Des jeunes tunisiens et allemands chantent leur Mélodie de la vie | Vu d′Allemagne | DW | 19.12.2018
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Vu d'Allemagne

Des jeunes tunisiens et allemands chantent leur Mélodie de la vie

Quand des élèves de Brême et de Tunis se retrouvent sur scène, le temps d'un concert, accompagnés par un orchestre germano-tunisien... Dans Vu d'Allemagne, cette semaine, rencontre musicale et amicale entre deux mondes pas si différents ! Installez-vous confortablement dans votre fauteuil d'orchestre, le concert va commencer… Willkommen… Marh'bè bíkoum !

Écouter l'audio 14:40

"Bienvenue au laboratoire du futur de la Kammerphilharmonie de Brême, j'ai toujours dit jusqu'ici que c'était un lieu unique… je ne peux plus le dire parce qu'il y a maintenant aussi à Tunis un laboratoire du futur."

La voix que vous entendez, c’est Albert Schmitt, le directeur de la Deutsche Kammerphilharmonie ou DDKB, un orchestre professionnel installé à Brême, dans le nord de l'Allemagne. 

Le "laboratoire du futur" dont il parle existe depuis une dizaine d'années, lorsque que l’orchestre DDKB a élu domicile dans le quartier de Tenever, un des plus défavorisés de la ville, plus précisément dans l’école Gesamtschule Bremen-Ost. 

Depuis ce temps, les musiciens du DDKB tiennent leurs répétitions et une partie de leurs concerts dans l’école. Une simple porte les sépare des salles de classe, et les élèves peuvent aller et venir à loisir entre les deux. 

Hans-Martin Utz, directeur de la Gesamtschule Bremen-Ost, a accompagné le projet depuis ses débuts:

"C'est tout un bouquet de possibilités qui a émergé. Nous avions déjà un profil musical donc c'était déjà bien, le sérieux et les possibilités se sont multipliés. C'est une communauté basée sur le bien-être et on profite les uns des autres. C'est calme, c'est paisible, c'est une ambiance joyeuse, on ne peut pas imaginer mieux." 

Cette semaine-là, le Laboratoire du Futur accueille son petit frère tunisien, le "Future Lab Tunisia", créé fin 2017 à Tunis sur le même modèle.

Le 21ème concert Mélodie de la Vie a réuni sur scène des élèves et musiciens d'Allemagne et de Tunisie

Le 21ème concert Mélodie de la Vie a réuni sur scène des élèves et musiciens d'Allemagne et de Tunisie

Pour la première fois, 15 élèves du collège Ibn Khaldoun de la Manouba, ainsi qu'une vingtaine de musiciens de l'orchestre national de Tunisie, ont traversé la Méditerranée pour participer à une semaine d'échange et à un concert commun, intitulé la "Mélodie de la Vie" et dont c'est la 21ème édition.

Le concert démarre dans quelques minutes, et l'ambiance est plutôt détendue dans la salle de répétition des élèves tunisiens. Manel Khemiri fait partie de l'équipe d'encadrement. Elle est, entre autres, chargée d'accorder les violons.

"C’est toujours génial de découvrir une autre civilisation, de faire partager la musique parce qu’il n’y a pas de limite, pas de langue qui sépare… La musique c'est s’évader… les gens applaudissent très fort d'ailleurs."

Pendant les trois heures qui suivent, solistes et choristes des deux pays se succèdent sur scène pour raconter, en paroles et en musique, les petits et grands événements qu'ils ont vécus ou simplement leurs souhaits et leurs rêves, accompagnés au piano par le compositeur Marc Scheibe et tout un orchestre professionnel.  

Les émois d'adolescents exprimés en musique

Les chansons parlent d'amitié ou d'amours déçues, mais aussi d'espoir. Saskia, 15 ans, raconte par exemple sa rupture avec son amoureux. Elle ne "reviendra pas".

"Je voulais raconter comment je me sentais à ce moment... et je me suis assise dans ma chambre et j'ai écrit sur cette histoire. J'étais un peu négative alors ça m'a aidée à remonter la pente."

Dewi, elle, a 13 ans. Avec son amie Kiara, elle ont interprété ce soir "Dich muss ich erfinden""Je devrais t'inventer"

Elles chantent qu'elles se sont disputées à cause d'un garçon, mais que leur amitié a triomphé. Dans le refrain, elles disent vouloir parcourir le monde ensemble à la découverte de mille merveilles.

"On a commencé par chercher des rimes et puis on a regardé ce qui correspondait à ce qu'on vivait et ce qu'on pouvait mettre dans la chanson. Ensuite, Marc a composé une mélodie sur les paroles et on l'a chantée ensemble."

Dewi apprécie la rencontre avec les jeunes Tunisiens, même si la communication n'est pas toujours facile. Mais ce qu'elle admire particulièrement, c'est la musique qu'ils ont apportée dans leurs bagages.

"Elle est très belle, très variée, pas monotone comme la musique allemande. Il n'y a pas un battement qui se répète, c'est plus libre."

Sabri Mili, accompagné sur scène par la chorale des élèves tunisiens

Sabri Mili, accompagné sur scène par la chorale des élèves tunisiens

Parmi les chansons qu'interprètent les jeunes solistes tunisiens, Sabri 14 ans chante son admiration pour une jeune fille qui l'a "ensorcelé" par ses yeux. 

C'est son amie Mariem, d'un an son aînée, qui en a composé les paroles:

"La fille est très belle, les yeux sont très formidables… c'est une chanson d’amour joyeuse… la fille très belle, très jolie, attire les hommes…"

Mohamed Lassoued est chef de l'orchestre national de Tunisie et aussi directeur artistique de Future Lab Tunisia. Il est fier du travail accompli par ses élèves en si peu de temps.

"Ils ont beaucoup travaillé. Surtout quand on parle de violons, de violoncelles, ce sont des instruments qui ne sont pas faciles à jouer, à maîtriser aussi rapidement. Mais en quelques mois déjà, ils arrivent à jouer avec l'orchestre national et le DDKB, c'est vraiment quelque chose de très honorable."  

Rencontre entre deux univers musicaux

Il n'y a pas que les élèves dont Mohamed Lassoued peut être fier. Pour les musiciens des deux orchestres, la rencontre a été un défi musical. Juliane Bruckmann est violoncelliste au DDKB:

"Il y a d'énormes différences dans la notation et dans la manière dont on joue les morceaux… Les liaisons sont différentes de ce qui est écrit sur la partition… il y a partout des trilles, des glissandi et autres effets de style… Les musiciens nous ont montré comment on les jouait et j'ai été très surprise de la sonorité, qui a son charme. Et c'est super d'improviser, on n'a pas beaucoup d'occasions de ce genre avec notre musique classique."

Certains musiciens allemands et tunisiens ont redécouvert leur instrument en échangeant avec leurs collègues

Certains musiciens allemands et tunisiens ont redécouvert leur instrument en échangeant avec leurs collègues

Une des difficultés rencontrées par les musiciens allemands : le quart de ton, qui ne figure pas sur la gamme occidentale. Et il faut d'abord l'entendre pour le comprendre, explique Manel Khemiri, l'accordeuse de violon:

"L’occidental c’est avec une gamme. Nous on n’a pas de gamme, on a des modes… C’est tout un esprit de la musique, et ça varie selon l'endroit. En Tunisie on a le mode H'sin, au Moyen-Orient ça s’appelle autrement, donc c'est relatif à la localisation."

Les musiciens des deux orchestres ont beaucoup tiré de cet échange, se félicite le chef d'orchestre Mohamed Lassoued.

"Pour la Mélodie de la vie, on a essayé de faire des arrangements qui s'adaptent à la musique classique occidentale, avec une écriture harmonique des arrangements adaptée à la formation orchestrale occidentale, surtout pour les cuivres, vents et la rythmique. Je vois qu'on a réussi."

Future Lab Tunisia

C'est une rencontre entre Albert Schmitt, le directeur du DDKB, et celui d'une fondation tunisienne, Kamel Lazaar, qui a donné naissance à la réplique du laboratoire du futur en Tunisie. 

Comme à Brême, il a fallu à la fois un orchestre et une équipe pédagogique prêts à relever le défi de faire cohabiter dans un espace commun des élèves et des musiciens professionnels. Et un coup de pouce du ministère allemand des Affaires étrangères.

Ranim Sfarxi, 16 ans, est une des élèves qui s'est engagée avec passion dans le projet. Elle est emballée par l'apprentissage du violon avec les musiciens de l'orchestre national de Tunisie.

"C'est tellement intéressant. J'aime vraiment faire partie de ce projet et faire des choses extraordinaires avec eux, d'apprendre le violon avec eux. C'est une super expérience et j'ai tellement appris."

Albert Schmitt, lui, ne revient toujours pas du succès du Future Lab Tunisia.

"Nous avons l'impression que les élèves tunisiens sont encore plus demandeurs de ce que nous leur proposons. Qu'ils se jettent dans ce projet sans condition et avec encore plus de détermination. Ils apprennent à un rythme fou. Les enfants se pressent le nez contre la vitre quand il se passe quelque chose à l'intérieur des salles, c'est inimaginable."

Les musiciens de Future Lab Tunisia, futurs professionnels?

Les musiciens de Future Lab Tunisia, futurs professionnels?

Le directeur de l'orchestre de Brême a vu de ses propres yeux les bénéfices du projet musical pour les élèves et le quartier tout entier. Il se souvient notamment de cet élève en échec scolaire et qui était à deux doigts d'abandonner l'école:

"Personne ne savait comment faire. Et quand il a participé à notre Mélodie de la Vie, il s'est épanoui. Il a vu qu'il pouvait exprimer des choses à travers la  musique qu'il ne pouvait pas exprimer par manque de connaissances linguistiques. Il est sorti changé de cette expérience, il a passé ses examens, pris sa vie en main, grâce à ce travail."

Se prendre en main et décider du cours de sa vie, c'est la philosophie qui est derrière le laboratoire du futur. Et derrière sa version tunisienne. Mohamed Lassoued est plein d'optimisme pour la suite du projet.

"Le rêve commence à se réaliser: des professeurs, des musiciens de l'orchestre, de tous les éléments qui ont fait de ce projet une réussite. Je sens beaucoup de bonheur. Il y a une sensation qu'on est en train de construire quelque chose de très grand."

Le projet Futur Lab Tunisia verra-t-il émerger des vocations de musiciens professionnels chez les élèves de la Manouba?

Mohamed Lassoued en est persuadé. Lui-même a vu que la musique pouvait changer une vie, alors pourquoi pas celle de ses élèves?