L′Allemagne face au racisme et à l′antisémitisme // Le secteur touristique tunisien victime collatérale du coronavirus | Vu d′Allemagne | DW | 22.07.2020
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Vu d'Allemagne

L'Allemagne face au racisme et à l'antisémitisme // Le secteur touristique tunisien victime collatérale du coronavirus

Alors que vient de s'ouvrir le procès de l'attentat dans la ville de Halle l'an dernier, Vu d'Allemagne revient sur la lutte contre l'antisémitisme et le racisme. Dans la seconde partie du magazine, reportage en Tunisie, où les professionnels du tourisme font grise mine.

Écouter l'audio 18:37

Menoté, escorté par des policiers cagoulés, Stephan Balliet a été présenté devant le tribunal de Magdeburg pour la première fois ce mardi 21 juillet. Début d'un procès dont on parle dans toute l'Allemagne, qui devrait durer au moins jusqu'à la mi-octobre. Procès de l'attentat de Halle (Saxe-Anhalt), le 9 octobre 2019. Ce jour-là, l'Allemand de 28 ans aujourd'hui dans le box de prévenus tente d'entrer dans la synagogue de Halle, armé jusqu'aux dents. 

On est alors en pleine fête religieuse de Yom Kippour et 52 fidèles sont à l'intérieur. Heureusement, la porte de la synagogue est fermée. Stephan Balliet ne réussira pas à l'ouvrir. Il tuera tout de même tué deux passants sur son chemin, alors qu'il diffusait l'attaque sur internet en direct. Aujourd'hui il est accusé d'attentat avec motivation antisémite, raciste et xénophobe. 

Alors cette attaque avait bouleversée en Allemagne l'an dernier. Que s'est-t-il passé depuis ? Les leçons ont-elles été tirées ? On en parle avec Hendrik Puls dans cette émission. Sociologue allemand, il étudie l'extrême-droite depuis une quinzaine d'années et travaille à l'université de Bochum. 

"Plus grand défi sécuritaire allemand"

DW : Cette attaque de Halle, c'était en octobre l'an dernier. Depuis il y a eu d'autres attaques d'extrême-droite. Le bureau du député allemand, noir et d'origine sénégalaise, de la ville de Halle aussi Karamba Diaby a été pris pour cible. Il y a eu l'attentat de Hannau également, en février, qui a fait 9 morts. Quand le ministre de l'intérieur Horst Seehofer dit, il y a un mois, que la lutte contre l'extrême-droite est le plus grand défi sécuritaire allemand, vous êtes d'accord ? 

Hendrik Puls : Je partage ce point de vue. Nous sommes actuellement confrontés à une situation qui, pendant des années, a été caractérisée par des niveaux de violence relativement élevés de l'extrême droite, mais aussi par un large éventail de mobilisations de l'extrême droite. Nous avons un parti très performant, qui siège maintenant dans tous les parlements et qui s'est également rapproché de plus en plus de l'extrême droite. 

Stephan Balliet avait échoué à enfoncer la porte de la synagogue de Halle, mais avait abattu une passante puis un homme dans un restaurant de kebabs

Stephan Balliet avait échoué à enfoncer la porte de la synagogue de Halle, mais avait abattu une passante puis un homme dans un restaurant de kebabs

Cela signifie que nous avons déjà un problème social majeur, qui est aussi un risque pour la sécurité. Et si nous regardons maintenant les 30 dernières années depuis la réunification, nous avons aussi une vague massive de violences. Des attaques d'extrême droite qui, au début des années 1990, étaient principalement dirigées contre les demandeurs d'asile, mais aussi contre d'autres personnes considérées comme des étrangers. 

Cela a faiblit, un peu. Mais cela reste un problème, même dans les années 2000. En particulier au tournant du millénaire, nous avons également connu plusieurs attaques terroristes de droite, dont certaines ne sont toujours pas résolues. C'est également à cette époque que l'underground national-socialiste devient actif avec sa série de meurtres. 

Et au cours des cinq dernières années, à partir de 2014, nous avons connu un nouvel essor de l'extrémisme de droite, qui s'exprime par des actes de violence. Et c'est une époque, une période, où nous voyons se répandre la mobilisation de l'extrême droite, les manifestations, l'émergence de nouveaux acteurs, l'expansion massive de la propagande d'extrême droite, entre autres dans les médias sociaux. C'est une situation aggravée et elle s'exprime de différentes manières. 

De nouvelles lois

DW : Trois groupes d'extrême-droite ont été interdits depuis le début de l'année. C'est un signe de plus d'action des autorités ? 

Hendrik Puls : Il est certain, on peut affirmer, qu'il y a une grande augmentation des procédures préliminaires, contre les groupes d'extrême droite et aussi, ces dernières années, des interdictions d'associations en vertu de la loi. C'est déjà plus que ce qui avait été fait les années précédentes. Si l'on compare avec la période avant 2011, il n'y avait pratiquement pas d'interdictions ou même de poursuites pour terrorisme contre les groupes d'extrême droite ou néo-nazis. Ce n'est qu'après les attaques du groupe NSU que quelque chose de plus s'est produit. Et maintenant, ces dernières années, qu'il y a une action plus globale contre les groupes d'extrême droite. 

DW : L'an dernier, après cet attentat de Halle, le gouvernement promettait de l'action. Il y a eu des lois. Des lois contre la haine sur Internet ont été créées, par exemple, on a embauché des policiers... Cela suffit ou il faut faire davantage ? 

Hendrik Puls : Je pense que certaines de ces mesures n'ont pas encore fait la preuve de leur efficacité. Parfois, lorsqu'il y a de nouvelles recrues à l'Office pour la protection de la Constitution par exemple, on dit qu'on est en train de créer un office de lutte contre l'extrême-droite. Mais l'utilité de ces services soulève de grandes questions, ou suscite de grands doutes. 

Au premier jour de son procès, Stephan Balliet n'a exprimé aucun remords

Au premier jour de son procès, Stephan Balliet n'a exprimé aucun remords

Nous avons également vu que certaines mesures prises récemment, par exemple l'interdiction de Combat 18, un groupe néo-nazi, qui propageait agressivement le terrorisme de droite depuis des années, que cette interdiction est arrivée très, très tard et a été annoncée par le ministre de l'intérieur, donc les nazis étaient prêts. On peut donc soupçonner que la politique symbolique qui est menée ici est aussi, dans une certaine mesure, symbolique. 

Sur les réseaux sociaux et sur Internet, nous avons un problème majeur dans la mesure où l'incitation raciste à la haine est très répandue, qu'il y a une diffusion presque non réglementée, ce qui a beaucoup à voir avec le fonctionnement de ces plateformes, Facebook par exemple, et qu'elles ne veulent pas eux-mêmes assumer la responsabilité du contenu qui y est affiché. 

Cependant, nous pouvons constater que lorsque des plateformes comme Facebook, par exemple, renforcent leurs mesures contre l'incitation à la haine raciste, les gens s'orientent vers de nouveaux services, vers de nouveaux créneaux sur Internet. Actuellement, par exemple, le service de messagerie Telegram est devenu de plus en plus important pour répandre la haine de l'extrême droite et aussi pour organiser des actions de protestation. C'est le cas encore pendant cette crise du coronavirus. 

L'extrême-droite dans la police et armée

DW : On a l'impression qu'on discute en Allemagne, de plus en plus souvent, de l'extrême-droite, du racisme et de l'antisémitisme dans la police ou l'armée. Une unité d'élite, la KSK, a été en partie démantelée il y a peu. Il y a encore beaucoup à faire de ce côté-là selon-vous ? 

Hendrik Puls : En ce qui concerne la police et aussi l'armée, nous avons une évolution inquiétante qui devient maintenant évidente. Ces derniers mois, ces dernières années, de plus en plus de cas ont été révélés concernant des soldats d'extrême droite, ou par exemple des policiers qui échangent des informations au sein de leurs propres groupes WhatsApp, parce qu'ils expriment des opinions racistes. Nous avons également un employé de la police de Rhénanie du Nord-Westphalie qui est actuellement détenu parce qu'il est soupçonné de terrorisme et a rejoint un groupe d'extrême droite. Il y a vraiment beaucoup de choses qui peuvent nous inquiéter. 

La ministre de la Défense a récemment dissous partiellement l'unité d'élite de l'armée allemande, les KSK, en raison de liens entre plusieurs de ses membres et la mouvance néonazie

La ministre de la Défense a récemment dissous partiellement l'unité d'élite de l'armée allemande, les KSK, en raison de liens entre plusieurs de ses membres et la mouvance néonazie

Bien sûr, cela ne concerne qu'une petite partie des soldats et des policiers en Allemagne. Mais il ne s'agit en aucun cas de cas individuels que l'on pourrait accepter d'une manière ou d'une autre. C'est un problème de taille dont nous ne pouvons même pas encore quantifier la dimension réelle. 

Mais ce qui est vraiment inquiétant, c'est qu'il s'agit bien sûr d'un domaine où les gens ont accès à des données personnelles sensibles, à la violence, aux ressources de l'État. Voilà qui est très spécial. Nous voyons actuellement en Hesse les enquêtes et la lente clarification de ces lettres de menace sous le label NSU 2.0, qui sont principalement dirigées contre des femmes, contre des femmes politiques, contre des femmes avocates. Il existe une forte suspicion que les données personnelles des personnes menacées aient été recherchées dans les ordinateurs de la police. Et pas seulement dans un service, mais dans plusieurs services. Et puis vous vous rendez compte que le problème est vraiment important et qu'il affecte les appareils d'État. 

Et avec cette unité de la Bundeswehr, la KSK, pour être honnête, j'ai été surpris que le ministre de la défense ait dissous partiellement une division entière. Mais cela montre aussi l'ampleur du problème, surtout dans ce groupe, et qu'il faut vraiment le prendre au sérieux et ne plus essayer de faire les choses à moitié ou, dans le pire des cas, de les balayer sous le tapis en ce qui concerne l'image de la police et de la Bundeswehr.

Ecouter aussi  Le racisme dans la police allemande - Droits et Libertés du 21 juillet 2020

DW : Si vous deviez conseiller les autorités, dans quelle directions vous iriez, qu'est-ce que vous conseilleriez de faire pour combattre ces phénomènes ? 

Hendrik Puls : Je crois qu'il est juste d'utiliser les moyens de répression contre les structures organisées, contre les structures néo-nazies. Cela signifie, dans la mesure du possible, émettre des interdictions, fusionner des enquêtes et mener des enquêtes à plus grande échelle. Je pense que c'est logique. D'autre part, la politique et la société dans son ensemble doivent bien sûr aussi se demander quelle est leur contribution à la situation dans laquelle nous nous trouvons. 

Il s'agit d'actes et de violences. Elles ne naissent pas dans un vide sans contexte social, mais sont naturellement intégrées dans les discussions sociales, par exemple dans la manière dont on parle de la migration et dans la manière dont une société se sent menacée. Je crois que la politique elle-même a une grande responsabilité à cet égard. De la même manière, la police, en tant qu'institution, doit bien sûr se demander, comment peut-elle elle-même prévenir le racisme et les actes discriminatoires dans sa propre pratique. 

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Saison touristique morose en Tunisie

La fréquentation touristique est parfois en baisse de 50% en Tunisie

La fréquentation touristique est parfois en baisse de 50% en Tunisie

C'est une première depuis trois mois en Tunisie. Le week-end dernier, samedi 18 juillet, un vol charter européen atterissait à Djerba. Des touristes allemands, luxembourgois et français sont désormais en vacances sur place. Un retour des vacanciers après la fermeture des frontières liées à la crise du coronavirus. Pourtant ce ne sont pas ces 155 personnes qui devraient sauver la saison... 

Après une année exceptionnelle en 2019, le tourisme est en chute libre. Les revenus du secteur ont chuté de 50% sur la première partie de l'année, comparés à ceux de l'an passé. Le tourisme représente 8 à 14% du PIB du pays et emploi un demi-million de personnes en Tunisie. Alors, même sous 30 degrés et au soleil, les professionnels vont donc grise mine. Reportage de Mohamed Haddad à découvrir en seconde partie de Vu d'Allemagne 

Vu d’Allemagne est un magazine proposé par Hugo Flotat-Talon et Anne Le Touzé. Vous retrouvez tous les numéros du magazine Vu d'Allemagne dans la médiathèque. 

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