Commémorations virtuelles pour les victimes du nazisme // Solidarité entre juifs et arabes en Israël face au coronavirus | Vu d′Allemagne | DW | 24.04.2020
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Vu d'Allemagne

Commémorations virtuelles pour les victimes du nazisme // Solidarité entre juifs et arabes en Israël face au coronavirus

Le calendrier des commémorations était bien rempli pour ce printemps 2020, 75 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et la libération des camps nazis. Mais le coronavirus a chamboulé les projets. Tour d'horizon des hommages virtuels aux victimes du nazisme. // À Jérusalem, en Israël, la pandémie a des effets positifs sur le vivre ensemble entre juifs et arabes. Reportage.

Écouter l'audio 15:43

Devant le mur d'enceinte de l'ancien camp de Ravensbrück, la cantatrice Mimi Sheffer égrène les noms des camps de concentration où six millions de victimes du nazisme ont perdu la vie pendant la Seconde guerre mondiale, avant de prononcer le Kaddish, la prière juive du deuil. C'est l'un des onze clips vidéos publiés sur le site du mémorial de Ravensbrück à l'occasion du 75ème anniversaire de la libération du camp, le 19 avril.

Des cérémonies sans invités ni public

Sur une photo, huit employés du mémorial de Ravensbrück déposent des fleurs dans le lac Schwedtsee qui borde les bâtiments. Ils sont alignés les uns à côté des autres mais respectent scrupuleusement la distance d'au moins un mètre cinquante requise contre le coronavirus.

Comme tous les camps de concentration libérés entre janvier et mai 1945 par les troupes alliées, ceux de Ravensbrück et de Sachsenhausen, situés dans le Brandebourg, avaient prévu un programme ambitieux pour marquer ce 75ème anniversaire. Mais les commémorations ont été réduites à de simples cérémonies qui se sont tenues sans invités ni public.

Le devoir de mémoire plus important que jamais

Environ 90.000 femmes ont été détenues à Ravensbrück entre 1939 et 1945. Des chambres à gaz ont été ajoutées en 1943. Un grand nombre de ces femmes, mais aussi d'enfants, y ont connu une mort atroce après avoir été torturés, notamment par des médecins nazis.

Lorsque la défaite nazie est devenue inéluctable, le camp a été évacué et la plupart des prisonnières envoyées vers d'autres camps dans ce qu'on a appelé les "marches de la mort"… Lorsque les troupes soviétiques sont entrées dans le camp le 30 avril 1945, elles n'ont trouvé qu'environ 3000 prisonnières malades, dont beaucoup sont mortes peu après.

75 ans plus tard, les témoins de ce passé douloureux sont de plus en plus rares. Mais pandémie ou pas, le devoir de mémoire est plus important que jamais dans cette partie de l'Allemagne où l'extrême-droite a le vent en poupe depuis quelques années.

Aux dernières élections régionales de septembre 2019, l'AfD a enregistré un de ses meilleurs scores dans le Brandebourg avec plus de 22% des voix.

Dans la même région, le mémorial de Sachsenhausen rappelle lui aussi pourtant les horreurs du passé. Plus de 200.000 personnes y ont été détenues, parmi lesquelles figuraient des adversaires du régime nazi, des juifs, des tsiganes, des homosexuels et des "asociaux", mais aussi des prisonniers de guerre de diverses nationalités.

La secrétaire d'Etat allemande à la Culture, Monika Grütters, seule, lors des commémoration à Ravensbrück

La secrétaire d'Etat allemande à la Culture, Monika Grütters, seule, lors des commémoration à Ravensbrück

Sur le site du mémorial de Sachsenhausen, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas met lui aussi en garde contre la diffamation de la mémoire: "Plus de 20 000 personnes ont perdu la vie dans le camp de concentration de Sachsenhausen. Si nous observions une minute de silence pour chacune d’entre elle, ce silence durerait deux semaines. Mais la lutte contre l'oubli ne peut pas être silencieuse. Si la commémoration est diffamée comme 'culte de la responsabilité', si les victimes sont considérées comme des bourreaux, en Allemagne et à l’étranger, les Allemands ne peuvent pas garder le silence."

L'Allemagne assure depuis le mois dernier la présidence de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste et s'est engagée dans ce cadre à "lutter contre ceux qui nient ou banalisent l'histoire de la Shoah".

Une chanson, interprétée par le groupe Moka Efti Orchestra dans une des anciennes baraques de prisonniers du camp de Sachsenhausen, conclut cette commémoration virtuelle de la libération des deux camps du Brandebourg.

À Buchenwald, une pétition en faveur de la responsabilité historique

Autre victime collatérale du Covid-19, le mémorial Buchenwald, en Thuringe, a également tenu à honorer son devoir de mémoire à l'occasion de l'anniversaire de la libération des camps de Buchenwald et Mittelbau-Dora, le 11 avril.

Il propose un site en trois langues sur lequel il publie – outre des témoignages vidéo – une "Déclaration de Thuringe" Il s'agit d'une pétition qui appelle à "préserver la responsabilité historique" et à "défendre la démocratie et les droits humains" face à la montée des extrêmes, en Allemagne et dans le monde.

Sur le site du mémorial de Bergen-Belsen, le témoignage d'Anita Lasker-Wallfisch fait lui aussi un lien entre le passé et le présent. Cette violoncelliste de 94 ans a survécu au camp d'extermination d'Auschwitz car elle faisait partie de l'orchestre de jeunes filles. Transférée en octobre 1944 à Bergen-Belsen, en Basse-Saxe, elle y est restée jusqu'à la libération du camp par les Britanniques, le 15 avril 1945.

Plus de 50 000 personnes sont mortes au camp de Bergen-Belsen. La plus célèbre est sans doute la jeune Anne Frank, dont le journal de bord a été traduit dans plus de 70 langues et est devenu un symbole des souffrances infligées par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Témoignage d'une survivante de Bergen-Belsen

Anita Lasker-Wallfisch témoigne depuis de nombreuses années de sa propre expérience, souvent dans des écoles, ou encore au Bundestag en 2018.

Dans une vidéo enregistrée depuis sa terrasse sur fond de chants d'oiseaux, elle raconte qu'après sa libération, sa haine de l'Allemagne était si forte qu'elle avait juré de ne plus jamais y retourner. Dans les années 1980, elle est revenue dans ce pays et a visité le site de Bergen-Belsen accompagnée d'un guide allemand.

Deux générations plus tard, Anita Lasker-Wallfisch appelle les jeunes à surmonter leurs préjugés pour se rendre compte qu'ils ont bien plus de choses en commun que ce qu'ils croient.

Anita Lasker-Wallfisch est une habituée des témoignages virtuels : elle a participé au projet "Dimensions in Testimony" de la US Shoah Foundation. Des témoins de l'Holocauste ont raconté leur histoire sous forme de questions-réponses, filmés par des caméras 3D.

→ Écouter aussi : Justin Sonder "C'était dément… Auschwitz ne doit jamais se reproduire" - Vu d'Allemagne du 29 janvier 2020

Le résultat est un entretien interactif entre le spectateur, qui peut naviguer entre les questions, et le témoin présenté par un hologramme. Anita Lasker-Wallfisch est ainsi "exposée" depuis le début de cette année au Musée technique de Berlin.

Les commémorations virtuelles vont se poursuivre ces prochaines semaines en Allemagne et dans les pays voisins comme l'Autriche où le mémorial de Mauthausen a même lancé une application mobile pour le 75ème anniversaire de sa libération, le 5 mai. Les cérémonies ont pour la plupart été reportées à 2021.

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Solidarité entre juifs et arabes en Israël face au coronavirus

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En Israël, la population entame péniblement, un deuxième mois de confinement. La ville de Jérusalem, recense le plus grand nombre de malades infectés par le coronavirus. Depuis le début de la pandémie, la population arabe de Jérusalem Est, moins bien informée, se sent négligée par les Autorités israéliennes et a du mal à suivre les mesures sanitaires.

Pourtant, face à la maladie, les différences entre Israéliens et Palestiniens semblent s’estomper. Individuelles ou collectives, des initiatives de solidarités spontanées émergent à tous les niveaux. Un reportage de notre correspondante Hélène Machline.

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Un magazine proposé par Anne Le Touzé et Hugo Flotat-Talon.