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"Décoloniser, cela signifie abandonner certains privilèges"

24 mars 2022

Nanette Snoep, directrice du musée ethnologique de Cologne, le Rautenstrauch-Joest-Museum, en interview sur la nécessité de rendre aux Africains leur patrimoine culturel spolié durant la colonisation allemande.

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Des bronzes du Bénin au Rautenstrauch-Joest-Museum
Des bronzes du Bénin au Rautenstrauch-Joest-MuseumImage : Johan von Mirbach/DW

Les musées allemands possèdent aussi beaucoup d’œuvres d’art en provenance d'Afrique. Ces œuvres très variées se comptent par dizaines de milliers dans les collections des musées ethnographiques. Elles proviennent pour la plupart du Togo, du Cameroun et d’autres anciennes colonies allemandes. Mais pas seulement.

C'est d'ailleurs la restitution au Nigeria de bronzes du royaume du Bénin qui est au cœur des réflexions en ce moment en Allemagne car cette restitution devrait commencer dès cette année. L'Allemagne a déjà rendu par ailleurs des objets et des ossements volés durant l'ère coloniale aux Héréros de Namibie.

>>> Lire aussi : Restitution du patrimoine culturel africain : "L'idéal est toujours de collaborer avec les spécialistes des pays d'origine"

Mais tous les musées allemands n'ont pas le même point de vue sur ces restitutions qui peuvent leur poser des problèmes d'ordre logistique notamment. Nanette Snoep dirige le musée ethnographique de Cologne, le Rautenstrauch Joest Museum. Et elle défend depuis longtemps l'idée que les œuvres spoliées doivent être rendues à leur pays ou communauté d'origine.

Ecoutez ci-contre l'entretien qu'elle a accordé à Sandrine Blanchard et Wendy Bashi :

Nanette Snoep, directrice du musée Rautenstrauch-Joest

"Bien évidemment, chaque institution a sa personnalité et son propre positionnement. 

Moi même, en tant que directrice, ça fait des années que je me bats pour la restitution. Donc qu'est-ce qu'on fait? Bien évidemment, on doit procéder à des inventaires pour vraiment bien identifier quelle est la part de nos collections qui a été effectivement pillée dans ce contexte de violence coloniale.  

Personnellement, en tant que directrice, je considère fait tout objet et toute œuvre d'art qui a été acquis pendant la colonisation est entré dans nos collections de manière illégale. 

Biens pillés au Togo : "Le seul acte à poser est les rendre"

On essaye d’instaurer des coopérations avec des musées aussi sur le continent africain. C'est vraiment une nouvelle façon de travailler pour les gens des musées. C’est un vrai changement. Il y a beaucoup de directeurs du musée aussi, issus d’une nouvelle génération où les gens savent que si nous voulons maintenir nos musées à l’avenir, il faut accepter la restitution et cette nouvelle éthique. 

La Fondation pour le patrimoine prussien notamment avait plaidé pour une numérisation de certaines œuvres pour les mettre sur Internet et les rendre accessibles à tous. Est-ce que vous pensez que c'est une alternative possible?

Je ne pense pas que, en tant que pays ex-colonisateur, on puisse dire : “Voilà on met ça sur Internet et c’est notre alternative à la restitution”. Je crois que ce n'est pas la bonne direction. Rendre accessible, bien évidemment, mais moi je vois cela comme une obligation. C'est la moindre des choses que les institutions puissent faire en fait."