Les Allemands dans la rue contre la crise du logement // Une exposition pour faire découvrir Kinshasa en Allemagne | Vu d′Allemagne | DW | 11.04.2019
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Vu d'Allemagne

Les Allemands dans la rue contre la crise du logement // Une exposition pour faire découvrir Kinshasa en Allemagne

La crise du logement s'accentue en Allemagne et vient même de faire descendre des dizaines de milliers de personnes dans les rues pour protester. Vu d'Allemagne revient sur le sujet dans la première partie de ce magazine avant de prendre la route de Leipzig, où le musée Grassi propose actuellement une exposition sur Kinshasa : Megalopolis.

Écouter l'audio 14:44

De la musique, du soleil ... L'ambiance était bon enfant samedi six avril dernier dans la capitale allemande et une quinzaine d'autres villes, où des manifestations étaient organisées. Et pourtant, c'était pour crier leur colère contre les prix des loyers qui explosent et les difficultés à se loger que les Allemands sont descendus dans les rues de Berlin, Francfort, Cologne ou encore Fribourg. "Nous avons assisté à une augmentation très rapide et radicale des loyers au cours des cinq dernières années. L'année dernière, Berlin a connu la plus forte hausse des prix de l'immobilier dans le monde entier, 20 pour cent", explique Thomas McGath, un des organisateurs de la manifestation à Berlin contre le "Mietewahnsinn", "la folie des loyers". 

Berlin : loyers multipliés par deux en dix ans

À Berlin, les augmentations des prix des locations sont légion : les loyers ont été multipliés par deux en dix ans. Il faut dire que la capitale allemande a longtemps fait figure d'exception avec ses loyers très bas. Fin 2018, le prix moyen était de 11€40 le mètre carré, soit près de 600€ pour un cinquante mètre carrés. 

Et le phénomène ne touche pas que la capitale, il est général, dans tout le pays, dans les grandes villes surtout. À Munich on est passé de 11,10 € à 17,90 € le mètre carré entre 2008 et 2018. De 8 à 11,90€ à Hambourg ... Et on pourrait multiplier les exemples. (Source des chiffres : Confédération allemande des syndicats)

Les manifestants demandent l'expropriation des plus gros bailleurs à Berlin

Les manifestants demandent l'expropriation des plus gros bailleurs à Berlin

Les raisons de ces augmentations 

Les augmentations de loyer sont dues principalement aux migrations des campagnes vers la ville. Soixante-dix-sept pour cent des Allemands vivaient en ville en 2018. C'est six pour cent de plus seulement qu'en 1960. mais le problème se concentre surtout dans grandes villes, qui comptent toujours plus d'habitants. Six cent mille habitants de plus à Berlin en 40 ans, soit près de 19% de plus ! Ils sont aussi 13,7% de plus à Leipzig en à peine 6 ans, de 2000 à 2016, ou 10,7% à Munster. 

Pour faire face à ces flux massifs, on construit, mais pas assez vite. Comme la demande augmente, les propriétaires en profitent pour augmenter les prix. Un phénomène auquel s'ajoute celui de la spéculation. "On a aussi énormément d'immeubles qui sont vides", dénonce Sandrine Woinzeck, membre du collectif contre "la folie des loyers à Berlin". "Les gens achètent des appartements ou des immeubles pour placer leur argent, et certains ont intérêt à ce qu'ils restent vides, pour augmenter les prix", explique-t-elle. "On détourne ainsi le sens premier de l'espace de vie."

Les plus pauvres chassés des centres-villes

Résultat : de plus en plus, les plus modestes doivent quitter les centres villes les plus demandés, car il ne peuvent faire face aux augmentations des loyers. "Avant, avec le Harz IV (une allocation sociale de 420 euros par mois pour les plus pauvres, ndlr), on pouvait s'en sortir et se loger. Maintenant, même si on accepte les allocations sociales, on ne peut plus", raconte une femme sans-abri venue manifester à Berlin, samedi six avril. 

Deutschland | Mieterprotest | Plakat (imago/Seeliger)

La Karl Marx Allee est devenue le symbole de l'augmentation des loyers à Berlin et les habitants protestent depuis des mois

Le phénomène s'accélère au fil des ans et prend de plus en plus d'importance dans l'espace public. On en parle à la pause au travail, en famille, entre amis lors des repas ... On trouve même, dans certains lieux publics, des cartes postales à envoyer aux élus locaux pour leur demander d'agir rapidement.

Expropriation des plus gros bailleurs ?

Des lois d'encadrement des loyers ont été mises en place ces dernières années. Mais elles restent difficiles à appliquer. Le dernier gouvernement Merkel a aussi prévu, dans son contrat de coalition, de construire 1,5 millions de logements d'ici 2021, de débloquer des aides pour les parents qui feraient construire un logement, de taxer davantage les terrains à bâtir qui restent vides ... Mais ça ne suffit pas.

Dans la capitale, une pétition vient même d'être lancée pour demander au gouvernement d'exproprier les sociétés immobilières possédant plus de 3000 logements, accusées de faire gonfler les prix.  "Ces diverses initiatives législatives, le contrôle des loyers et ainsi de suite, ça ne sert à rien. Il faut maintenant agir pour de vrai", martèle Helge Peters, l'un des initiateurs de l'idée. "Les grandes entreprises arrivent, ce sont des sociétés internationales qui ont le soutien de grandes sociétés d'actifs et ils viennent acheter des lots et des lots d'appartements", ajoute Thomas McGath qui prend en exemple un des plus gros bailleur de la capitale : "Deutsche Wohnen a réalisé un bénéfice de 1,9 milliard l'an dernier"

C'est non pour Angela Merkel

Cette mesure radicale fait débat dans l'opinion. Les partis Die Linke ("La Gauche") et Die Grünen ("Les Verts") se montrent plutôt favorables. La chancelière allemande Angele Merkel s'est elle aussi prononcée sur le sujet, se disant opposée à l'idée. "Cela ne résoudra pas les problèmes parce que cela ne créera pas de logements supplémentaires, mais au contraire, si nous plafonnons les loyers, ça va attirer encore plus de gens dans les grandes villes", réagissait aussi Michael Voigtländer, spécialiste des questions de marchés immobiliers à l'Institut de l'économie allemande de Cologne, chez nos confrères de ZDF il y a quelques jours.

Manifestation à Berlin samedi 6 avril

Manifestation à Berlin samedi 6 avril

"Il s'agirait bien sûr d'un signal fatal en direction des investisseurs, or nous avons besoin que les investisseurs créent réellement de nouveaux logements. Et nous ne voulons pas effrayer les autres investisseurs qui veulent investir dans des entreprises, par exemple, ou créer des emplois", ajoutait-t-il encore. 

On estime qu'il manque 1,9 million de logements à prix raisonnable en Allemagne. Raisonnable ça veut dire dont le loyer ne dépasse pas 30% du salaire mensuel des locataires. Et comme les habitants des villes augmentent, on estime qu'il faudrait, et faudra dans le futur, chaque année, 380 000 nouveaux logements ... Sauf que seuls 250 000 nouveaux logements par an sont construits actuellement, et ils ne sont pas forcément accessibles aux plus modestes.

En pleine campagne électorale pour les élections européennes en Allemagne, les idées fusent : confisquer les logements détenus par les plus grosses sociétés, agrandir les immeubles existants, encadrer plus les loyers, les plafonner, étendre les villes en construisant des transports en commun ... Comme la hausse des loyers, le débat n'est prêt de s'arrêter ! 

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Une exposition pour faire découvrir Kinshasa aux Allemands

Ausstellung „Megalopolis – Stimmen aus Kinshasa“ (SKD)

L'exposition de Leipzig veut faire découvrir Kinshasa aux visiteurs

Dans la seconde partie de ce magazine, Vu d'Allemagne vous emmène à Leipzig, ville dans l'Est du pays, dans la Saxe, non loin de la Pologne, et ville très culturelle aussi. Le musée d’ethnologie a plus de 140 ans sur place et il a décidé d'essayer de changer le regard de ses visiteurs sur l'Afrique, avec une exposition sur Kinshasa pour montrer tout le potentiel de cette ville : Megalopolis

Un projet qui réunit pas moins de 24 artistes de la capitale congolaise. Aimie Elliot nous fait découvrir l'exposition en compagnie de Chéri Banga et présente les oeuvres de Dolus ou encore de Flory Sinanduku. Exposition passionnante qui fait découvir l'ambiance de la circulation à Kinshasa, la débrouillardise des habitants ou encore leurs voeux pour l'avenir. 

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