Abidjan : le désarroi des familles déguerpies à proximité de l′aéroport | Afrique | DW | 20.01.2020
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Afrique

Abidjan : le désarroi des familles déguerpies à proximité de l'aéroport

Suite à la mort d’un enfant dans le train d’atterrissage d’un avion parti d’Abidjan, le gouvernement ivoirien a décidé de déguerpir les populations qui habitent le quartier précaire à proximité de l’aéroport.

Tôt lundi matin (20.01.19), c’est dans une cour entièrement décoiffée que nous rencontré Stéphane Traoré Karim âgé de 13 ans et élève en classe de troisième dans un collège de Port Bouét situé à plusieurs kilomètres d’Adjouffou.

Stéphane raconte ses conditions de vie et d’étude dans ce quartier quasiment détruit :  

‘’Depuis maintenant une semaine, nous sommes dans cette condition. Parce qu’il n’y a pas de courant pour étudier. Donc je suis obligé de ne pas étudier. Arrivé à l’école, j’étudie. Nous sommes à peu près 15 personnes dans cette chambre que vous voyez là pour dormir chaque soir. Maintenant que les parents sont en train de partir je ne sais pas comment faire pour aller à l’école.’’

Madeleine Anzian, la mère de Stéphane, a tout perdu dans cette opération de déguerpissement.

Elle a décidé de retourner au village, laissant derrière elle Stéphane et ses deux sœurs, tous élèves à Abidjan. C’est avec un visage fermé et le cœur serré que Madeleine récupère ses dernières affaires. 

‘’Bon, j’ai fini, on nous a chassés, on s’en va. Puisque je n’ai pas l’argent pour prendre une autre maison. Je rentre chez moi au village, à Assinie Mafia. On est venu à Abidjan pour se chercher, on nous fait retourner encore. Vous voyez les maisons ? Tout est détruit ici. On a rien, voici nos bagages, tout ce qui nous reste comme bagages. Je suis découragée même de rester à Abidjan, sincèrement je suis découragée.‘’

Madeleine qui est obligée de partir n’a qu’un seul regret. ‘’Ce qui me fait mal, ce sont mes enfants puisqu’ils fréquentent, je ne sais pas où ils vont rester. Je les laisse derrière, je m’en vais, je vais chez moi au village, à Assinie. C’est mieux. Mes affaires sont réunies, j’attends maintenant un véhicule pour rentrer au village. Ça ne me plait pas de rentrer au village, mais je n’ai pas de choix. Puisque c’est ce que le gouvernement a voulu qu’on fasse donc on rentre chez nous. En tout cas gouvernement n’a qu’à revoir cela, on ne peut rester dans ça.’’ 

Elfenbeinküste Politsi am Flughafen Abidjan (Getty Images/AFP/I. Sanogo)

Policier à l'aéroport d'Abidjan

Des familles séparées

Dans la même cour que Stéphane et sa mère habitait aussi Caroline. Tout comme Madeleine, elle a décidé de quitter Abidjan. Pour elle, c’est une manière de savoir se replier pour mieux revenir en force.

"Moi je ne sais pas, je vais aller dans mon village, à Gagnoa. Puisqu’il n’y a pas un coin où il faut rester, il n’y a pas de logements, donc il faut dégager dans un premier temps, reculer. Et puis tu réfléchis pour revenir sur le terrain. Je crois que c’est comme ça.’’

Si cette opération de déguerpissement a pour but de garantir la sécurité dans le périmètre aéroportuaire et des quartiers environnants, elle n’est pas sans conséquence. 

Cette opération va briser des foyers, disloquer des familles entières et retarder le parcours scolaire de certains enfants.