″Les musées tentent de se décoloniser″ (Renzo Martens, réalisateur) | Interviews exclusives DW | DW | 07.07.2021
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Interviews exclusives

"Les musées tentent de se décoloniser" (Renzo Martens, réalisateur)

Le réalisateur Renzo Martens a travaillé avec des planteurs congolais qui veulent changer un peu un système qui les opprime.

Écouter l'audio 05:06

DW : Renzo Martens, bonjour. Comment vous présenter brièvement à nos éditeurs?

Je suis un artiste et j'essaie de comprendre comment il est possible que l'art, l'art contemporain qui s'occupe des inégalités et des changements climatiques et des autres problèmes très urgents sur le plan symbolique, n’ait trop souvent de retombées que pour des gens qui sont déjà aisés et qui ont accès à des lieux prestigieux. Moi, j'essaie de faire en sorte que l'art, qui traite sur le plan symbolique des inégalités, puisse aussi diminuer ces inégalités.

 

Il y a quelques semaines, c'était le lancement mondial de votre dernier film qui s'appelle "White Cube". De quoi est-il question ?

Le film parle des relations entre des musées d'art contemporain et les plantations. C'est peu connu, mais il est clair que beaucoup de musées en Allemagne, en Angleterre et ailleurs ont été financés, construits par des profits tirés du travail forcé dans les plantations du Sud.

Maintenant, ces musées en Allemagne, en Angleterre et ailleurs sont tous en train de se décoloniser. Cela veut dire qu’ils veulent échapper à cette histoire coloniale et devenir des musées pour tout le monde.

Je me suis posé la question comment ça se fait que les plantations qui ont construit ces musées ne sont toujours pas décolonisées ? C'est-à-dire qu'il y a toujours des gens qui gagnent 20 dollars par mois, qui ne peuvent pas manger à leur faim.

Donc maintenant, avec la construction d'un musée sur la plantation Alousanga au Congo, la communauté, c'est-à-dire les ex-travailleurs des plantations, sont aussi en train de se décoloniser avec l'aide de ce petit musée qu'on a construit là-bas.

 

Pourquoi avoir choisi cette thématique des travailleurs dans les plantations en RDC ?

Ces travailleurs des plantations au Congo continuent à travailler pour 20 dollars par mois et ils continuent à enrichir des actionnaires qui continuent à financer des musées, des musées qui sont en train de se décoloniser. Donc, ce projet a comme but de mettre à pied d'égalité des gens comme Irène et Mathieu avec les musées qu'ils ont financés.

 

Quand on regarde vos films, une chose reste frappante c'est l'ironie avec laquelle vous traitez les sujets graves, comme la pauvreté. Et cela peut parfois même souvent être dérangeant.

Ironie ? Moi, je suis hyper sérieux, je suis vraiment hyper sérieux, mais en même temps, j'avoue qu’il y a des choses qu'on ne sait pas dire directement. Donc, on trouve un autre moyen.
 

Que répondez-vous à ceux qui diront, en voyant ces films, que vous pouvez facilement passer pour le blanc qui vient sauver les Africains de la misère ?

A vrai dire, les artistes du CATPC (Cercle d’Art des Travailleurs de Plantation Congolaise) veulent se libérer de ce passé colonial meurtrier et des structures économiques qui continuent à les exploiter jusqu'à nos jours. Et moi, en effet, un homme blanc, je veux aussi me libérer de ces mêmes structures économiques qui, dans mon cas, continuent à me privilégier. Les deux positions sont impossibles dans le débat actuel.

Premièrement, les gens de la classe ouvrière, les gens qui travaillent sur les plantations, n'ont pas leur place dans le débat artistique mondial. Leurs œuvres ne sont pas montrées, ce qu'ils ont à dire n'est pas écouté et faute d'être un blanc sauveur, des gens blancs aussi ont du mal à affronter à ce type de réalité. A mon avis, le film montre que l'impossible est en fait tout à fait possible.
 

Que deviennent le White Cube et la CATPC aujourd'hui?

Le Cercle d'art des travailleurs de plantations congolaises. Matthieu Kilapi Kasiama, Irène Kanga, Cédric Tamasala, Mbuku Kimpala et les autres sont maintenant au centre des débats actuels sur l'avenir des plantations, mais aussi l'avenir des musées.

Même quand le film est montré dans ces dits musées, ça génère de l'argent. Ils utilisent ces fonds pour racheter des hectares et des hectares de terres, des terres épuisées qu'ils rachètent pour y planter des arbres et pour créer ce nouveau monde. Cette post-plantation dont le CATPC parle est le futur et le White Cube est au centre de cette plantation. Il y aura plein d'expositions dans les années à venir.