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"Les Guinéens aspirent à la démocratie" (Dansa Kourouma)

Bob Barry
15 juin 2022

https://p.dw.com/p/4CgzW

Interview exclusive de la DW avec le président du Conseil national de transition (CNT) de Guinée. Dans cet entretien, Dansa Kourouma revient sur les manifestations annoncées par l’opposition pour protester contre les 36 mois de transition proposés par le CNT. Mais le président du Parlement provisoire s'exprime d'abord sur les menaces de sanctions de la Cédéao qui pourraient être annoncées le 13 juillet, lors du prochain sommet prévu au Ghana.  Dansa Kourouma est interrogé par Bob Barry.

 

DW : Bonjour Monsieur le Président du Conseil National de Transition de Guinée, M. Dansa Kourouma.

Dansa Kourouma : Bonjour Monsieur. 


DW : Le CNT a validé 36 mois de transition, une période de transition que la Cédéao n'a pas encore validée. Ne craignez-vous pas des sanctions sévères de la part de l'organisation lors de son prochain sommet extraordinaire prévu le 13 juillet prochain au Ghana ?

Dansa Kourouma : Tout d'abord, le problème des sanctions n'est pas le problème de fond et la finalité des sanctions, c'est pour permettre le respect d'un certain nombre de règles convenues entre la Cédéao et la Guinée, mais aussi pour faire en sorte que les organes et les institutions de gouvernance tiennent compte de l'aspiration de la population. Pour moi, c'est la mission essentielle de la Cédéao.

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Alors les sanctions doivent s'appliquer dans un processus de transition voulu par les populations, face auxquelles la Cédéao n'a pas pu empêcher le président d'alors de changer unilatéralement la Constitution avec toute la légitimité qui y est liée. Qui a accompagné cette prise de pouvoir en Guinée? Il est donc fondamental que l'institution sous régionale comprenne que les sanctions sont contreproductives. 

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Quand on fait allusion au cas du Mali, on se rend compte que les sanctions ne peuvent pas résoudre le problème. La Guinée est un pays membre fondateur de la Cédéao, nous sommes ouverts au dialogue et chaque fois qu'il faut se retrouver pour discuter, on est disponible. Mais il faut tenir compte des besoins de la population. Les Guinéens aspirent à la démocratie et à des élections équitables.

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DW : Sur le plan politique interne, certaines formations de l'opposition, comme l'UFR de Sidya Touré et l'UFDG de Cellou Dalein Diallo, récusent les 36 mois adoptés par le CNT, dont vous êtes le président. Ne craignez-vous pas que le processus électoral soit entaché de contestations ?

Dansa Kourouma :  L'objectif final de la transition doit aboutir à des élections, mais il y  tout un ensemble de reformes et de refondation à faire pour permettre de garantir les conditions d'un retour à l'ordre constitutionnel. Donc les élections sont une étape du processus de refondation en cours et ce n'est pas le CNT qui est l'initiateur du chronogramme de la transition. 

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C'est le CNRD, après une large concertation avec les composantes sociopolitiques de la Guinée, qui a permis de proposer un avant-projet de chronogramme qui a été transmis au CNT en tant qu'organe législatif pour donner son avis. Et le CNT l'a fait à travers une résolution qui a été adoptée à la majorité des voix. Donc, si on tient compte du principe de la légitimité, ce chronogramme répond aux attentes de la majeure partie des Guinéens.


DW : Depuis la mise en place du CNT, avez-vous le sentiment que les choses bougent dans le sens du respect de ce calendrier électoral ?

Dansa Kourouma : Le calendrier électoral fait partie intégrante du chronogramme de la transition. Donc, nous estimons que si tous les acteurs accordent leurs violons et le temps, six mois permettront le retour à l'ordre constitutionnel, notamment l'adoption d'une Constitution, la mise en place d'un fichier électoral qui soit consensuel et l'organisation d'élections inclusives, transparentes et équitables qui mettront fin à la transition.

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Si les acteurs de la vie nationale acceptent de s'associer à cette transition et évitent de mener des activités qui peuvent perturber son déroulement normal, si on est capable de cet engagement responsable, je pense que les 36 mois passeront très vite et que la Guinée se dotera d'institutions solides après un processus électoral qui sera transparent, inclusif.

DW : Comment le CNT travaille-t-il pour doter la Guinée d'un fichier électoral fiable sachant que dans le passé ce document a été toujours très controversé ?

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Dansa Kourouma : Ce n'est pas au CNT de doter la Guinée d'un fichier électoral. Pour le moment, c'est la Constitution qui définira quel type d'organe va gérer les élections. Dans ce sens-là, le ministère de l'Administration du territoire a déjà, dans le chronogramme, précisé qu'il fera un recensement général de la population, mais aussi un recensement administratif à vocation civile. 
Si ces deux recensements sont conduits convenablement, la Guinée se dotera irrévocablement d'un fichier électoral qui résistera à la manipulation des hommes. Donc je pense que, pour l'instant, le travail du CNT, c'est de doter la Guinée d'une Constitution et d'une loi électorale avec tous les organes nécessaires pour arbitrer le processus électoral. 

DW : Pendant ce temps, il y a des menaces de manifestations que le Front national pour la défense de la constitution (FNDC) veut organiser contre les 36 mois de transition...

Dansa Kourouma : Le CNRD, qui est l'organe central de la transition, définit toutes les orientations en termes de politique sociale, économique et culturelle du pays.

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Par un communiqué officiel, les manifestations sont interdites sur la voie publique et ceux qui veulent manifester manifesteront dans le siège de leur organisation pour se faire entendre. Parce que ces manifestations s'accompagnent toujours de violences et de pertes en vies humaines. Nous voudrions mettre fin à ça définitivement.

DW : Merci beaucoup Monsieur le Président.

Dansa Kourouma : Je vous remercie.