De Leipzig à Kaboul, à bord d′un avion qui expulse des migrants vers l′Afghanistan | Le dilemme de la migration | DW | 12.08.2019
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Migration

De Leipzig à Kaboul, à bord d'un avion qui expulse des migrants vers l'Afghanistan

Des journalistes de l’agence de presse allemande DPA ont pu embarquer à bord d'un vol d’expulsion collective vers l’Afghanistan. Les montées à bord sont souvent houleuses et les opérations ultra-encadrées

Les expulsions collectives en avion vers l’Afghanistan sont très controversées en Allemagne. Beaucoup estiment que ce pays, régulièrement en proie aux attentats et aux attaques sanglantes, n’est pas sûr pour y renvoyer des demandeurs d’asile déboutés.

Pour la première fois, des journalistes de l’agence de presse allemande DPA ont eu accès à l’un de ces vols, au départ de Leipzig, dans l’est de l’Allemagne. Ils racontent comment se sont déroulées la préparation du voyage et l’arrivée des migrants expulsés.

1 - L'arrivée à l'aéroport

Pour se rendre à l'aéroport, les personnes expulsées - qui viennent de différentes régions allemandes - sont accompagnées de policiers locaux. Une fois arrivées, elles sont remises à la police fédérale qui les installe dans une salle d’attente, loin des voyageurs classiques et des activités régulières de l’aéroport. 

À l’aide de traducteurs, chaque migrant se voit expliquer la procédure à venir : la montée dans l'avion, le vol, l'arrivée. Ils sont ensuite contrôlés individuellement dans une pièce séparée de la salle d’attente. L’un des policiers qui a participé activement aux retours de plus de 3 000 personnes explique à la DPA que ces contrôles ne sont plaisants pour personne mais qu’ils font partie des procédures de routine. 

Pendant toute cette étape, la surveillance est totale. Même aller aux toilettes se fait uniquement accompagné d’un policier.

Les groupe se dirige ensuite vers un autre espace d’attente avant rejoindre l’avion en bus.

2 - La montée dans l'avion

Ce jour-là à Leipzig, 45 personnes vont prendre place à bord du Boeing 767 pour Kaboul, accompagnées de plus de 70 policiers. Ce vol charter ne prend aucun voyageur. Il ne transporte que les personnes expulsées. 

Une fois arrivé au pied de l’avion, chaque passager est escorté individuellement jusqu'à son siège par deux policiers. Ceux qui résistent et se débattent sont obligés de porter une sorte de camisole de force.

Les personnes qui continuent à résister sont assises à l’arrière de l'avion. Si les autorités ne fournissent aucun chiffre sur le nombre de personnes jugées "indisciplinées", le compte-rendu des journalistes de la DPA laisse penser qu’ils étaient plusieurs, ce jour-là, à se rebeller.

Lors de cette opération, les officiers de police portaient des équipements pour les protéger des crachats, notamment. La montée à bord est selon eux l’étape la plus délicate.

Malgré la particularité du vol, des hôtesses de l’air et des stewards se trouvent à bord de l'appareil. Selon les journalistes de la DPA, ils se comportent de manière professionnelle comme s’il s’agissait d’un vol classique. Aucune information personnelle sur les passagers ne leur est communiquée. 

3 - Le vol

Symbolbild - Abschiebung (picture-alliance/dpa/M. Kappeler)

Au moment du décollage ce jour-là, le silence s'est installé dans la cabine. Selon les journalistes, la plupart des passagers ont fini par se résigner à l’idée qu’ils ne pouvaient plus changer le cours des choses.

Le vol s'est déroulé ensuite de manière assez "normale". Le personnel navigant a distribué des coussins et des couvertures pour le confort des passagers. 

Ce vol charter est direct vers Kaboul, une singularité propre aux expulsions collectives. Les vols commerciaux sans escales n'existent pas entre l’Allemagne et l’Afghanistan.

4 - L'arrivée à Kaboul

Lors de sa descente vers Kaboul, l'avion survole les montagnes qui entourent la capitale afghane. 

L’atterrissage du Boeing est particulièrement surveillé et sécurisé. Plusieurs policiers descendent à toute vitesse de l’avion pour s’assurer qu’il n’y a aucune menace à extérieur : Kaboul continue à être le théâtre d’attaques et d’attentats suicides.

À la descente d'avion, les réactions des expulsés varient. Certains embrassent le tarmac pour célébrer leur retour chez eux. D’autres serrent avec indifférence la main du personnel de sécurité afghan en sachant que le retour en arrière est impossible.

Le groupe est ensuite emmené en bus vers le terminal où ont lieu de nouveaux contrôles d’identité. Chaque personne expulsée reçoit près de 150 euros des Nations Unies en arrivant. Cette somme est censée leur permettre de s’en sortir pendant les premiers jours à Kaboul. 

Un voyage sans imprévus

       

Parfois les vols sont compliquées, racontent les policiers. Matthias, un agent de 36 ans, se souvient de personnes expulsées qui se souillent délibérément pour rendre le voyage aussi pénible que possible. Un autre fois, Matthias a dû s'interposer pendant une bagarre.

Quelques heures après leur arrivée, les policiers remontent à bord pour repartir d’abord vers Tachkent en Ouzbékistan et permettre à l'avion de refaire le plein en carburant. La prochaine étape est Tbilisi en Géorgie pour permettre aux officiers de se reposer et de prendre un petit-déjeuner.

Sentiments partagés

La participation à ces vols charters se fait sur la base du volontariat. Il existe ainsi un groupe de 1 500 officiers à travers l’Allemagne prêt à accompagner les expulsions. D’autres acceptent le travail mais refusent de s'occuper des vols vers l’Afghanistan - pour des raisons de sécurité.

Matthias explique qu’il arrive que les policiers faisant le voyage pour Kaboul n’en parlent pas à leurs familles. Dans le même temps, certains officiers affirment que ces opérations sont désormais devenues une routine.

Pour d'autres policiers enfin, ces expériences sont très marquantes. Une officière chargée d’organiser la logistique de ces vols explique qu'elle reste hantée par le souvenir des personnes expulsées. "Nous aussi sommes juste des êtres humains. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que cela ne laisse pas des traces", confie cette officière qui préfère rester anonyme. "Je pense souvent aux familles expulsées dont les enfants ont grandi en Allemagne".