Cameroun : 200.000 déplacés internes ont fui les violences dans les deux régions anglophones | Afrique | DW | 01.10.2018
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Afrique

Cameroun : 200.000 déplacés internes ont fui les violences dans les deux régions anglophones

Ce 1er octobre marque le premier anniversaire de la proclamation symbolique de l'indépendance de l’Ambazonie au Cameroun. Les violences dans les zones anglophones ont contraint de nombreuses femmes à fuir.

Au Cameroun, c'est le 1er octobre 2017 que le leader indépendantiste Julius Sisiku Ayuk Tabe déclarait symboliquement l'indépendance de l'Ambazonie. Un an plus tard, au moins 200.000 déplacés internes ont fui les violences qui secoeunt les deux régions anglophones du pays. Parmi elles, des femmes, devenues la cible des séparatistes. Elles ont dû s’enfuir vers des villes francophones ou vers le Nigéria voisin. Reportage. 


Sur la véranda d’une maison qui grouille de voix d’enfants, FP - nous l'appelons ainsi pour préserver son anonymat -, une jeune femme proche de la quarantaine, affirme que sa tête vient d’être mise à prix. On lui reproche son activisme qui n’est rien de plus que faire connaître ce qui se passe dans les deux régions anglophones du Cameroun. "On est venu nous dire qu’on va nous tuer parce qu’on en fait trop, parce qu'on a écrit sur les réseaux sociaux. Mais on doit dire la vérité au monde, ce qui se passe réellement sur le terrain. On a fait en sorte de nous faire partir, ma fille et moi. Mon village est au nord-ouest. Il y en a certains qui sont dans les brousses là-bas, au nord-ouest. Il y en a d’autres qui ont fui, qui sont à Yaoundé. Ma famille est un peu partout", explique-t-elle.  

Des deplacés internes 

Ayant fui la région du Nord-Ouest pour celle du Sud-Ouest, puis pour Douala, où elle dort à même le sol avec quatorze autres personnes dans une chambre, FP vit dans l’angoisse. "La personne qui nous a donné cette chambre fait de son mieux, mais jusque-là ça ne va pas, parce que nourrir près de vingt personnes chez soi ce n’est pas facile. Donc maintenant, nous sommes obligés d’aller chercher une location et ce n’est pas aussi facile. En plus, on nous demande six mois d’avance de loyer."

Les enfants sont privés de l'école

FP est en compagnie de sa copine EF - qui souhaite aussi garder l'anonymat. Elle a également fui la région du Sud-Ouest avec sept enfants dont cinq enfants biologiques et deux autres qui ont perdu leurs parents dans la guerre. "Tous les sept ne vont pas à l’école. J’ai fait le tour pour me renseigner sur les frais de scolarité ici, c’est écœurant. Nous n’avons pas de maison, les enfants ne peuvent pas aller à l’école, se nourrir est très difficile. Le peu que nous avons, nous nous le partageons. Avant la crise, j'avais deux activités lucratives. J’étais la tête de proue de ma famille. Tout le monde comptait sur moi. Nous vivions une vie confortable". raconte-t-elle.

Assistance sociale

Avant de s’enfuir des régions anglophones pour devenir elles-mêmes des déplacées de guerre, les deux femmes essayaient par leurs propres moyens de porter secours aux déplacées, notamment aux femmes, dans les brousses de Kumba et Mamfé, où beaucoup d’entre elles accouchent dans les pires conditions. "Il y a pas de sages-femmes, elles utilisent juste des habits comme des sortes de matelas, des lames de rasoirs pour couper le cordon ombilical entre la mère et le nouveau-né. Ce n'est pas hygiénique. Ainsi, certains de ces enfants meurent avec leurs mères. D’autres parviennent à survivre. Mais c’est très triste."

FP et EF font partie des centaines de femmes qui ont manifesté à Bamenda le 29 août et Buea le 7 septembre pour demander le retour à la paix dans les régions anglophones du Cameroun.