La défense nucléaire, une priorité pour l′Europe ? // ″Joe Show″, l′émission qui irrite le pouvoir égyptien | Vu d′Allemagne | DW | 20.02.2020
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Vu d'Allemagne

La défense nucléaire, une priorité pour l'Europe ? // "Joe Show", l'émission qui irrite le pouvoir égyptien

La France souhaite davantage d’engagement de la part des pays européens en matière de défense et de sécurité. Le président Emmanuel Macron a lancé à Munich l’idée d’un "dialogue stratégique", notamment sur la défense nucléaire. L’Allemagne réagit prudemment.// Le "Joe show" utilise l’humour pour critiquer le régime de Fatah al-Sissi en Égypte, mais depuis l'exil. Reportage.

Écouter l'audio 14:54

Le président français Emmanuel Macron a utilisé la Conférence de Munich sur la Sécurité, qui s’est tenue la semaine dernière dans la capitale bavaroise, comme tribune pour évoquer un sujet qui lui tient à cœur : une politique de défense commune européenne.

La France d'Emmanuel Macron veut prendre le leadership sur le terrain de la politique de défense européenne

La France d'Emmanuel Macron veut prendre le leadership sur le terrain de la politique de défense européenne

"Je dis, maintenant nous devons rentrer dans un dialogue stratégique avec tous les partenaires qui le souhaitent, y compris sur le nucléaire. Dans ce cadre-là, nous sommes prêts à avoir des exercices conjoints parce que le but est de bâtir une culture stratégique commune."

L’objectif est de réduire la dépendance des Européens à l’OTAN et surtout aux États-Unis, en permettant à l’Europe de développer ses propres moyens de défense.

L'Allemagne fidèle à l'OTAN

Il faut dire que les relations sont devenues compliquées entre les membres de l’Alliance militaire transatlantiques depuis que Donald Trump est aux commandes outre-Atlantique.  

L'Allemagne maintient le dialogue avec les États-Unis, même si c'est difficile. Rencontre entre Heiko Maas (à droite) et Mike Pompeo (à gauche) à la Conférence de Munich sur la sécurité

L'Allemagne maintient le dialogue avec les États-Unis, même si c'est difficile. Rencontre entre Heiko Maas (à droite) et Mike Pompeo (à gauche) à la Conférence de Munich sur la sécurité

Pour autant, la plupart des pays européens restent attachés à l’alliance avec les États-Unis. L’Allemagne en fait partie, comme en témoigne la réaction de Heiko Maas, le chef de la diplomatie allemande, à la proposition française.

"Nous sommes réunis dans une alliance de défense qui fonctionne, à savoir l'OTAN. Nous voulons renforcer le pilier européen au sein de l'OTAN. Pour y arriver, nous devons d'abord parvenir à un accord en Europe. Le dialogue proposé par Emmanuel Macron peut y contribuer de manière substantielle et c'est pourquoi nous allons l'accepter."

Les relations franco-allemandes ne sont pas non plus au beau fixe ces derniers temps, et surtout pas dans le domaine de la coopération militaire, souligne pour sa part Barbara Kunz.

La coopération militaire franco-allemande a du plomb dans l'aile

"Il y a un mécontentement assez profond à Paris sur le rôle de l’Allemagne dans le contexte sécuritaire européen", explique la spécialiste des questions de défense et de sécurité européennes à l’Institut de recherche sur la paix et la politique sécuritaire basé à Hambourg. 

Barbara Kunz cite comme exemple "l'état catastrophique" de l’armée allemande, mais aussi le manque de coopération de Berlin dans les missions dangereuses.

La ministre allemande de la Défense a rendu visite en octobre 2019 aux soldats qui forment les forces maliennes au Mali

La ministre allemande de la Défense a rendu visite en octobre 2019 aux soldats qui forment les forces maliennes au Mali

Comme au Mali, où l'armée allemande est déployée dans le cadre de la Minusma et de l'EUTM, mais ne participe pas à l'opération Barkhane"Le partage du fardeau entre Paris et Berlin est l'arrière-plan de ce débat."

Selon Barbara Kunz, la France cherche par sa proposition à réveiller les Allemands, pour être prêts en cas de désengagement des États-Unis en matière militaire. 

C’est également ce que pense l’ancien diplomate allemand Wolfgang Ischinger, qui préside la Conférence de Munich pour la Sécurité. Il estime que l’Europe est "en train de réapprendre le langage du pouvoir".

"Nous devons déterminer comment l’UE, qui a été dans le passé trop occupée avec ses affaires internes, peut apprendre à exercer son pouvoir, diplomatique, économique mais aussi militaire si nécessaire. Ce que nous n’avons pas à l’heure actuelle, nous ne sommes pas unis nous ne parlons pas la même langue ! Donc je pense que l’UE, et c’est un fait nouveau, vient de se réveiller et c’est une bonne chose."

Le nucléaire comme "assurance-vie"

La question de l'armement nucléaire revient régulièrement lorsqu'il s'agit de défense européenne. À Munich en 2019, Wolfgang Ischinger avait déjà plaidé pour une intégration des armes nucléaires françaises au système de défense européen.

Le président français est le seul à pouvoir décider d'employer l'arme nucléaire: Emmanuel Macron à bord du sous-marin Le terrible

Le président français est le seul à pouvoir décider d'employer l'arme nucléaire: Emmanuel Macron à bord du sous-marin "Le terrible"

Mais si cette question semble dominer le débat, elle n’est pourtant pas la priorité de la défense européenne, estime Barbara Kunz.

"Personne ne réfléchit au vrai rôle de la dissuasion nucléaire, déplore la chercheuse. Quand on regarde les vrais débats de sécurité en Europe, on a d’un côté tout ce qui se passe en Afrique avec l’opération Barkhane et la problématique terroriste où la dissuasion nucléaire n’a aucun rôle à jouer. Et de l’autre côté, que ferait-on si la Russie décide d'envahir l'Estonie, à quoi servirait la dissuasion nucléaire? On a un débat qui est complètement détaché des problèmes de sécurité européens et on discute surtout en termes d’assurance-vie."

La bombe nucléaire comme assurance-vie, les Verts allemands n’en veulent pas, souligne de son côté la députée Agnieska Brugger.

"Bien sûr, nous devons mieux nous positionner en Europe et collaborer plus étroitement en matière de politique de sécurité, mais je ne crois pas que l’objectif doive être une arme nucléaire européenne… Surtout à un moment où les États-Unis et la Russie sont en plein réarmement nucléaire, nous devons rappeler que toutes les puissances nucléaires ont promis de désarmer et de s’engager ensemble pour le contrôle des armes."

L'Allemagne n'a pas de stratégie en matière de défense

L’opinion publique allemande non plus n’est pas prête à débattre de cette question. Et la classe politique est également frileuse lorsqu’il s’agit de questions militaires, explique encore Barbara Kunz.

En cas de guerre, des pilotes de la Bundeswehr transporteraient des ogives nucléaires à bord des tornados

En cas de guerre, des pilotes de la Bundeswehr transporteraient des ogives nucléaires à bord des tornados

"Vous avez une opinion publique opposée aux interventions militaires, la coalition qui ne va pas bien et les sociaux-démocrates qui reviennent à des positions très pacifistes – cela se voit aussi dans les exportations d’armement. Donc c'est un sujet politiquement compliqué en Allemagne et personne dans le paysage politique allemand ne miserait sur les questions de défense. Et donc tout cela empêche la réflexion stratégique."

En cas de guerre, la Bundeswehr serait tout de même d’ores et déjà impliquée dans des attaques nucléaires. Des missiles atomiques sous contrôle américain sont stockés à Büchel, en Rhénanie-Palatinat. Si un conflit venait à éclater ce seraient des tornados allemands qui les achemineraient vers leur cible. 

Alors, certes, les avions sont en fin de vie et doivent être remplacés d’ici quelques années. Mais la nouvelle génération d’avions de chasse est déjà lancée avec un projet de coopération entre la France, l’Allemagne et l’Espagne qui doit aboutir d’ici à 2040.

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"Joe Show", l'émission qui irrite le pouvoir égyptien

Le président égyptien a étendu ses pouvoirs grâce à un référendum en avril 2019

Le président égyptien a étendu ses pouvoirs grâce à un référendum en avril 2019

Amnesty International est catégorique : l’Égypte a connu cette année la plus vaste campagne de répression depuis la reprise en main du pays par le Maréchal al-Sissi. Propulsé à la tête du pays à la faveur du coup d’État de 2013, celui-ci goûte peu le vent de soulèvement qui s’est emparé de son pays en septembre et octobre derniers.

Des milliers de personnes étaient alors descendues dans la rue pour dénoncer la corruption et demander son départ. Plus de 4000 personnes ont été arrêtées depuis le début du mouvement selon des ONG locales. Aujourd’hui, on estime à 300 le nombre de prisonniers en grève de la faim dans les geôles égyptiennes. 

Face à ce régime répressif, l’exil s’impose pour ceux qui veulent pouvoir continuer à faire entendre une voix dissonante. Depuis des années maintenant, Youssef Hussein, présentateur de "Joe show"- sorte de late-show à la sauce égyptienne - tourne en dérision le régime militaire qui cadenasse son pays. Son arme : l’humour. Reportage dans les coulisses de cette émission hebdomadaire dont certains épisodes cumulent jusqu’à cinq millions de vues !

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