Cimetière naval en Inde : un sale travail lucratif | Coupe du monde de football 2018 | DW | 20.06.2011
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Mondial 2018

Cimetière naval en Inde : un sale travail lucratif

C'est à Alang, dans l'ouest de l'Inde que 40 % des bateaux bons pour la casse finissent leur vie. Environ 30 000 ouvriers y travaillent acutellement - dans des conditions souvent très critiquables

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Alang, le plus grand cimetière naval du monde

C'est un panorama étrange que découvre le visiteur en arrivant dans la petite commune d'Alang dans l'Etat fédéral indien du Gujarat, dans l'ouest du pays. Des épaves de transatlantiques et de cargos porte- conteneurs gisent les uns à côté des autres, certains à moitié éventrés, le long de la grève. Plus de 170 chantiers navals se pressent les uns contre les autres sur une douzaine de kilomètres du littoral. L'air est empesté d'odeurs nauséabondes, de relents de pétrole, de suies et de poussières. Une épaisse couche de liquide brunâtre flotte sur l'eau de mer.

Jusqu'à 30 000 ouvriers s'affairent sur les carcasses, la plupart ne portent même pas d'écouteurs de protection malgré le vacarme infernal des grues, des semi-remorques et de divers gros outillages. Kailash Sie travaille depuis 15 ans déjà à Alang.

„Je charge sur des camions des plaques d'acier découpées dans la carcasse des navires. Ces plaques sont très lourdes, entre 50 et 100 kilos et ont souvent des arêtes très coupantes. Mais Dieu soit loué il ne m'est encore rien arrivé de grave .“

Indien Wirtschaft Schiffsfriedhof Abwrackwerft Alang im Bundesstaat Gujarat

A Alang, un travailleur peut gagner jusqu'a 150 euros par mois

Des conditions de travail difficiles

Kailash Sie a 28 ans, mais en paraît 40. Ses vêtements de travail sont déjà trempés de sueur à 10 heures du matin. Seules trois petites pauses interrompent son labeur quotidien de douze heures.

Ce sont des hommes comme Kailash Sie, qui, adolescents encore quittent les Etats indiens les plus pauvres comme Bihar, Jharkhand, Orissa et Uttar Pradesh pour venir travailler à Alang dans l'espoir de pouvoir nourrir leurs grandes familles. Beaucoup ne savent ni lire, ni écrire. A Alang ils peuvent gagner jusqu'à 150 euros par mois ce qui représente beaucoup d'argent pour eux. Ils dorment dans des baraques provisoires construites en tôle ondulée il y a plus de deux décennies déjà, et souvent dépourvues d'eau courante.

Vipul Sanghavi est un avocat qui s'est spécialisé dans le droit du travail. Son bureau se trouve à Bhavnagar à une quarantaine de kilomètres d' Alang. Des piles de dossiers envahissent sa table de travail. Au cours des dernières vingt années, il a défendu devant les tribunaux des centaines d'ouvriers de ce qui est le plus grand cimetière naval du monde :

„Il y a souvent des accidents ou des explosions, parce que l'on commence à démanteler les navires avant d'avoir vidangé complètement tous les réservoirs de pétrole. En fait cela est illégal, mais les propriétaires des chantiers navals perdraient trop d'argent s'ils prenaient le temps de tout vidanger, cela durerait des jours et des jours. C'est pourquoi ils préfèrent graisser la patte aux services administratifs responsables pour obtenir une permission spéciale.“

Indien Wirtschaft Schiffsfriedhof Abwrackwerft Alang im Bundesstaat Gujarat

Les normes de sécurité définies par l'OIT sont bien souvent ignorées en Inde

L'avocat estime qu'au moins soixante ouvriers meurent chaque année dans une explosion ou un accident sur ce gigantesque cimetière naval. Très souvent, les normes de sécurité ne sont pas respectées alors que les ouvriers sont en contact avec des matières toxiques telles qu'amiante, arsenic, plomb et autres métaux lourds. Les chiffres officiels n'évoquent eux que quatre ou cinq morts.

Une question de survie

En Inde, les standards et normes de sécurité définis par l'OIT, l'Organisation Internationale du Travail, sont souvent délibérément ignorés. Et la justice indienne travaille très lentement pour faire appliquer la législation du Travail et les normes de sécurité internationales, une honte, estime l'avocat Vipul Sanghavi.

De toute façon il ne viendrait guère à l'esprit de la plupart des ouvriers d' Alang de déposer une plainte devant la justice pour mauvaises conditions de travail. Pour eux, il s'agit avant tout de survivre. 40 % des navires du monde sont encore démantelés à Alang. Mais les travailleurs d'Alang savent que la concurrence ne dort pas: Chittagong au Bangladesch et Gadani au Pakistan sont des cimetières de navires encore meilleur marché, et sans aucune norme de sécurité !

Auteur : Priya Esselborn, Philippe Pognan
Edition : Kossivi Tiassou

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