La politique étrangère de l′Allemagne après Merkel // En Turquie, les femmes dans la rue contre les féminicides | Vu d′Allemagne | DW | 29.06.2021
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Vu d'Allemagne

La politique étrangère de l'Allemagne après Merkel // En Turquie, les femmes dans la rue contre les féminicides

À l'approche des élections du 26 septembre en Allemagne, les trois principaux candidats à la succession d'Angela Merkel ont débattu du rôle de l'Allemagne dans le monde. // Le mouvement des femmes continue de protester en Turquie contre la sortie du pays de la Convention d’Istanbul le 1er juillet, alors que plus d'une femme est tuée par jour dans le pays.

Écouter l'audio 15:37

Au moment où Annalena Baerbok, Olaf Scholz et Armin Laschet débattent de l’avenir de la politique étrangère de l'Allemagne, douze soldats allemands blessés dans une attaque au Mali sont justement en cours de rapatriement, 

Pendant 90 minutes, la candidate des Verts et ses adversaires du SPD et de la CDU aux élections du 26 septembre répondent aux questions de la chaîne publique ARD et de la Conférence de Munich sur la Sécurité (MSC) sur le rôle de l’Allemagne dans le monde... Et notamment à celle de savoir si l’Allemagne ne devrait pas se retirer de missions dangereuses comme celle de la Bundeswehr au Mali.  

Les Verts réclament le retrait de l'Allemagne de la mission EUTM pour ne pas soutenir des régimes putschistes comme le Mali ou le Tchad

Les Verts réclament le retrait de l'Allemagne de la mission EUTM pour ne pas soutenir des régimes putschistes comme le Mali ou le Tchad

Pour le social-démocrate Olaf Scholz, la réponse est non. "Il n’est pas possible, quand on est dans une mission dangereuse et qu’on se retrouve tout à coup dans une situation dangereuse, de dire qu’on n’y avait pas pensé", justifie le candidat du SPD. "Il faut assumer clairement le caractère dangereux de ces missions et être conscient à chaque décision que l’on prend que nous sommes responsables de la vie de nos soldats, il faut le considérer à chaque fois." 

Le conservateur Armin Laschet est moins catégorique. Il faut, explique-t-il, réévaluer les missions selon la situation sur le terrain. Ce qui fait réagir la candidate écologiste Annalena Baerbock. Le parti des Verts continue de soutenir l’engagement de l’Allemagne au sein de la MINUSMA, mais plaide pour un retrait du pays de l’EUTM, la mission européenne de formation des forces maliennes. 

"La mission EUTM, où il est aussi question de former des forces de sécurité de régimes dictatoriaux, comme l'a décidé le gouvernement, nous ne la trouvons pas juste", rappelle-t-elle. Les Verts se sont d'ailleurs opposés au prolongement de cette mission lors du dernier vote au Bundestag, s'attirant les critiques des partis gouvernementaux.

Consensus sur les grandes lignes

Sur de nombreuses questions de politique étrangère, les potentiels successeurs d’Angela Merkel ont des positions plutôt proches. Ils soutiennent tous les trois les traités et les organisations internationaux, veulent que l’Allemagne joue un rôle plus actif dans le monde et naviguent donc dans les eaux de l’ère Merkel.  

La politique européenne est un bon exemple de ce consensus: les trois candidats plaident pour un renforcement de l’Union européenne et veulent faire en sorte qu’à l’avenir, les États membres ne puissent plus bloquer individuellement les décisions importantes en matière de politique étrangère. 

Viktor Orban et Xi Jinping lors d'une rencontre en 2019

Viktor Orban a bloqué plusieurs résolutions européennes contre la politique chinoise à Hong Kong (ici avec Xi Jinping en 2019)

C’est en effet ce qu’a fait la Hongrie à plusieurs reprises, en empêchant l’Union européenne de condamner la Chine pour l’abolition des principes démocratiques à HongKong. Armin Laschet, Olaf Scholz et Annalena Baerbock veulent supprimer ce droit de veto d’ici à 2025. Les chances de succès sont toutefois modestes. 

Alors comment traiter avec un partenaire difficile comme Viktor Orban, le Premier ministre hongrois? Sur cette question, les candidats à la chancellerie ont des positions plus disparates. Tandis qu’Olaf Scholz et Armin Laschet semblent plutôt passifs, Annalena Baerbock veut passer à l'offensive. Pour répondre à une loi hongroise qui discrimine les personnes sur la base de leur orientation sexuelle, la candidate verte veut supprimer au pays les subventions européennes, et ce le plus rapidement possible. "Cela ne ne peut pas continuer, nous ne pouvons pas piétiner nos propres valeurs", estime Annalena Baerbock.

Avantage pour Scholz et Laschet

De manière générale, c’est Annalena Baerbock qui s’est montrée la plus offensive lors du débat télévisé. Mais les écologistes ont un problème: selon un sondage de la fondation Körber, les Allemands font davantage confiance à Armin Laschet et à Olaf Scholz sur la scène internationale.  

Quel candidat a selon vous la plus grande compétence en matière de politique étrangère?

Résultats du sondage de la fondation Körber: à quel candidat attribuez-vous la plus grande compétence en matière de politique étrangère?

"Madame Baerbock apporte avec elle une grande expertise et une grande expérience en matière de politique étrangère, mais elle n'a encore jamais exercé de fonction dans un gouvernement", explique Nora Müller, qui dirige le bureau berlinois de la fondation Körber.

Olaf Scholz et Armin Laschet ont au contraire une solide expérience internationale: le social-démocrate en tant que ministre des Finances, et le conservateur en tant que ministre-président du plus grand État fédéral d'Allemagne, avec un grand réseau au niveau européen. "Cela a probablement coûté des points à Annalena Baerbock dans ce sondage", estime Nora Müller.

La candidate verte se démarque de ses adversaires par des positions claires envers les régimes autocratiques. Elle demande ainsi l’arrêt des importations de marchandises chinoises, produites par le travail forcé de la minorité ouïghoure, tandis qu’Olaf Scholz et Armin Laschet envisagent les rapports avec Pékin sous l’angle du "changement par le rapprochement", à l’instar de Willy Brandt avec les pays de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est dans les années 1960 et 70. 

Les Verts contre Nord Stream 2

En ce qui concerne les relations avec la Russie, la position d’Annalena Baerbock est  plus proche de celle de l’Américain Joe Biden: comme les États-Unis, elle réclame l’arrêt de la construction du gazoduc Nord Stream 2 qui doit bientôt approvisionner l’Allemagne en gaz russe. Ce qui ne reflète pas la position de l’opinion allemande, selon Nora Müller. 

Le gazoduc Nord Stream 2 doit transporter 6,5 millions de mètres cubes de gaz par heure

Le gazoduc Nord Stream 2 doit transporter 6,5 millions de mètres cubes de gaz par heure

"Les Verts se sont déjà positionnés clairement contre Nord Stream 2. Mais comme le montrent nos chiffres, ils n’ont pas la majorité des Allemands de leur côté", souligne-t-elle. "Les citoyens allemands ont une opinion plutôt positive de ce projet. Et Nord Stream 2 est à bien des égards aussi un indicateur des rapports avec la Russie en général."

Les candidats du SPD et de la CDU sont tous deux favorables au projet de gazoduc russe. Même si Armin Laschet émet quelques réserves: "Cela ne doit pas se faire aux dépens de l’Ukraine. Et si le président Poutine ne respecte pas les règles et l’utilise contre l’Ukraine, on pourra arrêter à tout moment le pipeline, même s’il est déjà en service.” 

Actuellement, Berlin et Washington sont en pleines négociations pour tenter de trouver un compromis sur Nord Stream 2. Selon le Gunther Hellmann, professeur de sciences politiques à Francfort, cela pourrait aboutir au moment de la visite d’Angela Merkel aux États-Unis, le 15 juillet.

Le financement de l’OTAN devrait également être à l’ordre du jour. L’Allemagne consacre actuellement 1,56% de son produit intérieur brut à la défense. Olaf Scholz et Armin Laschet sont favorables à une augmentation à 2%, tandis qu’Annalena Baerbock ne veut pas s’engager sur un chiffre. Tout en réclamant elle aussi une meilleure capacité opérationnelle de la Bundeswehr.  

Gunther Hellmann résume ainsi l’avenir de la politique étrangère de l’Allemagne après Merkel. 

"Nous avons trois candidats qui ont beaucoup de points communs sur les positions consensuelles de la politique étrangère de l’Allemagne. Et qui ne sont pas inexpérimentés, comme l’était par exemple Donald Trump, en matière de commerce international.” 

Les partenaires de l’Allemagne dans le monde n’ont donc pas trop d’inquiétude à avoir sur l’issue des élections du 26 septembre. 

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En Turquie, les femmes manifestent contre retrait de la Convention d’Istanbul  

La maman de Ceyda Yüksel, Filiz Demiral, est présente au milieu du cortège de la plateforme Nous mettrons fin aux féminicides qui rejoint le grand rassemblement du 19 juin dernier à Istanbul pour manifester contre le retrait de la Convention d'Istanbul. Sur les pancartes est écrit : Nous n'abandonnerons pas la Convention d'Istanbul.

La maman de Ceyda Yüksel, Filiz Demiral, est présente au milieu du cortège de la plateforme "Nous mettrons fin aux féminicides" qui rejoint le grand rassemblement du 19 juin dernier à Istanbul pour manifester contre le retrait de la Convention d'Istanbul. Sur les pancartes est écrit : "Nous n'abandonnerons pas la Convention d'Istanbul".

Un pays avec lequel les relations de l’Allemagne ne sont pas au beau fixe, c’est bien la Turquie de Recep Tayyip Erdogan... surtout depuis que le président turc a annoncé le retrait de son pays de la Convention d’Istanbul pour satisfaire son électorat le plus conservateur... c’était le 20 mars dernier... 

La Turquie avait pourtant été le premier pays à ratifier ce traité international qui vise à protéger et combattre les violences à l’égard des femmes. Mais ce texte, qui comporte un volet important de prévention et de lutte contre les inégalités de genre, est jugé par le gouvernement turc comme une atteinte aux valeurs familiales traditionnelles. Pire encore, aux yeux des conservateurs turcs, cette Convention ferait la promotion de l’homosexualité en interdisant toute discrimination en raison de l’orientation sexuelle.  

Les associations féministes sont vent debout contre le retrait de leur pays de la Convention, alors que plus d’une femme est tuée chaque jour en Turquie. Selon les chiffres de la plateforme turque “Nous mettrons fin aux féminicides474 femmes ont été assassinées en 2019. Les associations féministes accusent le gouvernement de protéger les meurtriers plutôt que les femmes. Certaines ont d’ailleurs porté plainte une cinquantaine de fois avant d’être tuées.  

Notre correspondante, Marie Tihon, a recueilli les témoignages de familles de victimes de féminicides et de survivantes qui se mobilisent contre la décision du retrait de la Convention d’Istanbul, qui entre en vigueur le 1er juillet. 

 

Vu d’Allemagne est un magazine radio hebdomadaire, proposé par Hugo Flotat-Talon et Anne Le Touzé, diffusé le mercredi et le dimanche à 17h30TU, et disponible aussi en podcast. Ont contribué à ce numéro: Peter Hille pour le sujet sur la politique étrangère de l'Allemagne et Marie Tihon pour le reportage en Turquie. Vous retrouvez tous les numéros dans la médiathèque, à écouter en ligne ou à télécharger en format MP3. Le podcast est également disponible sur certaines plateformes de podcasts.