Discours de haine dans les rues d′Allemagne // Des objets d′art africains chuchotent leur histoire | Vu d′Allemagne | DW | 12.09.2018
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Vu d'Allemagne

Discours de haine dans les rues d'Allemagne // Des objets d'art africains chuchotent leur histoire

Ces jours-ci, on entend des paroles telles que "guerre de races", "national-socialisme, maintenant!" dans des manifestations dans l'est de l'Allemagne. Jusqu'où les néonazis auront-ils voix au chapitre ? // Au musée ethnographique de Leipzig, une exposition raconte le passé trouble des œuvres issues de la période coloniale.

Écouter l'audio 12:37

À première vue, Köthen est une petite bourgade idyllique.

Sur son site web, la ville d'environ 30.000 habitants, située dans la région de Saxe-Anhalt, présente avec fierté son patrimoine culturel, et vante notamment le séjour qu'y a passé le compositeur allemand Johann Sebastian Bach, entre 1717 et 1723... Bach dont vous entendez une des célèbres suites pour violoncelle.

La mascotte de la ville, "Halli", invite les visiteurs à découvrir églises, châteaux et autres sites historiques rénovés depuis la réunification de l'Allemagne.

Depuis le 9 septembre, c'est pourtant une autre image de Köthen qui fait la une, suite à la mort d'un jeune habitant de 22 ans après une altercation impliquant deux réfugiés afghans.

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, un Allemand de 22 ans est mort d'un arrêt cardiaque. Peu de temps auparavant, il avait été impliqué dans une altercation, au cours de laquelle la police a arrêté deux ressortissants afghans.

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, un Allemand de 22 ans est mort d'un arrêt cardiaque. Peu de temps auparavant, il avait été impliqué dans une altercation sur cette aire de jeu, au cours de laquelle la police a arrêté deux ressortissants afghans.

Alors que l'attention médiatique était concentrée sur Chemnitz, autre ville de l'est où un incident similaire a entraîné des débordements xénophobes, les projecteurs se sont braqués vers Köthen.

Des groupes d'extrême-droite de la région se sont invités à une manifestation organisée en mémoire du jeune décédé. Et les pittoresques rues de la ville ont résonné aux cris de néonazis clamant leur souhait de voir revenir "le national-socialisme maintenant!" – une séquence filmée et partagée sur les réseaux sociaux par le correspondant du quotidien français Le Monde…

Une autre séquence a fait le tour de la Toile: un discours du représentant du mouvement islamophobe Pegida en Thuringe, David Köckert, devant une centaine de personnes manifestement acquises à sa cause.

Cet ancien membre du parti d'extrême-droite NPD, qui porte un tatouage nazi sur le visage, a déjà été condamné dans le passé pour incitation à la haine.

Liberté d'expression ou incitation à la haine

Dans sa tribune, notamment filmée par un journaliste du site Buzzfeed (voir lien ci-dessous), il évoque le risque d'islamisation de l'Allemagne, la disparition de la race blanche dans le monde ou encore dénonce une "presse mensongère anti-allemande".

David Köckert, ancien membre du NPD et leader du mouvement islamophobe Thügida

David Köckert, ancien membre du NPD et leader du mouvement islamophobe Thügida

Tous les ingrédients du discours de l'extrême-droite sont réunis, et pourtant David Köckert a pu parler librement, sans être inquiété par la police. La constitution allemande lui assure la liberté d'expression:

"Article 5 de la Loi fondamentale: Chacun a le droit d'exprimer et de diffuser librement son opinion par la parole, par l'écrit et par l'image, et de s'informer sans entraves aux sources accessibles au public."

Parallèlement, le code pénal allemand punit de trois mois à cinq ans de prison toute personne qui, "de manière susceptible à troubler l'ordre public, incite à la haine, à la violence ou à l'arbitraire contre un groupe national, racial, religieux ou ethnique, contre une partie de la population ou contre un individu en raison de son appartenance à un groupe ou à une partie de la population".

La police a peu de marge de manœuvre

Michael Meyer-Resende est spécialiste en droit constitutionnel et président de Democracy Reporting International, une organisation de la société civile qui s'engage pour la défense des valeurs démocratiques. Il explique les difficultés des autorités à réagir dans ce genre de situation.

Des renforts venus d'autres régions ont été déployés à Köthen

Des renforts venus d'autres régions ont été déployés à Köthen

"Le point de départ, c'est la liberté d'expression. Cela signifie que chacun a le droit de dire ce qu'il veut. Alors attendre des policiers qu'ils comprennent rapidement qu'il s'agit d'un discours haineux et qu'ils prennent d'assaut l'assemblée, retirent le micro des mains de l'orateur et dispersent la manifestation, c'est trop demander."

Contrairement à Chemnitz où elle avait été débordée, la police a été déployée dès le début en masse et de manière bien visible à Köthen. Les forces de l'ordre ne sont toutefois pas intervenues pour empêcher les paroles extrémistes. Une retenue que Michael Meyer-Resende comprend, sans toutefois l'approuver:

"La question se pose de savoir si la police a suffisamment de ressources à sa disposition pour enregistrer les données personnelles de ces personnes, engager une procédure et éventuellement les arrêter directement. À partir du moment où la police sait qui sont ces personnes, elle peut les arrêter même plus tard. La police se trouve prise entre deux feux car les policiers sur place sont aussi là pour garder un œil sur l'ensemble de la manifestation et non pas seulement pour empêcher des délits concrets."

Si les responsabilités ne peuvent être établies qu'après coup, les autorités ont besoin de preuves et de témoins. À Chemnitz comme à Köthen, les journalistes ont de plus en plus de mal à faire leur travail correctement.

Plusieurs rapportent avoir été pris à partie par des manifestants, dont le slogan récurrent est "Lügenpresse" - "presse mensongère".

Mais leur comptes-rendus peuvent fournir des preuves à la police que les discours de haine proférés en pleine rue outrepassent largement la liberté d'expression.

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À Leizpzig, une exposition met le doigt sur la méconnaissance des collections coloniales allemandes

Le musée Grassi renferme 45.000 œuvres d'art du continent africain

Le musée Grassi renferme 45.000 œuvres d'art du continent africain

Fin août, une cérémonie a eu lieu à Berlin en présence d'une délégation venue de Namibie, représentant les peuples Héréro et Nama.

Cérémonie au cours de laquelle la secrétaire d'État aux Affaires étrangères Michelle Müntefering a présenté des excuses pour les crimes commis pendant la période coloniale - même si le terme de génocide a soigneusement été évité.

À cette occasion, l'Allemagne a remis à la Namibie des ossements dérobés à l'époque par des colons, à des fins de recherche ou d'exposition.

En mai dernier, la Fédération des musées allemands a par ailleurs publié un guide pour le traitement des œuvres issues de contextes coloniaux. Des bourses de recherche ont été instaurées...

Les mesures visent à inciter les collections allemandes à lever le voile sur la provenance des œuvres qu'elles exposent. À Leipzig, la conservatrice du musée ethnographique Grassi travaille, elle, depuis plus de trois ans déjà, à la refonte de l'exposition de ses collections africaines.

Dans sa nouvelle exposition temporaire "Werkstatt-Prolog" aborde le passé trouble des collections du musée, dont une grande partie résulte de pillages. L'objectif étant de sensibiliser le public. Visite des lieux en compagnie de la spécialiste, avec notre correspondante Aimie Éliot.

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