Élections en Bavière : tremblement de terre dans la politique allemande // Des centres pour éviter la prison aux femmes battues en Jordanie | Vu d′Allemagne | DW | 17.10.2018
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Vu d'Allemagne

Élections en Bavière : tremblement de terre dans la politique allemande // Des centres pour éviter la prison aux femmes battues en Jordanie

Vu d’Allemagne revient cette semaine sur les élections du week-end dernier en Bavière. Un scrutin régional aux résultats inédits depuis 70 ans, qui pourrait avoir des répercussions jusque sur le gouvernement fédéral à Berlin. Dans ce magazine également, visite d’un centre d’accueil pour femmes violentées en Jordanie. Centre pour leur éviter d’être "cachées" en prison.

Écouter l'audio 17:54

"Un tremblement de terre politique", "des jours difficiles pour la CSU", "les plus mauvais résultats depuis 1950 pour le parti" ... Des phrases répétées en boucle dans les médias ou les QG des partis allemands depuis le week-end dernier. Tous parlent des résultats des élections régionales en Bavière. Il faut dire que c'est du jamais vu !

On votait en fait pour le parlement régional, qui choisit lui ensuite son ministre-président. Ministre-président qui forme le gouvernement, un petit État à l'échelle régionale. Et alors qu’en Bavière c'est le parti conservateur régional CSU qui gouverne sans partage depuis la moitié du siècle dernier, il a connu ses plus bas scores depuis 1950 à la sortie des urnes le week-end dernier : 37,2% des voix.

Les raisons de la chute

Que veulent dire ces résultats ? Le parti ne pourra plus gouverner seul, il va devoir faire une alliance avec un autre. "La CSU s’est concentrée sur un seul thème, à savoir la politique migratoire, alors que les électeurs pensaient aussi à d’autres sujets comme la politique scolaire, environnementale ou la politique du logement", dit Jérôme Vaillant, professeur d'université et directeur de la revue Allemagne d'aujourd'hui, pour expliquer les raisons de ces résultats. 

"Il y a également un second point, beaucoup plus important qu’on ne l’imaginait, qui est le fait que le président du parti, en même temps ministre fédéral de l’intérieur, n’a pas raté une occasion de semer la zizanie dans son parti chrétien-démocrate en privilégiant sa querelle personnelle avec la chancelière à l’élaboration d’une politique plus sérieuse et plus sereine", explique encore Jérome Vaillant.

Bundestag Fraktionssitzungen Angela Merkel und Horst Seehofer (picture-alliance/dpa/K. Nietfeld)

Sourires de facade ... Mais les relations entre Angela Merkel et son ministre de l'intérieur Horst Seehofer sont très tendues depuis des semaines.

Depuis plusieurs semaines, Horst Seehofer est en effet en conflit ouvert avec Angela Merkel, notamment sur le sujet de la politique migratoire. Il milite pour une politique beaucoup plus dure. Face à ces résultats en Bavière, Angela Merkel a appelé, dès lundi, ses partenaires à "plus de travail de concert". "Il faut regagner la confiance des électeurs", dit la chancelière. 

Les écologistes gagnent des électeurs

Ce ne sera pas simple. Car si la CSU, un vieux parti, perd des électeurs, les Verts, parti écologiste, en ont gagné. Ils sont à 17,5%, score doublé par rapport à il y a cinq ans. Les "Freie Wähler", littéralement des électeurs libres, sont eux à 11,6%. Des élus qui se disent hors parti, d'un mouvement qui veut défendre le local en opposition aux considérations régionales ou nationales. Proche de la CSU parfois sur certaines idées conservatrices, ils pourraient donc former un gouvernement de coalition avec la CSU en Bavière. Un scénario probable selon les déclarations de chacun jusqu'à présent. 

Changement de politique bavaroise ?

Si un tel scénario est mis en place, "la politique bavaroise ne changera pas d'un iota", estime Klaus Peter Sick, historien contemporanéiste allemand à l’institut franco-allemand de sciences sociales au Centre Marc Bloch de Berlin. "Sauf que peut-être, comme ces Freie Wähler sont plus enracinés dans les zones rurales, il y aura une revalorisation de plans structurels, autour d'Internet, des hôpitaux ou des écoles dans ces zones", ajoute-t-il. 

Reste que ces élections bousculent les partis traditionnels. Le SPD, parti social-démocrate, parti historique, est à 9,7%. Plus bas que l'AfD, l'extrême-droite, à 11,6%, qui fait moins bien que lors d'autres scrutins mais prouve son ancrage au fil des ans. "C'est une crise des partis traditionnels", dit Klaus Peter Sick. "Gauche et droite traditionnelles chutent et les électeurs vont vers les Verts, un peu die Linke à gauche, ou les libéraux". Une crise structurelle selon-lui : "On pourrait dire qu'il s'agit d'une crise conjoncturelle, en parlant des querelles entre Angela Merkel et les ministres à Berlin, les querelles autour de la politique de l'asile ... C'est vrai, mais quand on regarde les résultats de la CSU, c'est un lent, mais très perceptible déclin de la CSU et du SPD.

Implosion gouvernementale ?

Un déclin qui aujourd'hui pourrait avoir des conséquences jusqu'au niveau national. Car le SPD et la CSU sont au gouvernement fédéral, aux côtés de la chancelière Angela Merkel. Le travail des ministres est déjà compliqué, il avait fallu des mois pour former un gouvernement et depuis quelques temps des ministres, comme Horst Seehofer, sont aussi souvent en désaccord avec la chancelière et le disent publiquement. 

Ces résultats pourraient donc pousser les dirigeants des ces partis à vouloir des changements de politique fédérale, ou même à cesser leur participation au gouvernement fédéral. Ces élections sont donc "un avertissement pour la stabilité gouvernementale" estime beaucoup comme Klaus Peter Sick. "Il y a pas mal de gens au sein du camp socio-démocrates qui vont se dire nous sommes laminés" au sein de cette coalition au centre", et c'est la même réflexion pour une partie de la CSU", explique-t-il. 

Autre élection à risque à la fin du mois

Deutschland Koalitionsausschuss zur Diesel-Krise (Getty Images/AFP/T. Schwarz)

Signe des difficultés du gouvernement, des discussions récentes sur les véhicules diesel se sont poursuivis la nuit au mois d'octobre à Berlin.

Des voix qui pourraient ainsi pousser les partis à revoir leur participation au gouvernement, et in-fine à faire tomber celui-ci. Elles pourraient d'ailleurs encore gagner en intensité dès la fin du mois d'octobre. D'autres élections régionales sont en effet prévues dans le Land de Hesse le 28 et un proche de la chancelière est en course. Un mauvais résultat ajouterait encore d'autres doutes au sein des partis traditionnels. 

Le parti social-démocrate avait d'ailleurs dit, dès la formation du gouvernement fédéral il y a sept mois, qu'il ferait le point sur l'action gouvernementale deux ans après les débuts du gouvernement. Une manière de conditionner par avance sa participation à la coalition jusqu'à la fin du mandat. Rien donc pour apaiser la vie politique en Allemagne, alors que le pays vit déjà au rythme de débats enflammés sur sa politique migratoire, celle de l'environnement, de son industrie automobile ou de son système de santé. 

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En Jordanie, un centre pour éviter la prison aux femmes victimes

C'était une terrible injustice. Des femmes menacées de mort par un homme de leur entourage… et incarcérées dans des prisons pour assurer leur protection ! Cela se passait automatiquement comme ça en Jordanie jusqu'à il y a peu de temps ! Heureusement cette situation est en passe de disparaître. 

L’Etat a en effet ouvert, fin août, un centre d’accueil et de réhabilitation pour aider ces femmes en danger. Femme menacées de ‘’crimes d’honneur’’ comme on dit assez maladroitement sur place. Jérôme Boruszewski nous emmène à leur rencontre dans ce centre en périphérie d’Amman, la capitale jordanienne. Un lieu dont la localisation exacte reste secrète pour garantir la sécurité de ces femmes. 

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