Le calvaire des journalistes africains | Afrique | DW | 07.01.2020
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Afrique

Le calvaire des journalistes africains

L’exercice de la liberté de la presse est compromis dans beaucoup de pays africains. Conséquence : des journalistes sont emprisonnés en dépit de la dépénalisation des délits de presse. État des lieux de la situation.

Être journaliste en Afrique n’est pas chose aisée. Certains journalistes ont dû payer de leur liberté le simple exercice de leur profession en 2019.

Des arrestations interviennent sous des motifs divers, souvent illégaux et arbitraires. Le tout dans la plus grande impunité.

Plusieurs cas ont été recensés en 2019 par Reporters Sans Frontières (RSF) qui dresse un tableau inquiétant de la liberté de la presse sur le continent africain.

Burundi

Au Burundi, en octobre 2019, Christine Kamikazi, Agnès Ndirubusa, Térence Mpozenzi, Egide Harerimana, tous journalistes à Iwacu, l’un des rares médias indépendants encore présents au Burundi, ont été arrêtés à Musigati, dans le nord-ouest du pays, pour atteinte à la sûreté de l'Etat.

L’équipe de reporters était venue couvrir l’incursion d’un groupe de rebelles burundais basé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Le journaliste burunais Jean Bigirimana

Le journaliste burunais Jean Bigirimana

Jean Bigirirmana, journaliste du même groupe indépendant burundais, est lui porté disparu depuis le 22 juillet 2016. Il n’a plus donné signe de vie depuis.

"Dans nos pays, il y a souvent des régimes qui sont fermés  à l’exercice du métier de journaliste parce qu´il y a souvent des pratiques que ces régimes n’aiment pas voir exposer au public : la corruption, les exactions contre les civils, la mauvaise gouvernance, ce qui explique que la presse soit vue d'un très mauvais œil", explique Antoine Kaburahe, directeur de publication du groupe de presse Iwacu.

Cameroun

Des journalistes sont également persécutés au Cameroun. C’est le cas de Christophe Bobiokono, directeur de publication du journal Kalara, un hebdomadaire d’investigation spécialisé dans les affaires judiciaires.

Christophe Bobiokono, directeur de publication du journal Kalara, un hebdomadaire d’investigation spécialisé dans les affaires judiciaires du Cameroun.

Christophe Bobiokono, directeur de publication du journal Kalara, un hebdomadaire d’investigation spécialisé dans les affaires judiciaires du Cameroun

 Il a été condamné à deux ans de prison avec sursis, 3800 euros d’amende et 15300 euros de dommages et intérêts pour “diffamation” et “outrage à corps constitué”. Sa collaboratrice, Irène Mbezele a elle, écopé de la même peine de prison assortie de 2300 euros de dommages et intérêts.

Il y a aussi le cas d’Amadou Vamoulké, ancien directeur (2005-2016) de la radio-télévision nationale (CRTV), incarcéré à la prison centrale de la capitale camerounaise depuis juillet 2016.

Selon Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de Reporters Sans Frontières, "alors qu’une demande de remise en liberté avait été déposée par les avocats de l’ex-dirigeant de l’audiovisuel public camerounais, l’accusation a demandé aux magistrats de la rejeter. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un acharnement qui risque de mettre en péril la santé du journaliste et demande aux autorités de lui garantir un accès à des soins et examens adaptés."

Offensive diplomatique

Par ailleurs, toujours selon le communiqué cité plus haut, "le 12 novembre 2019, RSF a transmis les deux rapports médicaux à sa disposition et saisi en procédure d’urgence le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ainsi que le groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU."

L'ancien directeur général de la CRTV, Amadou Vamoulké (au centre) lors de la 24e audience de son procès devant le Tribunal criminel spécial de Yaoundé, le 21 novembre 2019

L'ancien directeur général de la CRTV, Amadou Vamoulké (au centre) lors de la 24e audience de son procès devant le Tribunal criminel spécial de Yaoundé, le 21 novembre 2019

Il est à rappeler qu’Amadou Vamoulké a dirigé la CRTV (Cameroon Radio Television) de 2005 à 2016. Officiellement, il est accusé d’avoir détourné plusieurs millions d’euros au seul profit du media d’Etat. Ces accusations n’ont jamais été établies depuis le début de son procès malgré 25 audiences consécutives,(depuis ce mardi 07.01.2020), déplore Reporters sans frontières qui a classé en 2019 le Cameroun à la 131e place dans son baromètre sur la liberté de la presse publié chaque année.

Tchad

La situation n'est pas plus reluisante au Tchad. En dépit de la dépénalisation des délits de presse, le directeur de publication du journal Salam Info, Martin Inoua Doulguet, croupit en prison depuis le 16 août 2019.

"Initialement poursuivi pour diffamation, délit qui n'entraîne pas de peines privatives de liberté dans la loi sur la presse de 2018 - sauf en cas d’incitation à la haine ou à la violence - le journaliste a finalement été condamné pour association de malfaiteurs informatiques et dénonciations calomnieuses”, précise RSF. Martin Inoua Doulgué était poursuivi par l’ancienne ministre de la Santé, Toupta Boguéna, qui l’accusait de l’avoir diffamée dans des articles relayant des accusations d’agression sexuelle portées par sa nièce.

Le directeur de publication du journal Salam Info, Martin Inoua Doulguet

Le directeur de publication du journal Salam Info, Martin Inoua Doulguet

Après Martin Inoua, incarcéré dans des conditions déplorables depuis trois mois, le correspondant de DJA-FM, (la première radio privée du Tchad) à Mongo, dans le centre du Tchad, Ali Hamata Achène a été arrêté le 26 décembre 2019. Son tort : avoir critiqué la lenteur de la justice tchadienne sur les réseaux sociaux.

 "Rien ne justifie que les journalistes passent des semaines, des mois ou des années en prison pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions. C'est un appel qu'il faut lancer aux dirigeants africains dans l'espace francophone afin qu'ils puissent s'engager dans cette grande thématique qui est la fin des peines privatives pour les journalistes", conclut Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.

Bénin

Depuis le 20 décembre 2019, Ignace Sossou, journaliste béninois d’investigation accusé de "harcèlement", est privé de liberté. Il est accusé d’avoir tweeté des propos tenus par le procureur de la République près le tribunal de Cotonou.

 Ignace Sossou, journaliste béninois d’investigation

Ignace Sossou, journaliste béninois d’investigation

Ces propos ont été tenus au cours d’un atelier de travail organisé le 18 décembre par l’agence française de développement médias (CFI) auquel tous deux participaient. "Ces accusations sont infondées, comme le prouve la retranscription des propos du magistrat", justifie l'ONG Reporters sans frontières qui demande sa remise en liberté immédiate et l’abandon rapide des charges qui pèsent contre lui.