En Allemagne, à l’Est on travaille plus ... pour gagner moins / Un spectacle pour décoloniser corps et esprits à Berlin | Vu d′Allemagne | DW | 22.08.2018
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Vu d'Allemagne

En Allemagne, à l’Est on travaille plus ... pour gagner moins / Un spectacle pour décoloniser corps et esprits à Berlin

Le phénomène n’est pas nouveau mais est confirmé cette semaine par de nouvelles données : les travailleurs des régions de l’est de l’Allemagne travaillent plus qu’à l’Ouest en moyenne, et ils gagnent moins. Dans ce magazine aussi : le spectacle époustouflant de l’artiste zimbabwéenne Nora Chipaumire lors du festival Tanz im August à Berlin.

Écouter l'audio 12:53

"Travailler plus pour gagner moins". Si c’était un slogan politique, on dirait certainement qu’il est mauvais, voire de très mauvais goût … En Allemagne cela illustre une réalité pas nouvelle, mais qui se confirme encore vingt-sept ans après la réunification avec des nouveaux chiffres publiés cette semaine : les travailleurs des anciennes régions à l’Est, l'ancienne partie communiste, gagnent en moyenne moins d’argent que ceux de l’Ouest, alors même qu’ils passent sur une année plus de temps à travailler.

Les chiffres sont clairs : une différence de 5000€ par an, 16% de moins. On parle là de salaires bruts, avant les impôts et autres cotisations sociales, mais la différence est tout de même très importante. D'autant que, dans le même temps, les statistiques montrent qu'on travaille en moyenne 67 heures de plus à l'Est, qu'à l'Ouest, ou une petite dizaine de jours de travail en plus par an. 

Tissu économique différent

Des chiffres surprenants mais qui ne sont pas nouveaux. Ils s'expliquent d'abord par la différence de tissu économique entre les anciens et nouveaux Länder.

"Quand le mur est tombé, l'industrie est-allemande s'est effondrée parce que les produits de l'Allemagne de l'Est ne se vendaient plus dans les pays comme la Pologne, la Tchéquie, etc ... C'est parce que ces pays devaient payer en Marks de l'Ouest, et donc ils ne pouvaient payer. Et les produits de l'Allemagne de l'Est ne se vendaient pas à l'Ouest non plus, car ils n'étaient pas assez bons", explique Brigitte Lestrade, professeure émérite de civilisation allemande contemporaine à l'université de Cergy Pontoise en France, et née en Allemagne. 

"Aujourd'hui vous avez un tissu d'activités relativement important à l'Est, mais ce sont des petites entreprises, des artisans. Vous avez très peu de grosses entreprises. Il est vrai qu'il y a des endroits, autour de Dresde, de Leipzig, où on voit une renaissance de la structure économique de ces Länder de l'Est. Mais globalement, il y a encore de gros problèmes de tissu économique", poursuit Brigitte Lestrade. 

La question démographique

La question de la démographie est aussi très importante. Des milliers de personnes sont parties des anciennes régions à l'est après la chute du mur en 1989 et la densité de population est encore aujourd'hui beaucoup plus basse à l'Est qu'à l'Ouest. En Allemagne ou ailleurs dans le monde, les régions les moins peuplées sont toujours moins performantes économiquement et les salaires ont donc tendance à être plus bas. 

Un coût de la vie inférieur ?

Equal Pay Day-Aktion in Berlin (picture-alliance/dpa/S. Pilick)

"Même travail, même salaire". La revendication n'est pas nouvelle en Allemagne. Ici une manifestation à Berlin, en 2015.

Ces différences de salaire, souvent critiquées, sont parfois justifiées par certains, affirmant que le coût de la vie serait plus bas à l'Est qu'à l'Ouest. Un argument qui met en colère Sabine Zimmermann, député de la région de Saxe et spécialiste des questions sociales du parti de gauche allemand Die Linke. "Les loyers ont aussi beaucoup augmenté chez nous à l'Est. C'est pour ça que ce n'est absolument pas un argument ! Le sel, le sucre ou les carburants ont les mêmes prix ici et parfois même sont plus chers ! C'est pourquoi je suis convaincu que les gens doivent avoir les mêmes salaires, mais ils ont stagné ici les dernières années", explique-t-elle. 

Le parti de gauche demande au gouvernement d'augmenter le salaire minimu -introduit en 2015 en Allemagne- à 12€ brut de l'heure, car plus nombreux sont les salariés au SMIC à l'Est. Un salaire minimum qui augmentera déjà un peu plus de 9€ de l'heure brut (9,35€) en janvier prochain, contre 8,84€ aujourd'hui.

Pénurie de travailleurs

Et puis il faut une réelle volonté politique aussi pour la député. Certains fonctionnaires ou employés régionaux, comme les professeurs par exemple, gagnent moins bien à l'Est qu'à l'Ouest quand ils sont payés par des ministères régionaux. Il n'est donc pas rare, dans la fonction publique comme dans d'autres secteurs, qu'on manque de bras, car les jeunes s'en vont gagner leur vie ailleurs. 

"On a dans la Saxe BMW, Porsche, VW et chez VW par exemple les salaires sont encore différents et les gens travaillent plus ! C'est injuste ! Les gens font partie de la République fédérale au même titre que quelqu'un du Bayern, du Bad Wurtemberg ou du Schleswig-Holstein", martèle la députée. Pour elle c'est une question financière, mais aussi morale. "C'est important aussi pour que les gens ne se sentent pas comme des travailleurs de seconde classe."

Deutschland Ausbildung zur Hebamme (picture-alliance/dpa)

Dans certains instituts de formation de l'Est, pour faire face à la pénurie, il y a parfois plus d'étrangers que d'étudiants allemands.

Mesures gouvernementales

Le dernier gouvernement, dans son contrat de coalition, a inscrit plusieurs mesures pour tenter de gommer les différences de salaire entre l'Est et l'Ouest. D'autres mesures ont déjà été prises par le passé. "Les retraites augmentent déjà tous les ans depuis 3 ou 4 ans, dans les deux parties de l'Allemagne et les retraités de l'Est bénéficient d'un accroissement plus important que ceux de l'Ouest", explique Brigitte Lestrade. "D'ici deux ou trois ans, les retraités seront réellement traités de la même manière à l'Est et à l'Ouest.

La professeure veut croire à des avancées dans les années à venir. "Un contrat de coalition est quelque-chose de très important en Allemagne. Le dernier gouvernement avait rempli 80% de ses objectifs." Le sujet ne sera de toute façon oublié par personne alors que l'Allemagne s'apprête, en 2020, à fêter les 30 ans de la réunification. 

 

Un spectacle pour décoloniser les corps et les esprits à Berlin 

Le festival international de danse contemporaine "Tanz im August" se déroule du 10 août au 2 septembre 2018 dans la capitale allemande. Un festival marqué cette année par la présence de la chorégraphe zimbabwéenne Nora Chipaumire. Elle est la seule chorégraphe africaine de la 30e édition du festival. Mais sa présence se veut militante et ses représentations devraient marquer les spectateurs.

La danseuse aborde les maux de la colonisation en Afrique, et ce qu’elle a infligé au corps noir. Le spectacle met en scène le père de Nora Chipaumire. Un père qui se lance dans une bataille contre les stéréotypes qui lui collent à la peau. Vu d'Allemagne part à la découverte de ce spectacle époustouflant, "Portrait of myself as my father", avec le reportage d'Aimie Eliot à découvrir dans la seconde partie de ce magazine. 

 

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