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Afrique

Vous souvenez-vous du Probo Koala ?

Le pétrolier panaméen affrêté par l'entreprise Trafigura a déversé des déchets toxiques à Abidjan en 2006. Dix ans après, les victimes attendent toutes d’être indemnisées.

Écouter l'audio 01:52

Les victimes de Probo Koala veulent l'indemnisation de toutes les victimes.

Le Probo Koala avait déchargé au port d’Abidjan 581 tonnes de déchets toxiques, répartis sur 17 sites de la capitale ivoirienne, dont la décharge d’Akouédo. Thierry Gohoré est technicien dans cette décharge et l’une des victimes de ces déchets sur le site pollué:

"Dans la nuit du 18 Août 2006, il y a eu des déversements de déchets toxiques ici, et lorsqu’il y a eu ces déversements, nous avions tout bloqué sans travailler pendant près de deux mois. Quelques temps après, les gens sont venus faire les enlèvements. Malheureusement, ces enlèvements n’ont pas été entiers."

Les populations rencontrées dans le périmètre de la décharge disent supporter difficilement les odeurs des résiduels de ces déchets qui polluent encore leur quotidien. Leurs avis sont soutenus par Thierry, qui égraine le chapelet d’impacts sur leur santé et leur vie:

Trafigura Giftmüllskandal

Les travaux de dépollution, en 2012, aux environs d'Akouédo

"Aujourd’hui, lorsqu’il pleut, les odeurs envahissent le village d’Akouédo. Que ça soit ici à la décharge ou ailleurs, les odeurs persistent toujours. Ce qui fait que nous sommes souvent malades. Certaines victimes ont fait des avortements et des fausses couches. D’autres ont eu des malformations, et jusqu’à ce jour, ça continue. Ça nous cause assez de désagréments surtout pour nous qui travaillons sur le site. Nous en souffrons. Nous sommes obligés de rester là, puisque nous n’avons pas d’autres issues. Donc on est là, on travaille malgré nous."

Thierry travaille depuis 1999 dans cette décharge. Il souffre de problème respiratoire. Il souhaite la fermeture de cette décharge pour préserver des vies.

"Dix ans après, notre souhait c’est d’avoir une nouvelle décharge. Ici nous sommes livrés à nous mêmes, sans soins. On est dedans avec tous les dangers auxquels nous sommes exposés. Vraiment, on n’est plus à l’aise. Et lorsqu’on travaille on n’est pas à l’aise."

Même son de cloche avec Abel Djeket, le président des jeunes du village d’Akouédo et qui fait partie des nombreuses victimes des déchets toxiques. Depuis 2006, il traîne des boutons et souffre aujourd’hui d’un cancer de la peau. Il semble quelque peu désespéré:

"Ça [les odeurs] nous fatigue, nous ne sommes pas libres, on ne sait quoi dire et nous sommes là à regarder le gouvernement, et les gens en meurent chaque jours. C’est écœurant, ça fait mal, mais on est dedans."

Containerschiff Probo Koala

En septembre 2006, le Probo Koala est intercepté en Estonie

Pour dénouer la situation, Trafigura avait pris des engagements dont la construction d’un hôpital spécialisé pour la prise en charge des victimes. Mais en lieu et place de ce projet, c’est plutôt la réhabilitation du centre de santé auquel le village d’Akouédo a eu droit.

"Notre dispensaire du village a été quelque peu réaménagé, mais dix ans après, plusieurs services de ce centre de santé ne sont toujours pas opérationnels."

L'Etat ivoirien a touché en son temps 100 milliards de FCFA de la part de l'armateur du bateau, en échange de l'abandon des poursuites judiciaires. Mais aujourd'hui, beaucoup de ces victimes n'ont toujours pas été indemnisées. Patricia est l'une d'elles:

"L’indemnisation n’a pas été encore faite après dix ans. Il est clair qu’il y a eu un premier processus de paiement, mais tout s’est arrêté à un moment donné et nous attendons toujours d’être payés. On attend toujours, on [nous] répète régulièrement que les avocats viendront, les journaux en parlent mais jusque-là nous n’avons pas d’informations concrètes."

Pour Denis Yao, président du collectif des associations des victimes, dix ans après le passage du navire panaméen, le nombre des victimes a augmenté. Mais avec le changement de régime, les choses sont restées à la traine.

"Dix ans après, à tous les niveaux, nous constatons un goût d’inachevé. Au niveau de la dépollution, c’est vrai que l’Etat nous a annoncé l’achèvement de la dépollution mais aucune expertise indépendante n’a confirmé cette dépollution. Au niveau sanitaire, nous n’avons pas jusqu’à ce jour d’hôpitaux spécialisés pour le suivi des victimes. Au niveau des indemnités, c’est le tohu-bohu total. Au niveau judiciaire, aucune responsabilité directe n’a été prononcée dans cette affaire."

Il aura fallu attendre près d'une décennie pour que les sites intoxiqués soient décontaminés. Après de longs mois de traitement de dizaines de milliers de tonnes de terre, tous ces lieux sont à nouveau cultivables et habitables selon Rémi Kouadio Allah, le ministre ivoirien de l’environnement et du développement durable. Mais le gouvernement ivoirien est allé encore plus loin soutient Rémi Kouadio Allah:

Giftmüll Probo Koala

Le navire Probo Koala contenant des déchets toxiques

"Ce que je peux vous affirmer, c’est que le gouvernement ivoirien a engagé dès le départ des actions de dépollution sur tous les sites reconnus comme ayant été pollués par les déchets toxiques. Il y’a même eu une activité de dépollution complémentaire, qui a été faite du côté d’Alepé et qui s'est terminée il y’a moins d’un an. Il s’agit de la santé des populations, il s’agit aussi de préserver l’environnement; le gouvernement, pour s’assurer que cette dépollution a été efficace, a commissionné le PINIEUX aux frais du gouvernement ivoirien pour venir faire un audit de tous ces sites qui ont été pollués et qui sont censés avoir été dépollués. L’équipe du PNIIEUX est arrivée il y a de cela deux semaines. Ils ont fait les prélèvements du sol, d’eau, de l’air mais également des herbes et de cultures qui sont faites dans les parages pour les envoyer dans les laboratoires qui pourront faire ces examens et nous pensons que d’ici quelques mois on saura si, oui ou non ces activités de dépollution ont été efficaces."

En 2006, les déchets toxiques déversés par le Probo Koala à Abidjan avaient fait dix-sept morts et des dizaines de milliers de victimes. Aujourd'hui, dix ans après, l'affaire n'est toujours pas réglée. Et de nombreuses victimes restent encore à indemniser.

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