Affaire Chebeya : ″Nous demandons au président Macky Sall de faire quelque chose″ | Interviews exclusives DW | DW | 05.06.2019
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Interviews exclusives

Affaire Chebeya : "Nous demandons au président Macky Sall de faire quelque chose"

Après les déclarations dans la presse de Paul Mwilambwe, mis en cause dans la disparition de Floribert Chebeya, demandant à être jugé en RDC, la veuve du disparu réagit sur la DW.

Écouter l'audio 05:16

"Paul Mwilambwe doit répondre à la justice sénégalaise" - Annie Chebeya

Annie Chebeya était l'invitée de la semaine de la DW, dans la matinale du mercredi 5 juin. La veuve de Floribert Chebeya, l'activiste des droits de l'homme disparu en 2010 en RDC, réagit aux déclarations dans la presse de Paul Mwilambwe. 

Mis en cause dans cette affaire, celui qui était commandant chargé de la sécurité à l'Inspection générale de la police de Kinshasa à l'époque est réfugié au Sénégal. Mais il clame son innocence et aimerait revenir en RDC pour "faire des révélations". Il accuse notamment l'ex-président Joseph Kabila. 

 

DW : Vous dites que la justice n'a toujours pas été faite dans l'affaire de l'assassinat de votre époux. Paul Mwilambwe se propose justement de faire jaillir la justice. Il dit qu'il n'est pas un accusé, comme on le prétend. Il serait témoin et dit qu'il a des choses à révéler, aujourd'hui quelques années plus tard. Qu'est-ce que vous pensez de ses déclarations ? 

Annie Chebeya : Personnellement, les deux familles, nous sommes allées à Dakar parce qu'on savait que Monsieur Mwilambwe était à Dakar.  Nous avons porté plainte contre ce monsieur. Il n'a pas assisté Floribert quand on l'a assassiné. Il voyait, mais il n'a rien fait. Peut-être il a ses raisons, mais il doit répondre à la justice sénégalaise. 

Kongo Floribert Chebeya Stimmen ohne Stimme Voices without voice Brüssel Belgien (picture-alliance/ dpa/dpaweb)

Floribert Chebeya a disparu en 2010

DW : Mais lui clame son innocence aujourd'hui. Il dit même détenir des preuves selon lesquelles il a agi sous les ordres du général Numbi et sous les ordres de l'ex président congolais Joseph Kabila. Est-ce que vous le croyez quand il avance ses arguments ? 

Annie Chebeya : Je peux dire oui, parce que nous savons que c'est John Numbi qui avait invité Floribert à cet entretien. Donc c'est John Numbi qui l'a assassiné. John Numbi est son mentor donc c'est Joseph Kabila qui lui a demandé de la faire. Nous nous attendons que Joseph Kabila, et John Numbi et les autres, répondent de leurs actes. C'est toute une équipe qui a été forgé pour assassiner Floribert. Floribert dérangeait. Nous voulons que ces gens là répondent à la justice sénégalaise. Nous voulons que le procès commence. Mais nous avons des inquiétudes au niveau du Sénégal car cela fait longtemps que la plainte a été déposée. Et jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas eu de retour. 

DW : Vous dites que la justice sénégalaise n'arrive peut-être pas à se décider à commencer le processus. Mais aujourd'hui Monsieur Mwilambwe demande à être extradé et jugé en RDC. Est-ce que vous pensez que ce procès peut aboutir à une solution de justice ? 

Annie Chebeya : Je crois que ce n'est pas une bonne idée, parce que le système n’est pas encore changé. Et tous les gens qui sont là, ce sont les mêmes qui ont jugé l’affaire les années passées. Donc nous ne voulons pas que Paul Mwilambwe retourne à Kinshasa là où le procès était bidon, une parodie de justice. Nous voulons qu’il soit jugé au Sénégal. 

DW : Monsieur Mwilambwe lui dit une chose : aujourd’hui  la justice au Congo a évolué. Il parle d'un changement à la tête de l'Etat, il parle de l'alternance de l'arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Il estime que les choses seront beaucoup plus justes et nobles et qu'on pourrait avoir un procès équitable. Vous partagez cet avis ? 

Annie Chebeya : L’alternance est là, mais le changement ne s’est pas encore fait. Donc nous ne voulons pas que ça se passe au Congo, mais au Sénégal. Jusqu’ici, c’est le même système qui est en place. 

DW : Donc aujourd'hui vous lancez un appel de vive voix aux autorités sénégalaises pour qu'elles puissent se pencher sur le dossier, parce que le dossier en suspens depuis plusieurs mois ?  

Annie Chebeya : Justement, c’est notre inquiétude. Nous nous posons des questions. Qu’est-ce qui se passe avec la justice sénégalaise ? Si elle est indépendante, qu’elle commence le procès. Et si ce n’est pas le cas, nous demandons au président Macky Sall de faire quelque-chose. 

DW : La seule solution aujourd'hui acceptable pour les deux veuves, aussi bien vous que  Madame Bazana, ce serait que Monsieur Mwilambwe  soit jugé au Sénégal et pas en RDC ? 

Annie Chebeya : Cela va prendre du temps, car Kabila est encore là. On sent qu’il est encore là. Donc nous ne voulons pas que ce soit là-bas. Ils ne peuvent pas juger le même problème. 

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