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"La communauté internationale doit se mobiliser pour la sécurité en Afrique"

Matthias von Hein
21 février 2018

L'invité, cette semaine, est Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l'Union africaine. Dans une interview exclusive accordée en marge de la conférence internationale de Munich sur la sécurité, il réagit à la lutte anti-terroriste en Afrique et aux bouleversements politiques récents, notamment en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Moussa Faki Mahamat est interrogé par Mathias von Hein.

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DW: Suite au départ de Robert Mugabe au Zimbabwe en novembre, et à celui de Jacob Zuma ce mois-ci, quelle est la position de l'UA face à ces bouleversements majeurs en Afrique australe ?

Moussa Faki Mahamat: Nous soutenons et encourageons les autorités de transition au Zimbabwe à organiser des élections crédibles, transparentes et inclusives. L'Union africaine et la SADC sont prêtes à accompagner ce processus. En Afrique du Sud également, les choses se sont passées conformément à la constitution du pays, et je crois que ce que l'on peut en tirer comme leçons, c'est que les opinions publiques africaines sont très en éveil et je suis certain que ce processus sera un approfondissement de la démocratie en Afrique.

DW: Dans les deux pays, on constate que c'est le parti au pouvoir qui cherche à se maintenir, croyez-vous que ce soit vraiment un processus de changement démocratique?

Moussa Faki Mahamat: Le changement démocratique doit résulter des élections. Ce que nous observons dans les deux cas, c'est qu'il y a des transitions, qui se sont passées de manière pacifique, conformément aux usages dans ces pays. Mais ce que nous attendons et observerons, ce sont les élections qui, je l'espère, vont se passer de manière pacifique et transparente pour permettre à ces peuples-là de choisir leurs dirigeants.

DW: L'Afrique centrale n'est pas en reste quand on parle de gouvernance politique et de l'obligation de compte-rendu. Mais ici, il y a une trop forte résistance... Le cas de la RDC, du Burundi et du Tchad - votre pays d'origine. L'UA se sent-elle, dans une certaine mesure, responsable de la répression sanglante et de la restriction de la liberté à manifester?

Moussa Faki Mahamat: Ca ne peut naturellement pas être la responsabilité de l'Union africaine. Certes ce sont des États membres, mais ce sont des pays qui sont des États souverains et qui ont leurs propres processus. Dans tous les cas, au niveau du continent, nous avons une charte des élections, de la démocratie et de la gouvernance. Nous essayons de travailler sur l'amélioration de la transparence et de la gouvernance sur le plan politique et économique et nous encouragons tous les États à respecter cette démarche et que tous ces processus se passent dans la paix. Il faut nécessairement un dialogue entre les différents acteurs politiques et sociaux et même si les situations sont différentes, nous pensons que le dialogue est la seule voie qui puisse permettre de promouvoir la démocratie.

DW: Au Burundi, le processus pour le référendum constitutionnel avance, mais le président Nkurunziza ne s'en est pas caché, s'opposer au projet de référendum - dit-il - serait franchir la ligne rouge. Comment fait la commission de l'UA, sous votre mandat, pour que ce processus soit crédible? L'UA va-t-elle envoyer des observateurs?

Moussa Faki Mahamat: Vous savez, au niveau de l'Union africaine, nous avons le principe de subsidiarité. Le dossier est actuellement entre les mains de la communauté est-africaine. Mais en tant qu'organisation régionale, nous appelons les acteurs politiques et sociaux pour un dialogue inclusif au Burundi. Le pays a connu une situation particulière, il y a un certain nombre d'arrangements qui ont été faits grâce au soutien de l'UA, donc il faut absolument respecter cela et il faut un dialogue inclusif. Jusqu'à ce que les choses soient claires, l'UA n'est pas à même d'envoyer des observateurs si les règles ne sont pas connues d'avance. 

DW: Quelle est à vos yeux aujourd'hui le principal défi sur le plan sécuritaire en Afrique?

Moussa Faki Mahamat: L'Afrique est malheureusement aujourd'hui un des théâtres de l'insécurité, que ce soit au niveau de la Corne de l'Afrique, que ce soit au Sahel, dans le bassin du Lac Tchad et en Libye. Nous souhaitons que l'ensemble de la communauté internationale se mobilise comme elle l'a fait en Syrie ou en Irak pour pouvoir faire face à cette menace qui est réelle, malheureusement sur le continent africain.

DW: La migration est aussi un des grands défis en Afrique mais également en Europe, et l'une des principales propositions est de donner aux jeunes des perspectives afin qu'ils ne veuillent pas forcément émigrer. Comment y parvenir selon vous?

Moussa Faki Mahamat: La migration est une conséquence d'un certains nombre de phénomènes, dont la pauvreté. Je pense que la réponse doit traiter non les conséquences mais les causes et là aussi la solidarité de la communauté internationale est requise. Il faut dire à cette jeunesse que 80% de la migration africaine se passe à l'intérieur du continent africain. Certes, il y a des jeunes qui sont attirés par l'Europe, qui pour certains sont abusés par des passeurs. Et pour cela, nous sommes en train de travailler avec l'UE et les Nations unies pour pouvoir mieux appréhender sans trop de passion cette question, qui est importante mais qui a besoin d'être traitée de manière très lucide.

DW: Merci beaucoup.