La parole aux victimes du 28 septembre 2009 en Guinée | Interviews exclusives DW | DW | 06.06.2018
  1. Inhalt
  2. Navigation
  3. Weitere Inhalte
  4. Metanavigation
  5. Suche
  6. Choose from 30 Languages

Interviews exclusives

La parole aux victimes du 28 septembre 2009 en Guinée

Le gouvernement guinéen vient de mettre en place un comité chargé de préparer le procès des auteurs du massacre du 28 septembre 2009. Réaction de Diallo Yero Dioulde, le vice-président de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009.

Écouter l'audio 04:33
Now live
04:33 min

Le gouvernement guinéen vient de mettre en place un comité chargé de préparer le procès des auteurs du massacre du 28 septembre 2009. Le budget, estimé à 78 milliards de Francs guinéens, soit un peu plus de sept millions d'euros, devrait être financé en partie par les partenaires internationaux tels que les Etats-Unis, les Nations unies et l’Union européenne.

Le 28 septembre 2009, des milliers de manifestants s’étaient rassemblés dans le stade de Conakry pour s'opposer à une candidature à la présidentielle de Dadis Moussa Camara, alors chef de la junte.

Les militaires avaient ouvert le feu et selon l’ONU, au moins 156 personnes avaient été tuées et plus d'une centaine de femmes violées.

Notre correspondant Bangaly Conde a rencontré Diallo Yero Dioulde, le vice-président de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009. Ecoutez l'interview en cliquant sur la photo ci-dessus.

Guinea Oberst Moussa Dadis Camara in Conakry (picture-alliance/dpa)

Moussa Dadis Camara en mars 2009

Voici la transcription de l'entretien: 

DW : Le gouvernement guinéen vient de mettre en place un comité chargé de préparer le procès des auteurs du massacre du 28 septembre 2009. Comment réagissez-vous à cette décision ?


Diallo Yero Dioulde : C’est une décision qui nous a fait plaisir ça nous rassure de la tenue maintenant du procès. C’est une avancée  très  significative après qu’il ait eu ces évènements c’est une avancée très significative par rapport à la tenue du procès.


DW : Croyez –vous que ce procès des évènements du 28 septembre 2009 peut se tenir sous le mandat du président Alpha Condé quand on sait que plusieurs personnalités de son régime sont inculpées ? Notamment Pivi et Thiegboro.

Diallo Yero Dioulde : Vous savez, les évènements du 28 septembre sont des évènements qu’on a qualifiés de crimes contre l’humanité donc ce n’est pas la Guinée seulement que ces évènements sont perçus ainsi. S’il y a eu certainement  un manque de volonté politique à un moment donné, aujourd’hui, cette avancée significative par rapport à la tenue du  procès nous rassure. Certains présumés auteurs sont haut placés dans le gouvernement, mais ce n’est pas une raison, que ce procès ne se tienne pas parce que nous nous visons à ce que les victimes soient rétablies dans leurs droits.

Nous voulons que cela ne se répète plus en Guinée puisque Alpha Condé, élu démocratiquement, était des forces vives qui ont appelé les manifestants à se rendre au niveau du stade, je crois qu’il va s’en dire qu’un de ses ministres ou un de ses proches est sans doute co-responsable.


DW : Les victimes ont été entendues pendant la phase des enquêtes. Avez-vous été approché ?


Diallo Yero Dioulde : J’ai été auditionné par le pool de juges. Nous avons été d’ailleurs les premiers à être entendus par rapport aux évènements du 28 septembre.

J’ai été victime de bastonnade, de traitement inhumain, c’est ce qui fait que j’ai été alité dans un centre de santé pendant près de quatre mois et jusqu’ici, j’ai des séquelles qui font que souvent je suis évacué dans les hôpitaux étrangers. J’ai fait deux mois à Dakar.

Asmaou Diallo (DW/M.C.Diallo)

Asmaou Diallo, présidente de l'Association des victimes, parents et amis du 28 septembre


DW : Après les évènements du 28 septembre 2009, de nombreuses associations de victimes ont vu le jour. Pourquoi, selon vous, n’y a-t-il pas d’association unique pour défendre les victimes ?


Diallo Yero Dioulde : Je ne connais que deux associations qui parlent des victimes du 28 septembre. Ce sont Avipa et Afadis – et encore, Afadis est aujourd’hui sous la coupe de Avipa -  parce que tout simplement Avipa est la seule structure qui parle des événements du 28 septembre et qui est à l’écoute des institutions internationales, comme la Cour pénale internationale et la cour de la CEDEAO.


DW : Et les autres associations?


Diallo Yero Dioulde : Nous leur avons dit de venir, que les portes de Avipa sont ouvertes à toutes les associations qui veulent défendre et soutenir les victimes des évènements du 28 septembre.  Une autre association qui parle des évènements du 28 septembre, je ne dis pas non, mais la seule qui soit écoutée par les institutions est Avipa.


DW : Quel impact cela a-t-il sur la crédibilité de la lutte pour que justice soit faite ?


Diallo Yero Dioulde : Nous avons un objectif, cet objectif c’est une justice inclusive, une justice transparente. Nous ne voulons pas de parodie de justice, nous voulons une justice qui permette que toutes les victimes trouvent leur satisfaction en termes de réparation et en termes de punition des coupables à la hauteur de leur forfaiture. 


DW : Quelles sont vos attentes après ce procès du 28 septembre ?


Diallo Yero Dioulde : Nos attentes sont grandes. C’est qu’en Guinée, qu’il n’y ait plus pareil évènement, que la justice joue pleinement son rôle, que l’Etat joue son rôle dans la protection de son peuple. C’est une première en Guinée depuis l’avènement de l’indépendance jusqu’à nos jours, qu’un haut cadre de l’Etat soit devant une juridiction par rapport à des faits commis. Nous savons ce qui s’est passé depuis le 2 octobre 1958. Le haut placé de l’Etat a presque droit de vie et de mort sur le citoyen. Le plus faible n’a jamais raison.


Diallo Yero Dioulde est vice-président de l’association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009.    

La rédaction vous recommande

Audios et vidéos sur le sujet