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Afrique

Une retraite pour tous les Africains, impossible ?

L'Afrique pourrait compter plus de 200 millions de personnes âgées en 2050. Sur un continent où le travail informel domine, quelles options existent pour assurer un revenu aux seniors ?

« Pour la grande majorité des Africains, il n'y a pour l'instant pas de retraite au sens où on l'entend pour les pays du Nord. » C'est ce que l'on peut lire dans un document de l'INED (Institut national d'études démographiques) intitulé "L'Afrique, un continent jeune face au défi du vieillissement" et publié à l'été 2012.

Valérie Golaz, chercheuse démographe installée en Ouganda, est coauteure de ce document. Elle résume ainsi la situation actuelle en Afrique : « On a des pays où on pourrait imaginer que les systèmes de retraite sont très développés, puisque le secteur public et le secteur privé sont plus importants que dans d'autres... je pense aux pays de l'Afrique du nord, à la Tunisie, par exemple... Mais dans ces pays-là, très peu de personnes actuellement cotisent ou reçoivent une retraite. »

Bäuerin in Uganda

Les populations rurales, et en particulier les femmes, sont celles qui ont le plus de difficultés à avoir accès aux services de santé

Elle poursuit : « De l'autre côté du Sahara, on a des pays dans lesquels les systèmes de retraite sont très peu développés. Ils ne concernent quasiment exclusivement que les personnes qui sont employées dans le secteur privé ou dans le secteur public et même dans le cadre de ces emplois-là, très peu de personnes en bénéficient et en bénéficient suffisamment dans la mesure où les durées de cotisation sont relativement faibles... les gens n'ont pas toujours un emploi pendant toute la durée de leur vie active, en particulier les femmes, donc la part de pensionnés peut être vraiment très faible. »

Le document de l'INED cite l'exemple de la Tunisie où 30% des hommes de plus de 60 ans sont pensionnés, pour seulement 3% des femmes...

L'informel domine

Valérie Golaz met le doigt sur un problème central : celui de l'informel. Les travailleurs informels, qui représentent la grande majorité de la population active sur le continent, sont exclus des systèmes de retraite de type "contributif", où chaque travailleur cotise à une caisse de retraite qui lui reverse ensuite les pensions après la fin de sa vie active.

Résultat : dans beaucoup de pays, et notamment en Afrique de l'ouest et en Afrique centrale, moins d'une personne âgée sur dix bénéficie d'une retraite.

Et en l'absence de pension, il y a deux solutions : soit on continue à travailler jusqu'à n'avoir plus la force de le faire, soit on dépend de la solidarité familiale. Mais celle-ci est largement remise en cause par l'évolution des sociétés, l'éclatement géographique des familles, et les difficultés qu'ont les jeunes générations à assurer leur propre subsistance.

Trouver des modèles alternatifs

Les systèmes de retraite apparus à partir des années 1960 en Afrique et destinés au secteur dit "structuré", c'est-à-dire la fonction publique et le secteur privé relevant du code du travail, ont donc montré leurs limites dans des sociétés où la plus grande partie de l'emploi est non-structurée.

Il faut aujourd'hui trouver d'autres systèmes pour fournir un revenu solide aux personnes âgées. Et des efforts sont faits dans plusieurs directions : l'une des options privilégiées actuellement par les gouvernements africains est celle de la "pension universelle", qui n'est donc pas une retraite contributive, mais une allocation versée par l'État à toutes les personnes âgées, même si elles n'ont jamais cotisé.

C'est notamment le modèle choisi par l'Ouganda, l'un des pays les plus en retard en la matière : « Sous l'égide de la coopération britannique, principalement, s'est mise en place un système de "cash transfer", c'est-à-dire de transfert d'argent liquide vers les personnes vulnérables, explique Valérie Golaz. À l'heure actuelle, différentes catégories de la population sont incluses dans ce concept de personnes vulnérables : il peut y avoir des personnes atteintes d'incapacité mais aussi l'ensemble des personnes de plus de 65 ans. »

La pension représente l'équivalent de 10 dollars américains par mois, dans ce système qui est actuellement en phase de test. Et Valérie Golaz précise que, pour le moment, le gouvernement ougandais n'est pas en mesure d'assurer un financement suffisant pour l'étendre à toute la population, et encore moins pour augmenter le montant de cette pension.

L'exemple latino-américain

L'inconvénient principal de ce système "universel", c'est son poids global pour l'État, même si chaque pensionné ne reçoit qu'une somme modique. Il rencontre un succès important dans plusieurs pays d'Amérique latine, mais il s'agit de pays (le Brésil ou l'Équateur par exemple), où l'État dispose de moyens nettement plus importants.

Certes, à Maurice, le même système de "pension universelle" a permis de couvrir quasiment 100% de la population âgée, mais selon Valérie Golaz, il reste beaucoup à faire : « Progressivement, le gouvernement est en train d'essayer d'adapter le système, d'une part pour permettre des niveaux de vie meilleurs et pour le fondre dans les institutions déjà en place au niveau du privé et du public, qui pourvoient à des retraites. C'est probablement le système le plus performant qui existe à l'heure actuelle sur le continent africain... évidemment il y a toujours des gens qui vivraient mieux avec plus d'argent. »

Améliorer aussi l'accès aux soins

Tharcisse Nkanagu est coordinateur de la sécurité sociale au Bureau international du travail (BIT). Il se félicite des progrès de la protection sociale, notamment en Afrique du nord, mais aussi à Maurice, au Cap-Vert et au Lesotho.

Tharcisse Nkanagu évoque une deuxième voie, soutenue par le Bureau international du travail, et complémentaire de la première. En effet, le BIT envisage la protection sociale dans son ensemble, pas seulement l'accès aux revenus pour les seniors. Le Bureau juge que la question des pensions est intimement liée, par exemple, à celle de l'accès aux soins. Tharcisse Nkanagu précise ainsi :

« Il se dégage dans la vision du BIT deux axes : l'axe de l'accès aux revenus et l'axe de l'accès aux services de santé. Et les deux axes sont inséparables, je m'explique : inséparables parce que si l'on a un revenu, on le dépense pour les besoins prioritaires et notamment les besoins en soins de santé, et si l'on a [un accès aux] soins de santé, il faut aussi un revenu pour se maintenir en bonne santé. »

En effet, même si les personnes âgées bénéficient d'un revenu régulier, s'il n'y a pas un système de sécurité sociale efficace, elles peuvent se retrouver appauvries, voire endettées après avoir dû payer des soins.

Des assurances communautaires

Mais encore faut-il que les services médicaux s'améliorent. De nombreuses spécialités médicales ne sont proposées que dans les grandes villes - quand elles le sont ! - et les soins spécifiques pour les personnes âgées sont encore peu développés sur le continent.

Mauritius Verkehr

À Maurice, la "pension universelle" bénéficie à près de 100% de la population âgée

Quand l'offre de soin existe, il faut pouvoir payer ces soins. Or, des initiatives intéressantes sont apparues pour compenser la faiblesse des systèmes de sécurité sociale. Il s'agit en particulier des assurances santé communautaires.

On estime que 10 à 20% seulement des personnes qui cotisent à ce type de mutuelles ont réellement recours à des soins au cours d'une année. Pour une mutuelle qui compterait 1.000 adhérents, cela signifie que le coût des soins de 200 personnes - au maximum - est réparti sur 1.000 personnes. Et l'année suivante, ce sont d'autres personnes qui auront besoin de soins.

Les syndicats se mobilisent

Troisième piste à explorer : celle des retraites complémentaires. Mais pas forcément celles auxquelles on pense : en Europe et dans les pays occidentaux en général, confrontés à un vieillissement déjà plus avancé, le mode de financement des systèmes de retraite contributifs, centralisés, est remis en cause.

Baisse du nombre de cotisants et hausse simultanée du nombre de retraités... deux facteurs qui engendrent un déficit des caisses de retraites ; et par crainte d'un effondrement de ces systèmes, de plus en plus de personnes souscrivent des retraites complémentaires privées, qui leur permettent de cotiser non pas pour la communauté, mais pour leur propre retraite.

Écouter l'audio 12:30

Vous pouvez écouter ce sujet dans le magazine Économie et développement du 21 mai 2013

Qu'en est-il en Afrique ? Les pensions privées ont-elles commencé à démarcher les futurs pensionnés aisés ? Pas encore, ou en tout cas pas avec succès, estime Tharcisse Nkanagu, du BIT. Néanmoins, un autre type de complémentaire a fait son apparition :

« Dans les grandes entreprises, il se développe la mise en place des régimes complémentaires d'entreprise, où en réalité ce n'est pas l'employeur qui incite le personnel à mettre en place un régime complémentaire, ce sont plutôt les organisations syndicales, conscientes du besoin de disposer d'un régime de pensions relativement complet - à l'image de la vie active - qui se mettent ensemble, réfléchissent et négocient avec l'employeur la mise en place de régimes complémentaires au sein de l'entreprise. »

Concurrence de solidarités ?

Pension universelle, assurances santé communautaires, complémentaires d'entreprises... Ces nouvelles réalités ne risquent-elles pas de bouleverser les modes de solidarité traditionnels ? La réponse de Valérie Golaz, de l'INED, qui travaille justement sur les rapports entre générations :

« On pourrait penser que d'obtenir des financements extérieur mette fin aux solidarités privés au sein de la famille, et que du coup ce ne soit pas une complémentarité qu'on ait entre ces deux types de systèmes au niveau des personnes âgées mais au contraire que l'un annule l'autre en quelque sorte. Ce sont des craintes qui avaient déjà été émises sur le cas de l'Afrique du Sud et qui ont été démontées. »

Valérie Golaz observe encore : « Effectivement, il y a des relations qui changent au sein de la famille du fait de l'existence de ces pensions universelles, mais elles ne changent pas forcément pour le pire, bien au contraire, car les personnes âgées, du coup, prennent un rôle social important, aussi, de pourvoyeur. Et c'est très important de considérer les personnes âgées comme des personnes qui sont des membres à part entière de réseaux de solidarité dans lesquels non seulement elles reçoivent mais également elles donnent. »

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