La conférence de Yalta prépare l′après-guerre en 1945 // Le Japon cultive son patrimoine pour faire revenir les jeunes dans les campagnes | Vu d′Allemagne | DW | 04.02.2020
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Vu d'Allemagne

La conférence de Yalta prépare l'après-guerre en 1945 // Le Japon cultive son patrimoine pour faire revenir les jeunes dans les campagnes

Il y a 75 ans, la conférence de Yalta préparait le terrain du nouvel ordre mondial à quelques semaines de la capitulation de l'Allemagne nazie. Retour sur cette page d'Histoire. // Au Japon, la région de Miyazaki, dans le sud de l'archipel, mise avec succès sur la valorisation de son patrimoine agricole pour contrer le déclin de sa population. Reportage.

Écouter l'audio 15:42

La photo a fait le tour du monde il y a 75 ans : emmitouflés dans leur manteau d'hiver comme dans une armure, le Premier ministre britannique Winston Churchill, le président américain Franklin Roosevelt et le dictateur soviétique Joseph Staline posent assis côte à côte, le regard fixé sur l'objectif du photographe.

La scène est censée montrer au monde l'unité entre les grandes puissances. Et l'espoir d'une paix durable, après plus de cinq ans de guerre mondiale déclenchée par l'Allemagne nazie. 

La conférence de Yalta, organisée à l'initiative de Staline dans une station balnéaire de Crimée, a lieu alors que le Troisième Reich censé durer mille ans vit ses dernières heures. À l'Est, l'Armée rouge n'est qu'à cent kilomètres de Berlin, tandis qu'à l'Ouest, les forces alliées regagnent du terrain malgré la résistance acharnée de la Wehrmacht. 

Moins de trois mois plus tard, le 30 avril, Adolf Hitler se suicidera dans son bunker et, le 8 mai, ce sera la capitulation. La Seconde Guerre mondiale aura fait plus de 60 millions de morts !

Les grandes puissances croient à une coopération à long terme

La table ronde des négociations de Yalta, où Staline a laissé peu de place au hasard

La table ronde des négociations de Yalta, où Staline a laissé peu de place au hasard

Entre le 4 et le 11 février 1945, les dirigeants britannique, américain et soviétique ont du pain sur la planche. Ils ont pour mission de redéfinir l'ordre mondial. 

Mis à part leur ennemi commun, l'Allemagne hitlérienne, les puissances victorieuses ont des intérêts divergents, mais l'heure est à la négociation, explique l'historien Jost Dülffer, professeur en relations internationales à l'Université de Cologne. 

"Churchill et Roosevelt étaient en correspondance pendant toute la guerre, ils s’étaient rencontrés. Avec Staline, ils ne s’étaient vus qu’une fois à Téhéran, fin 1943. Ils sont partis du principe que la coopération d’après la guerre durerait de nombreuses années, voire des décennies, et c’est pour ça qu’ils étaient prêts à faire des compromis."

Churchill et Roosevelt sont pourtant loin d'être emballés par le choix du lieu de la conférence. Le président américain, très malade, a dû parcourir 11.000 kilomètres par bateau et par avion, et ce en plein hiver ! 

Des micros pour espionner les délégations étrangères

Le palais de Livadia, ancienne résidence du tsar Nicolas II, a accueilli la conférence de Yalta

Le palais de Livadia, ancienne résidence du tsar Nicolas II, a accueilli la conférence de Yalta

Mais pour Staline, il est capital d'organiser la conférence en terre soviétique. Le dictateur ne lésine pas sur les moyens : il fait installer des télégraphes et des téléphones à haute fréquence, mais aussi des micros directionnels dans les buissons du palais de Livadia pour écouter les délégations étrangères. 

Un bunker est disponible en cas d'urgence. Des serveurs choisis dans les hôtels de luxe de Moscou sont envoyés pour servir des mets délicats, en contraste extrême avec la famine qui régne en Union soviétique... bref tout est fait pour assurer une atmosphère détendue. 

Et même si Britanniques et Américains savent à qui ils ont affaire, le pari de Staline est réussi.  

"L’atmosphère était globalement bonne, affirme Jost Dülffer. De temps en temps, l’un ou l’autre se fâchait, ne voulait pas accepter telle ou telle chose. Mais dans l’ensemble il y avait de la coopération."

Pendant sept jours, les trois dirigeants négocient. Churchill impose que la France occupe elle aussi l'Allemagne une fois la défaite actée. Roosevelt reçoit de Staline la promesse que l'Union soviétique entrera en guerre contre le Japon, mais aussi qu'elle fera partie de la future organisation des Nations Unies. 

Concessions territoriales à Staline

Staline, quant à lui, obtient de garder sur son territoire les zones où ses troupes ont avancé. Le chef du Kremlin remporte d'autres concessions territoriales en Extrême-Orient, aux dépens du Japon et de la Chine, ainsi qu'un droit de véto au sein du futur Conseil de sécurité. 

Professeur Jost Dülffer, de l'Université de Cologne

Professeur Jost Dülffer, de l'Université de Cologne

La délimitation des frontières de la Pologne est reportée à une date ultérieure. Staline obtient cependant que la frontière orientale corresponde à l'endroit où ses troupes s'étaient arrêtées lors de leur attaque en 1939, à l'époque où il était encore allié avec l'Allemagne.

Dans leur communiqué final, les puissances alliées déclarent : "Notre dessein inflexible est de détruire le militarisme allemand et le nazisme et de nous assurer que l’Allemagne ne soit plus jamais en mesure de troubler la paix du monde. (…) Notre but n’est pas de détruire le peuple allemand ; mais ce n’est que lorsque le nazisme et le militarisme auront été annihilés que les Allemands pourront avoir l’espoir d’une vie décente et d’une place dans le concert des Nations."

Chacun des participants sort satisfait de la conférence de Yalta, selon Jost Dülffer. Car si Staline a gagné sur le plan territorial, les puissances occidentales ont, elles, marqué des points pour la future organisation de la paix mondiale. , résume:

"À l’issue de la conférence, tous les trois ont explicitement dit que c’était un bon résultat, qu’on pouvait construire sur cette base, résume Wilfried Loth, historien et spécialiste de l'Europe de l'Est à l'Université de Duisbourg-Essen. Ils sont donc sortis aussi optimistes de la conférence qu’ils y étaient entrés."

Le terrain de la guerre froide est préparé

L'Armée rouge entre à Berlin le 16 avril 1945

L'Armée rouge entre à Berlin le 16 avril 1945

Beaucoup de points sont toutefois restés flous au sortir des négociations. Les participants partaient du principe qu'ils prendraient des décisions concrètes une fois la guerre finie. 

Selon Wilfried Loth, Yalta n'était en fait qu'une conférence de transition et ne pouvait pas instaurer en l'état une paix durable. Mais même la conférence de suivi, organisée le 17 juillet 1945 à Potsdam, ne permettra pas d'éclaircir tous les points en suspens. Le terrain pour la guerre froide, qui commencera seulement deux plus tard, est déjà préparé.

Que retenir alors de Yalta ? Pour Wilfried Loth, cette conférence a été une étape-clé dans la diplomatie de haut niveau.

"Les négociations de Yalta sur l’ordre de l‘après-guerre étaient une affaire de chefs. Elles ont montré que les chefs, quand ils s’assoient à une même table, sont en mesure de trouver des compromis et d’établir une confiance mutuelle. Cette expérience a été remarquable pour les crises ultérieures. Et à l’inverse, dès que la diplomatie de haut niveau a fait défaut, des problèmes sont apparus."

L'escalade de la Guerre froide serait donc le résultat d'une absence d'effort au sommet pour renforcer la confiance entre les blocs soviétique et américain. L'Histoire tient à bien peu de choses.


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