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Afrique

Une décision qui peut inspirer au-delà du Kenya

Saisie par Raila Odinga, les juges de la Cour suprême ont noté des irrégularités lors de l’élection présidentielle du 8 août 2017. Elle impose donc l’organisation de nouvelles élections d'ici deux mois.

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"C’est une décision qui va surtout faire jurisprudence dans les pays anglophones d’Afrique, plus que dans les pays francophones."( Thierry Vircoulon)

Cette décision judiciaire  a fait l'effet d'un coup de tonnerre dans le pays mais aussi dans toute l'Afrique. Saisie par le candidat de l’opposition, Raila Odinga, quatre des sept juges de la Cour suprême ont estimé que des irrégularités ont affecté le résultat du scrutin.

SelonThierry Vircoulon, chercheur associé à l’Ifri, l’Institut français des relations internationales et spécialiste du Kenya, "c’est  une décision qui va surtout faire jurisprudence ou peut faire jurisprudence dans les pays anglophones d’Afrique, plus que dans les pays francophones. Dans les pays anglophones, le pouvoir judiciaire tend à s’affirmer beaucoup plus que dans les pays d’Afrique francophones où il reste très largement inféodé au pouvoir exécutif."

L'opposant Raila Odinga n'a plus confiance dans la Commission électorale

L'opposant Raila Odinga n'a "plus confiance" dans la Commission électorale

Joint par la Deutsche Welle, le journaliste camerounais de Jeune Afrique, Georges Dougueli, estime pour sa part que "c'est une œuvre de longue haleine. Ca peut inspirer les candidats des élections en Afrique. Mais, si les pays n’ont pas pris le temps d'installer de bonnes institutions, des institutions fortes comme le disait Barack Obama, je ne suis pas sûr que ca marche. Une cour est constituée de juges et les juges travaillent dans le cadre d'un ordre judiciaire, dans le cadre d'une magistrature qui doit conquérir son indépendance, son statut de troisième pouvoir."

Faire confiance aux juges

L’ancienne Premier ministre du Sénégal, Aminata Touré est aussi confiante. Le mois dernier, elle a co-dirigé avec l'ancien secrétaire d'État américain John Kerry la mission d'observation des élections générales au Kenya pour le compte de la Fondation Jimmy Carter, du nom de l'ancien président américain :

"Je pense qu’il faut faire confiance aux juges, aux systèmes judicaires africains. Je suis Sénégalaise. J’en sais quelque chose. Nous avons changé différents présidents à travers les élections qui ont été validées par le système judiciaire. Il en est de même aujourd’hui au Kenya. Je souhaite que cela soit la norme en Afrique et qu’on ne voit plus de manifestations de rue qui se soldent par des pertes en vies humaines à l’occasion des contestations d’élections."

Un avis que partage aussi Carole Agengo. Elle a été membre de la Commission d'enquête sur les violences post-électorales de 2007 et 2008 au Kenya:

L’ancienne Premier ministre du Sénégal, Aminata Touré a co-dirigé en août dernier avec l'ancien secrétaire d'État américain John Kerry la mission d'observation des élections générales au Kenya pour le compte de la Fondation Jimmy Carter

L’ancienne Premier ministre du Sénégal, Aminata Touré a co-dirigé en août dernier avec l'ancien secrétaire d'État américain John Kerry la mission d'observation des élections générales au Kenya pour le compte de la Fondation Jimmy Carter

"Franchement, notre système juridique a évolué. En 2016, c’était la première fois que la Cour suprême s’est prononcée sur un cas pareil. La deuxième chose, c’est que franchement, les Kényans sont fatigués. La troisième chose, c’est que cette fois-ci, l’équipe d’Odinga était encore mieux préparée qu’en 2013. On peut dire que toutes les choses qu’il nous disait avant étaient vraies. Parce qu’il disait qu’il avait gagné, mais qu’on avait volé son élection." Sur les antennes des médias publics, le président kényan, Uhuru Kenyatta a promis de respecter la décision de la Cour suprême, même s’il ne l’approuve pas. Des déclarations qui viennent tempérer les craintes de Thierry Vircoulon. 

Le chercheur associé à l’Ifri craint une explosion de violences, un affrontement aux relents ethniques entre les kikuyu, la communauté ethnique d’origine d’Uhuru Kenyatta, et les Luo de Raila Odinga, comme ce fut le cas au lendemain de la présidentielle de 2008.

Odinga toujours débouté jusqu'à ce vendredi

Agé de 72 ans, Raila Odinga avait déjà saisi à plusieurs reprises la Cour constitutionnelle mais a toujours été débouté, comme ce fut le cas lors de l’élection présidentielle de 1997, 2007 et 2013. Raila Odinga va-t-il cette fois-ci prendre sa revanche si la prochaine élection présidentielle est organisée sans irrégularités ? On le saura au lendemain du scrutin dont la date n’est pas connue pour l’heure.

Uhuru Kenyatta, 55 ans, élu pour la première fois en 2013, avait été proclamé vainqueur par l'IEBC le 11 août, avec 54,27% des voix contre 44,74% à Raila  Odinga. Dès le lendemain du scrutin, l'opposition avait dénoncé des fraudes et s'était résolue le 18 août à saisir la Cour suprême. Cette juridiction jouait là une partie de sa crédibilité. En 2013, dans une autre composition, elle avait été critiquée pour la manière dont elle avait débouté l’opposant  Odinga, en usant d'une jurisprudence discutable et en multipliant les arguties procédurales. Dans un premier temps, Raila Odinga à rejeter l'idée d'un recours en justice. Avant que les pressions de certains poids lourds de sa coalition et de la communauté internationale le poussent à s'y ranger.

Des violences ont eu lieu après l'annonce des résultats de la présidentielle kényane

Des violences ont eu lieu après l'annonce des résultats de la présidentielle kényane

Rappelons que l'annonce de la victoire de M. Kenyatta s'était accompagnée de manifestations et d'émeutes violemment réprimées par la police, dans lesquelles au moins 21 personnes, dont un bébé et une fillette de neuf ans, avaient été tuées.

Une longue histoire d’élections truquées

Le Kenya a une longue histoire d'élections dont le résultat a été contesté. En 2007-2008, M. Odinga avait rejeté la victoire de Mwai Kibaki, plongeant le pays dans les pires violences post-électorales de son histoire (plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés).

Selon Murithi Mutiga, spécialiste du Kenya à l'International Crisis Group (ICG), la décision de la Cour suprême envoie cependant "un signal très, très fort que le Kenya gagne en maturité démocratique".  Une vingtaine de diplomates occidentaux, dont l'ambassadeur américain Robert Godec, ont salué un "moment important" pour le Kenya et appelé à une nouvelle élection "libre, équitable, crédible et pacifique".

Devant la Cour suprême, les avocats de l'opposition avaient argué que le scrutin présidentiel avait été "si mal conduit et entaché de tellement d'irrégularités qu'il importe peu de savoir qui a gagné ou qui a été déclaré vainqueur".  Ils avaient notamment pointé du doigt des procès-verbaux de bureaux de vote et circonscriptions, les seuls à faire légalement foi, non signés ou ne présentant pas les signes d'authentification prévus par l'IEBC. Celle-ci avait reconnu quelques "erreurs humaines commises par inadvertance", mais les considérait comme trop marginales pour avoir influé sur le résultat global. Les avocats de M. Kenyatta avaient eux estimé que le large écart de voix entre le président et son rival (plus de 1,4 million de voix) ne laissait planer aucun doute sur sa victoire.

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