″Les femmes qui vivent avec un handicap sont doublement marginalisées″ ( Irène Esambo Diata, ministre en RDC) | Interviews exclusives DW | DW | 06.04.2022
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Interviews exclusives

"Les femmes qui vivent avec un handicap sont doublement marginalisées" ( Irène Esambo Diata, ministre en RDC)

Interview avec Irène Esambo Diata, ministre déléguée chargée des personnes vivant avec handicap en République démocratique du Congo.

Depuis 2019, Irène Esambo Diata est ministre déléguée chargée des personnes vivant avec handicap en République démocratique du Congo. Dans ce pays où les personnes vivant avec handicap sont souvent marginalisées, il est nécessaire de créer des conditions pour améliorer leur quotidien. C'est la mission que s'est fixée la ministre.

Dans cet entretien qu'elle a accordé à la Deutsche Welle, elle revient également sur la participation des femmes en politique dans son pays. A une année des prochaines élections, les chantiers sont nombreux. 

Madame la ministre, bonjour.

Bonjour. Je suis Irène Esambo Diata. Je suis Congolaise de la République Démocratique du Congo, actuellement ministre en charge des personnes avec handicap et autres groupes vulnérables. Je suis de formation, juriste et avocate de carrière.

 

Quels sont les défis que vous rencontrez dans votre ministère? Quand on se promène dans les rues à Kinshasa, on voit beaucoup de personnes à mobilité réduite qui sont réduites à la mendicité, qui sont marginalisées. Comment est-ce que votre ministère aide ces personnes?

D'abord, il faut dire qu'à notre avènement, nous n'avons rien trouvé en termes de politique, de stratégies ou quoi que ce soit. C'est comme ça que lorsque nous sommes arrivés, la première chose qui nous a préoccupés, c'est d'abord de faire un état des lieux : comprendre leurs attentes et essayer d'aller de l'avant pour améliorer leur condition.

Nous avons travaillé et nous avons compris qu'il était nécessaire d'avoir cette loi parce que c'est cette loi qui allait orienter toute l'action par rapport à ce que nous devrions faire. Du coup, nous nous sommes mis à travailler avec le Parlement et au mois de novembre de l'année passée, le Parlement a voté cette loi organique qui nous donne maintenant les orientations claires sur ce qu'on doit faire en termes de promotion des droits, en termes de protection de ces personnes et par rapport à leur inclusion sociale. Selon l'étude et les informations que nous avons reçues de l'étude, pour les sortir de la mendicité, il faut tenir compte de leurs réalités.

 

On est à une année des prochaines élections en République démocratique du Congo. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire aujourd'hui par rapport à la participation des femmes en politique dans votre pays?

Pour ce qui est de la participation politique de la femme, c'est une des grandes priorités de notre gouvernement. Le président a innové en ce qui concerne le taux de participation des femmes. Pour la toute première fois, les femmes atteignent 27 % de participation au niveau du gouvernement central.

 

Mais la Constitution prévoit 50 %...

Tout à fait. La Constitution prévoit 50 %. Mais vous savez, il y a beaucoup de pesanteurs pour arriver à ces 50 %. C'est pourquoi même, nous les femmes, qui avons demandé qui est que parité, nous avons encore dit qu'on va y aller par paliers. Et avant l'arrivée du président Félix Tshisekedi, on n'arrivait même pas à 10 %. Mais sa volonté manifeste a fait qu'il a relevé les taux jusqu'à 27% et nous sommes en train d'aller vers les 30 % prévus au niveau de la SADC et après nous pourrons voir comment arriver à 50%. Il faut travailler sur tous les défis, les défis de l'éducation, de l'alphabétisation de la femme, de la formation. Donc tout ça, ce sont des défis.

Pour revenir sur la question de la participation politique, ça, c'est la participation dans les postes de nominatifs. Mais pour ce qui est des élections, il y a aussi un grand travail qui est en train d'être fait avec la Céni pour que la Céni puisse apprendre à prendre en compte les préoccupations des femmes. Les femmes ont toujours participé dans les élections de manière massive, mais elles n'arrivent pas à se retrouver quand on donne les résultats, c'est toujours moins de dix ou 20 % de femmes [qui sont élues]. Alors il y a un travail qui est en train d'être fait. On est en train de mettre en place les cadres de concertation entre les femmes congolaises et la Céni. Et il y a aussi un accompagnement du gouvernement à travers le ministère du Genre pour voir comment on va rendre effective la présence des femmes dans les assemblées délibérantes de notre pays.

Mais je dois aussi revenir sur les personnes avec handicap parce que parmi ces personnes, il y a aussi des femmes. Et nous, au niveau du gouvernement, on travaille en regardant la femme dans sa globalité. C'est-à-dire pas seulement les femmes intellectuelles, les femmes de milieu urbain, mais on considère aussi la femme au niveau de la base, la femme rurale. Et on voit aussi les catégories de femmes qui souffrent d'une double marginalisation, comme les femmes avec handicap.

Avant de venir ici, j'ai eu à organiser pour le compte du gouvernement un atelier avec la Céni et la participation d'autres partenaires sur la prise en compte de la donne "handicap" dans le processus électoral. C'était pour interpeller la Ceni et tous les autres acteurs. Il y a les partis politiques aussi qui doivent savoir comment ils doivent aligner les femmes et aussi les personnes avec handicap. Parce que nous, on n'est pas venu pour accompagner les autres, mais on est venu pour être des partenaires des autres.

Merci beaucoup, Madame la ministre.