pro-Andalouse des droits de l'homme (Pro-Human Rights Association, APDHA) à Algésiras, ville espagnole située à seulement 14 kilomètres du continent africain, est d'avis que "tout le monde devrait avoir la possibilité d'émigrer de manière réglementée et sécurisée. Mais dans l'état actuel des choses, la garantie du bon traitement devrait être le strict minimum pour tous"

De retour à la paroisse

Spanien «Aquarius»-Migranten in Valencia (Getty Images/AFP/J. Jordan)

La bateau Aquarius.

Lorsqu'Aliou et ses amis sont arrivés à la paroisse, il était déjà tard. Le prêtre, Javier Baeza, les a accueillis et les a emmenés dans la pièce principale, où d'autres dormaient déjà.

Âgé d'environ 60 ans, Baeza est un homme dynamique, qui parle fort, rit encore plus fort et porte des lunettes de soleil à l'intérieur. C'est une célébrité locale à Madrid, où les gens le connaissent comme le "prêtre rouge" pour ses opinions progressistes, qui sont désapprouvées par les dirigeants conservateurs de l'Église.

"Nous leur disons où manger et où se procurer des informations, et ils dorment ici temporairement, mais ils ne peuvent pas rester pour toujours. Ceci qui représente un échec total de l'administration publique", affirme Baeza, en confirmant qu'il y a eu des migrants à l'église pendant tout le mois de juin. "Nous les accompagnons presque tous les jours à la Croix-Rouge, mais la réponse est toujours la même: pas de lits disponibles."

Spanien «Aquarius»-Migranten in Valencia erwartet (Reuters/H. Kalis)

Du personnel de la Croix-Rouge prépare l'arrivée du bateau Aquarius.


Baeza affirme que la mairie de Madrid a également rejeté les migrants, affirmant qu'il n'y avait pas de place vacante pour le moment. "C'est vraiment inquiétant qu'une ville comme Madrid n'ait pas la capacité d'abriter quelques dizaines de personnes", déplore-t-il.

Une porte-parole du gouvernement local reconnaît que "les services d'hébergement ont atteint leur capacité maximale pendant quelques semaines". Elle confie à la DW que la mairie s'occupe des personnes qui n'ont nulle part où dormir, quelle que soit leur nationalité, et ajoute que la situation actuelle résulte du traitement lent des demandes d'asile accompli par le gouvernement central. "L'hôtel de ville a ouvert 300 places supplémentaires que nous n'ouvrons habituellement que pendant les mois les plus froids de l'année", assure-t-elle.

Plusieurs migrants pensent qu'arriver en Espagne signifie la fin du voyage, mais pour les dizaines qui se rendent sur la côte tous les jours, de nombreux défis persistent.

Pour Aliou, mais aussi Lamine, qui ont dû écourter leur études d'économie en Guinée. Pour Claude, politiquement persécuté au Cameroun, qui n'a nulle part où dormir en attendant son rendez-vous d'asile. Et pour Drissa, qui a mal aux dents mais qui n'a pas les moyens de se payer un dentiste.

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