Le phénomène écolo en Allemagne et au Royaume-Uni | Vu d′Allemagne | DW | 01.08.2019
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Vu d'Allemagne

Le phénomène écolo en Allemagne et au Royaume-Uni

C’est une tendance forte ces derniers mois en Allemagne : le parti écologiste die Grünen, les Verts, gagne en popularité. Une tendance qui se voit aussi dans les urnes. Vu d’Allemagne profite de la pause politique estivale pour étudier le phénomène. Un succès qui touche aussi le Royaume-Uni, où vous emmène votre magazine en deuxième partie.

Écouter l'audio 15:03

L’image est marquante. Militants, élus, tous exultent de joie devant les écrans de télévision au siège du parti des Verts en Allemagne au soir des élections européennes du 26 mai dernier. Bündnis 90 - die Grünen enregistre 20,5% des voix. Le parti est deuxième, derrière l'union CDU-CSU d'Angela Merkel, à 28,9%. Mais les Verts enregistrent une poussée de près de 10% par rapport aux Européennes précédentes. Les partis au gouvernement fédéral, eux, perdent des voix.

10.000 nouvelles adhésions

Depuis, au-delà des élections européennes, la tendance se confirme pour les Verts. Sur le six premiers mois de l'année le nombre de nouvelles adhésions au parti des Verts a grimpé de 13% : 10.000 nouveaux inscrits en six mois, un record. Il faut, là-encore, relativiser puisque les partis traditionnels, CDU ou SPD, ont encore quatre fois plus d'adhérents. Mais cela témoigne d'une évolution dans la politique allemande. 

Ces dernières semaines, dans les sondages politiques, publiés souvent le dimanche en Allemagne, les Verts gagnent encore en popularité. Si on votait par exemple aujourd'hui à Berlin, la ville aurait certainement un ou une maire écologiste.

Au niveau national, le parti est même aujourd'hui donné à égalité avec la CDU-CSU d'Angela Merkel. 

Les Verts ne sont plus le petit parti, qui, lors de son entrée au parlement ouest-allemand en 1983, faisait 5,6% et envoyait vingt-huit députés dans l'hémicycle. " Si vous comparez 1980 à 2019, ce n'est plus l'Allemagne d'il y a 40 ans. La société est devenue plus ouverte", s’enthousiasme Claudia Roth, coprésidente du parti de nombreuses années, jusqu'en 2013. "L'Allemagne est devenue beaucoup plus écologique et nous avons enfin une conscience beaucoup plus forte que nous sommes une société multiculturelle, multireligieuse."

Recul des partis traditionnels

Les Verts profitent aussi d'une certaine lassitude des électeurs allemands, alors que les partis qui sont actuellement dans la grande coalition, les sociaux-démocrates du SPD, et l'alliance conservateur-démocrate CDU-CSU autour d'Angela Merkel, gouvernent le pays à peu près depuis 70 ans.

Les écologistes progressent aussi grâce au vote des jeunes aussi, qui délaissent également les partis traditionnels. Et puis, en Allemagne, la société civile s'est fortement mobilisée autour de thèmes écologiques ces dernières années. La question du nucléaire, de l'exploitation du charbon, les manifestations Fridays for Future, les dégâts visibles parfois du réchauffement climatique ... Tout cela joue aussi en faveur du parti écologiste.

Lire et écouter aussi → Des milliers d'écoliers allemands en grève pour le climat

"Je crois que le sujet était encore lointain pendant longtemps pour beaucoup de gens. Mais nous avons vécu l'année dernière un été chaud et brutal, la sécheresse, qui a également entraîné de nombreuses pertes en Allemagne. Les gens remarquent clairement que les choses ne peuvent pas continuer comme ça", réagit Claudia Roth.

Schülerinnen und Schüler demonstrieren gegen den Klimawandel (DW/H. Flotat-Talon )

Les manifestations Friday for Future se sont multipliées en Allemagne ces derniers mois, comme ici à Bonn

Un chancelier écolo ?

Le parti des Verts se prend aujourd'hui à rêver ... De la chancellerie carrément ! Pour ça, il compte sur ses électeurs, nombreux chez les plus diplômés, chez les femmes ou chez les citadins. Les votes les plus importants pour les Verts sont aujourd’hui dans l'Ouest, le Nord et le Sud-Ouest.

Alors qu’Angela Merkel a déjà dit qu'elle ne se représenterait plus à la fin de son mandat en 2021, peut-on alors s’attendre à ce qu’un(e) écologiste prennent la place de chancelier ? "On peut supposer que les Verts ne pourront pas se maintenir à ce niveau", estime  le professeur de sociologie à l'université de Leipzig, en Saxe, Holger Lengfeld. "Ce qui est plus plausible, c'est que les Verts joueront un rôle politique beaucoup plus important à l'avenir. Cela signifie qu'ils pourraient aussi être membres du gouvernement, parce qu'on ne peut pas laisser de coté un parti qui peut dépasser 15 ou 20 pour cent des voix."

Les Verts déjà dans les gouvernements régionaux

Aujourd'hui les Verts siègent déjà dans les institutions régionales. Un ministre-président, celui du Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschamnn, est même un élu vert depuis 2011. Avec d'autres partis, en coalition, les Verts participent à huit gouvernements régionaux, sur seize. C'est aussi parce que le parti a évolué. Jusqu'à il y a une quinzaine d'années, ses membres ne voulaient s'allier qu'avec les sociaux-démocrates. Aujourd'hui ils gouvernent avec la gauche, mais aussi la droite libérale.

Les députés barbus, aux cheveux longs et en baskets dans le Parlement à leurs débuts ont aussi évolué. Ils adoptent des positions plus centristes sur certains sujets, comme la migration ou la sécurité. C'est parfois mal assumé, mais c'est une réalité. Les deux chefs du parti, Annalena Baerbock et Robert Habeck, jouent sur les deux tableaux en permancence : le cool, la nouveauté, l'avenir et le pragmatisme de gouvernement en même temps.

Des députés du parti die Grünen lors de leur entrée au parlement en 1983

Des députés du parti die Grünen lors de leur entrée au parlement en 1983, à Bonn

Des idées écolos reprissent à droite

Les Verts ont certainement déjà gagné un peu une bataille : celle des idées. Face à leur score, les autres partis se mettent eux aussi à proposer des idées écologistes. La grande coalition au pouvoir doit présenter des mesures pour le climat en septembre. Il y a quelques jours l'idée de faire des billets de train moins cher, en abaissant les taxes, a aussi ressurgi en Allemagne... et c'était une proposition d'un ministre conservateur !

Des élections régionales doivent alors lieu aussi à l'automne dans le pays. Ce sera un test pour les Verts, avant les élections dans tout le pays, en 2021 normalement. On saura à ce moment-là seulement si les Verts maintiennent leur score des sondages ou pas. Pour l'heure, les prognostics sont aussi élevés qu'en 2011, après la catastrope nucléaire de Fukushima. Mais si on regarde en arrière, même à près de 25% d'intentions de vote en 2011, les Verts n'avaient décroché qu'un peu plus de 8% des voix 2 ans après, en 2013. Il a depuis, dans la politique allemande, et malgré la sécheresse, coulé de l'eau sous les ponts ... À suivre donc !

 

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Vague verte aussi sur l’Angleterre

Summer Uprising Protest (picture-alliance/dpa/S. Chapman)

Manifestation et blocage des rues du groupe Extinction Rebellion à Bristol le 15 juillet

Les Verts en Allemagne ... Et les Verts au Royaume-Uni. On parle régulièrement du Brexit sur place, mais là-bas aussi les écolos gagnent du terrain, et ont de l'espoir. Car si Boris Johnson est devenu Premier ministre le 25 juillet 2019 dernier, on continue de parler d'élections anticipées... Une aubaine pour les écolos. Leurs idées prennent racines.

Le reportage de Melissa Chemam, de Londres à Bristol, est à suivre en deuxième partie de Vu d'Allemagne.

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