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Le pape Benoît XVI aurait couvert des prêtres pédophiles

20 janvier 2022

Un rapport sur les abus sexuels au sein de l'Eglise estime que Joseph Ratzinger n'aurait ni dénoncé ni sanctionné des prêtres de son archevêché accusés d'abus sexuels.

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Alors archevêque de Munich, Joseph Ratzinger aurait failli à son devoir de surveillance dans au moins quatre cas de viols et abus sexuels commis par des ecclésiastiques
Alors archevêque de Munich, Joseph Ratzinger aurait failli à son devoir de surveillance dans au moins quatre cas de viols et abus sexuels commis par des ecclésiastiquesImage : Colin Edwards/imago images

L'archevêché de Munich et Freising, en Bavière, a chargé le cabinet d'avocat WSW de faire un rapport sur les abus sexuels commis par des prêtres catholiques entre 1945 et 2019. L'une des conclusions de ce rapport présenté ce matin fait polémique en Allemagne : le pape allemand démissionnaire Benoît XVI aurait couvert plusieurs prêtres violeurs.

Quatre cas suspects

L'ancien pape Benoît XVI est mis en cause dans quatre cas d'abus sexuels commis par des prêtres dans l'archevêché de Munich et Freising. Les faits remontent à l'époque où il s'appelait encore Joseph Ratzinger et était archevêque de Munich (entre 1977 et 1982), l'un des archevêchés les plus riches et donc les plus puissants d'Allemagne.

Présentation à la presse du rapport par les avocars du cabinet Westpfahl Spilker Wastl
Présentation à la presse du rapport par les avocars du cabinet Westpfahl Spilker WastlImage : Sven Hoppe/picture-alliance/dpa

Le futur souverain pontife n'aurait rien fait pour empêcher les viols ni même pour sanctionner les membres du clergé soupçonnés d'en être les auteurs.

Des dénégations peu crédibles

Benoît XVI a publié sa version des faits dans un document de 82 pages. Il y nie "strictement" toute responsabilité. Son biographe, Peter Seewald, a également pris sa défense et affirme qu'il n'existerait "aucune preuve d'une implication de [Joseph] Ratzinger".

Par ailleurs, Peter Seewald souligne que Joseph Ratzinger a lutté contre les abus en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis en tant que pape.

Selon lui, Benoît XVI aurait posé les jalons des poursuites contre les auteurs en introduisant une "politique de tolérance zéro" au sein de l'Eglise catholique.

Mais les avocats du cabinet WSW, chargés par l'Eglise d'établir le rapport présenté aujourd'hui [20.01.2022], ne voient pas les choses de la même façon.

Missbrauch in der katholischen Kirche, Symbolbild
Image : Jochen Lübke/picture alliance/dpa

Dans le cas de deux des prêtres que Joseph Ratzinger aurait couverts, selon les avocats, il se serait agi de récidivistes dont les crimes auraient aussi été attestés par la justice séculière.

Or ces deux membres du clergé ont été non seulement maintenus dans leurs fonctions mais aucune sanction interne n'aurait été prise contre eux. Joseph Ratzinger n'aurait pas montré d'intérêt "manifeste" pour les victimes.

Les avocats sont également persuadés que Joseph Ratzinger connaissait le passé de l'aumônier Peter H., muté en 1980 à Munich, en provenance de l'évêché d'Essen, dans la Ruhr.

A l'époque, Peter H. avait déjà été condamné pour pédophilie mais il a pu continuer en Bavière à violer des enfants sans être inquiété par sa hiérarchie.

Témoignage d'une victime

Markus Elstner est l'une des victimes de Peter H. Il se souvient parfaitement comment son calvaire a commencé, un jour où l'aumônier lui avait demandé de venir à la paroisse :

 "Il portait déjà son peignoir - il n'a pas eu à se déshabiller beaucoup. Il s'est assis à côté de moi sur le canapé et après quelques avances, les sévices ont commencé. Il m'a montré en quelques caresses comment faire. Ensuite, j'ai dû lui faire la même chose et lui faire une fellation."

Un tag vu sur un mur à Leipzig dénonce "l'amour du prochain" prôné par certains prêtres... bien loin des valeurs de l'Eglise
Un tag vu sur un mur à Leipzig dénonce "l'amour du prochain" prôné par certains prêtres... bien loin des valeurs de l'EgliseImage : Peter Endig/ZB/picture alliance

Suite à ces sévices, Markus Elstner, qui avait 12 ans, se remet à faire pipi au lit. Il se cache, il se met à boire.

Lorsque le clergé a vent de l'affaire, Peter H. est donc simplement été muté en Bavière, où il est censé suivre une thérapie. Mais il continue ses méfaits en toute impunité, sur de nombreux garçons.

Au mieux, c'est-à-dire s'il ne savait rien de ces agissements, l'archevêque Ratzinger a failli à son devoir de surveillance, selon le rapport du cabinet WSW.

Markus Elstner est encore traumatisé par ce qu'il a enduré. « Je pense à [Peter H.] tous les jours et toutes les nuits - la nuit, sous forme de cauchemars et le jour, que je pourrais le croiser quelque part. Nous, les victimes, sommes traumatisées à vie, nous ne nous en libérons jamais », témoigne-t-il.

Aujourd'hui, Markus Elstner se bat pour que toute la lumière soit faite et que ce type d'abus ne puisse plus se reproduire. Il se demande encore "où était Dieu quand tout cela se produisait ? Pas seulement pour moi mais pour tous les autres enfants. Où était Dieu ? Pourquoi n'est-Il pas intervenu ?".

Depuis les viols qu'il a subis, Markus Elstner se refuse à rentrer dans une église.

Benoît XVI, Reinhard Marx (à d.) et le cardinal Wetter
Benoît XVI, Reinhard Marx (à d.) et le cardinal WetterImage : Wolfgang Radtke dpa/picture alliance

Les cardinaux Wetter et Marx

Les noms de deux cardinaux successeurs de Joseph Ratzinger à l'archevêché de Munich et Freising sont également cités : Friedrich Wetter (archevêque de 1982 à 2008) et Reinhard Marx (archevêque depuis 2008, et président de la Conférence épiscopale allemande de 2014 à 2020).

>>> Lire aussi : Rapport accablant sur des violences sexuelles et démission dans l'Eglise allemande

Là encore, c'est leur responsabilité qui est passée au crible car le clergé catholique est conçu de telle façon que chaque évêque ou archevêque est responsable en dernier ressort de ce qui se passe dans son diocèse.

En amont de la publication du rapport, le cardinal Marx avait proposé au pape actuel, François, de quitter ses fonctions mais le souverain pontife a refusé sa démission. Le cardinal, pourtant "expressément invité" par les avocats lors de la présentation du rapport ce jeudi, n'a pas fait le déplacement.

>>> Lire aussi : L'archevêque de Munich présente sa démission au pape

Critiques de victimes et de laïcs

L'Eglise catholique tente depuis 2011 de recenser les cas d'abus sexuels dans ses rangs. Deux tiers des 27 diocèses allemands ont lancé des études sur la question à la suite d'un premier scandale qui a éclaté dans une école jésuite de Berlin.

Toutefois, si plus de 3.600 ecclésiastiques ont été mis en cause, c'est souvent grâce aux recherches de journalistes, aux travaux d'experts, à la pugnacité des victimes.

Certains dénoncent la réticence de l'Eglise à laisser la justice et des structures indépendantes enquêter dans ses rangs. Or, le viol et les abus sexuels relèvent de la justice et, quelles que soient les sanctions prises en interne, lorsque les crimes ne sont pas prescrits selon le droit allemand, leurs auteurs doivent être jugés par des tribunaux.

Matthias Katsch, le porte-parole de l’association de victimes "Eckiger Tisch" dit "espérer que les responsable politiques, à Munich comme à Berlin, vont se réveiller et comprendre, qu’il ne faut pas laisser l’Eglise accomplir seule ce travail".