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Le Sénégal entre dans le cercle des producteurs de pétrole

Wendy Bashi
12 juin 2024

Le 11 juin, la compagnie australienne Woodside Energy a annoncé le début de l'extraction de pétrole sur le champ de Sangomar, au large des côtes du Sénégal.

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Une raffinerie de pétrole
La production de pétrole et de gaz au Sénégal sera destinée à l'exportation et à la consommation domestique (photo d'illustration)Image : Patrick Pleul/dpa-Zentralbild/picture alliance

Cette annonce survient alors que certains Etats africains acceptent mal les injonctions visant à les dissuader d’exploiter leurs ressources fossiles, au motif de la lutte contre le changement climatique. Au niveau international, les négociations portent ainsi sur une aide financière globale pour inciter les pays à laisser les ressources fossiles dans leur sous-sol.

Yamina Saheb est une autrice du rapport III du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, et analyste principale des politiques climatiques chez OpenExp, un réseau d’experts indépendants sur le développement durable.

Elle se montre pour sa part assez critique avec la décision sénégalaise d’extraire ses ressources de pétrole en eau profonde. Pour elle, l’alternative se trouve dans l’exploitation de ressources respectueuses à la fois de l’environnement et du bien-être des populations, comme le solaire et l'éolien. Elle l’explique dans cet entretien qu'elle nous a accordé.

"Cela va avoir des impacts environnementaux directs sur les populations " (Dr Yamina Saheb )

Cette annonce d’exploitation du pétrole sénégalais, est-ce une bonne nouvelle pour les populations ?

Dr Yamina Saheb : C'est une très mauvaise nouvelle parce qu'ils vont se retrouver enfermés dans un modèle économique qui ne fonctionne plus.

Cela va avoir des impacts environnementaux directs sur les populations. On va leur donner l'impression que c'est une bonne nouvelle alors que cela fera rentrer de l'argent pour les voraces qui vont profiter de cette manne.

Qu'est-ce que cela représente au niveau de la vie des gens et au niveau des écosystèmes ?

Dr Yamina Saheb : il y a sûrement des populations qui vont être déplacées et qui vont perdre leur lieu de vie pour faire plus d'exploitation. Il y aura également un impact sur la biodiversité locale. Cette dernière va changer et les écosystèmes seront détruits.

Dans certains cas, il y a pollution des nappes phréatiques et ça ne profite pas du tout aux populations locales qui habitent non loin des gisements.

Là où ils ont trouvé les gisements, les populations vont très probablement être déplacés sans nécessairement être compensés à la hauteur et pouvoir s'installer ailleurs. Il faudrait que l'on cesse d'ouvrir de nouveaux gisements.

Si on n'arrête pas d'ouvrir de nouveaux gisements, on va augmenter les émissions de gaz.

Et pour les pays du Sud, lorsqu'il y a de nouveaux gisements, on leur vend ça comme étant une opportunité économique, de développement, etc.

Mais il n'en est rien parce que, en fait, ils vont juste exploiter un peu plus sans que les populations ne profitent des retombées économiques.

Est-ce que c'est possible aujourd'hui de se développer économiquement sans exploiter les énergies fossiles ?

Dr Yamina Saheb : à côté de ces énergies là, on ne parle jamais de l'énergie solaire en Afrique et de l'éolien au Sénégal également qui pourraient être développés.

Le développement solaire et éolien, logiquement pourrait profiter d'abord aux populations locales mais cela n'intéresse pas les grands groupes occidentaux.

Ce qui les intéresse, c'est surtout d'augmenter leurs profits et dans ce cas les populations locales n’auront que des miettes.

On pourrait imaginer un autre développement et ça c'est possible avec du solaire, de l'éolien et un développement sobre qui serait différent du développement que nous avons connu en Occident. Mais ça, ce n'est pas ce qui est encouragé et c’est bien ça le problème.