Les liens entre des officiers de l′armée congolaise et les rebelles ADF | Afrique | DW | 16.12.2019
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Afrique

Les liens entre des officiers de l'armée congolaise et les rebelles ADF

Les attaques des ADF contre les populations civiles auraient causé la mort de près de 300 personnes depuis 2017. Certaines unités de l'armée congolaise sont soupçonnées de complicité avec les rebelles.

Écouter l'audio 02:12

"Plus de deux décennies de conflit ont créé une bourgeoisie militaire"- GEC

Fondé en 1995, le mouvement rebelle ADF, Forces démocratiques alliées, était composé à l'origine par des opposants, majoritairement musulmans, au président Yoweri Museveni.

Ces combattants s'étaient fixés pour objectif de chasser le président ougandais du pouvoir pour installer un régime islamiste.

Mais la nébuleuse ADF, qui s'est affiliée récemment à l'Etat islamique, s'est éloignée de ses objectifs politiques pour se transformer en un mouvement armé qui exploite les bois et les minerais et commet des massacres contre les populations locales, principalement autour de Beni, une ville dans le Nord-Kivu.

Le Kivu Security Tracker estime ainsi qu'au moins 272 civils ont été assassinés par les ADF entre 2017 et 2019.

 

ADF Attacken in Ost-Kongo (DW/J. Kanyunyu)

Graves dégâts après une attaque des ADF

Collusion

En mai 2015, un rapport des Nations unies évoquait clairement une "ample collusion" entre les Forces armées congolaises (FARDC) et les rebelles ADF.

Jackson Bwahasa, membre du Kivu Security Tracker est formel, "Certains des commandants (des FARDC, ndlr) deviennent des affairistes", accuse-t-il.

"Ils sont dans le commerce de cacao. Ils font du commerce au-delà de la frontière avec l'Ouganda. Ce qui fait qu'ils ont une proximité directe avec l'ennemi. Pour que les opérations marchent mieux, il faudrait qu'il y ait une relève de ces commandants. Dans la zone de Beni, vous avez plus de douze généraux. Mais le résultat sur le terrain est nul. Parce que la population continue à être massacrée", ajoute l'expert.

Dans un rapport publié en août 2019, le Groupe d'Etude sur le Congo souligne ainsi que "plus de deux décennies de conflit ont créé une bourgeoisie militaire" qui utilise le conflit pour faire des affaires et a "un intérêt direct dans la poursuite de la violence".

 

Kongo Beni | Protest & Demonstration gegen Ausschlus von Wahl (Getty Images/AFP/A. Huguet)

Des populations en colère manifestent à Beni (27.12.18)

Démenti

Pour le porte-parole de l'armée congolaise, Léon-Richard Kasonga, l'hypothèse d'une complicité avec les FARDC est "inimaginable et impossible".

Le politologue Bob Kabamba poursuit en précisant qu'à cette "bourgoisie militaire" dénoncée plus haut, s'ajoute une élite politique locale qui profite également de la persistance de ce conflit. "Ce positionnement des acteurs politiques dépend du degré de violence qui sévit au niveau de leur circonscription", explique Bob Kabamba.

"Pour une série de politiciens qui sont en mal de positionnement, l'utilisation de la violence devient un moyen de pouvoir accéder à des postes rétribués à Kinshasa", renchérit-il.

Des appuis extérieurs

Affiliés à l'Etat islamique et en lien avec le groupe somalien Al-Shabaab, les rebelles ADF bénéficient de soutiens financiers extérieurs, des flux informels qui transitent par le Kenya, l'Ouganda ou Londres.

Le 10 décembre, le trésor américain a d'ailleurs placé cinq membres de la rébellion ADF, dont le leader du mouvement Musa Baluku, sur une liste de sanctions.

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